Le motoriste français Safran travaille sur une version significativement plus puissante du réacteur M88 qui équipe les avions de chasse Rafale, tandis que la Direction Générale de l’Armement (DGA) soumet ce moteur à des tests intensifs à Saclay, dans l’optique d’une modernisation du Rafale prévue pour les années 2030.
Depuis septembre 2025, le centre Essais propulseurs de la DGA teste dans des conditions extrêmes les technologies clés destinées à améliorer les performances des futurs avions de chasse. Ces innovations, intégrées sur un réacteur M88 modifié, portent notamment sur l’utilisation de nouvelles céramiques pour les aubes du réacteur et sur une nouvelle génération de superalliages pour les éléments les plus sollicités du moteur.
Présentée lors du dernier Salon du Bourget, la proposition de Safran, baptisée M88 T-REX, vise à augmenter la puissance du réacteur de 20 %, soit une poussée de 9 tonnes (avec post-combustion) par moteur, contre 7,5 tonnes actuellement. Pour atteindre cet objectif sans modifier les dimensions du réacteur, Safran mise sur des avancées technologiques ciblées, notamment au niveau du compresseur basse pression (pour un débit d’air accru), de la turbine basse pression (avec de nouveaux matériaux et un système de refroidissement modernisé) et de la tuyère (dont l’aérodynamique sera optimisée).
À ce stade, le programme M88 T-REX n’est pas officiellement lancé ni financé. Il s’agit d’une proposition de Safran pour le Rafale F5, un programme de modernisation dont le périmètre exact est encore en cours de définition. Une modification en profondeur du moteur représenterait une part substantielle, voire la plus importante, du budget du Rafale F5.
Néanmoins, plusieurs éléments suggèrent que l’État pourrait financer cette modernisation. Lors du Salon du Bourget 2025, le stand du ministère des Armées présentait un Rafale F5 équipé de réservoirs dorsaux, d’une nacelle de guerre électronique et de nouveaux armements, dont le futur missile nucléaire ASN4G. Les officiers de la DGA présents sur le stand ont alors souligné la nécessité d’un réacteur plus puissant, comme le M88 T-REX, pour compenser l’alourdissement de l’appareil et maintenir ses performances. Un réacteur plus puissant permettrait également d’améliorer la production électrique pour les futurs systèmes de guerre électronique.
Par ailleurs, le Rafale F5 sera accompagné d’un drone de combat furtif (UCAV), de la taille d’un Mirage 2000, propulsé par une version du M88 sans post-combustion. Ce drone devra voler longtemps à des vitesses subsoniques élevées et emporter des charges lourdes, y compris depuis le pont d’un futur porte-avions (PA-NG). Un réacteur plus puissant, comme le M88 T-REX sans post-combustion (pouvant délivrer 6 tonnes de poussée contre 5 tonnes pour le M88 actuel), serait donc nécessaire.
Enfin, des rumeurs récentes suggèrent un intérêt potentiel de pays étrangers, notamment l’Inde, pour le Rafale F5. Un marché export solide pourrait faciliter le financement de tels investissements et augmenter les ventes grâce à un produit plus performant.
L’implication concrète de la DGA dans les études en cours est un signe encourageant. La DGA a lancé en 2015 le projet Turenne 1, confié à Safran, visant à élaborer des concepts de turbine innovants. Ce projet a débouché sur plusieurs brevets internationaux et a ouvert la voie au programme Turenne 2, lancé en 2019 avec un financement de 115 millions d’euros. Deux ans plus tard, le projet ADAMANT, associant Safran, l’AID et l’ONERA, a été lancé.
Ces projets Turenne 2 et ADAMANT commencent à porter leurs fruits. Depuis septembre, un banc d’essai technologique basé sur un M88 modifié est en essais intensifs à Saclay. L’objectif est de tester et d’analyser les avancées obtenues grâce à l’utilisation de nouveaux superalliages et de revêtements céramiques pour les aubes des turbines, permettant de supporter des températures allant jusqu’à 1 800°C (contre 1 500°C pour le M88 actuel). Cette augmentation de température est essentielle pour augmenter la poussée sans modifier le volume du moteur.
Initialement, les programmes Turenne 2 et ADAMANT visaient à maîtriser les technologies nécessaires au développement des réacteurs du futur, notamment pour l’avion NGF du programme européen SCAF. Le M88 modifié devait servir de démonstrateur technologique. Cependant, le lancement du Rafale F5 et de son drone d’accompagnement, ainsi que les retards pris sur le programme SCAF, incitent aujourd’hui la DGA et les industriels à investir davantage dans la recherche appliquée au réacteur M88.
Dans le meilleur des cas, les recherches entreprises dans le cadre de Turenne 1, Turenne 2 et ADAMANT pourront non seulement intégrer le M88 T-REX, mais aussi renforcer la position de la France et de ses industriels dans le programme SCAF. Dans le pire des cas, si le programme SCAF devait être abandonné et que les budgets nationaux s’avéraient insuffisants pour développer toutes les options du Rafale F5, il est probable qu’au moins une partie des technologies testées à la DGA puisse être intégrée sur le M88, qu’il s’agisse ou non du T-REX, afin d’augmenter sa poussée, prolonger sa durée de vie et améliorer sa consommation.
