Publié le 7 novembre 2025 à 00h28. Une nouvelle étude révèle un lien complexe entre la composition du microbiote intestinal et la coronaropathie, ouvrant la voie à des stratégies de prévention et de traitement personnalisées.
- Près de 20 millions de personnes meurent chaque année dans le monde des suites de maladies cardiovasculaires.
- Des chercheurs ont identifié 15 espèces bactériennes associées à la coronaropathie, ainsi que des mécanismes métaboliques impliqués dans sa progression.
- L’étude suggère que certaines bactéries considérées comme bénéfiques pourraient, dans certaines conditions, contribuer au développement de la maladie.
La coronaropathie, première cause de décès à l’échelle mondiale, est influencée par des facteurs génétiques et environnementaux. Cependant, le rôle du microbiote intestinal dans le développement et la progression de cette maladie est de plus en plus reconnu par la communauté scientifique. Une équipe de chercheurs de Séoul a récemment mené une étude approfondie sur les liens entre les microbes présents dans l’intestin et cette pathologie cardiaque.
L’étude, publiée dans la revue mSystèmes, a consisté à comparer les échantillons fécaux de 14 personnes atteintes de coronaropathie à ceux de 28 individus en bonne santé. Grâce au séquençage métagénomique – une technique permettant d’analyser l’ensemble du matériel génétique présent dans un échantillon – les chercheurs ont pu identifier 15 espèces bactériennes associées à la maladie et comprendre les voies biologiques impliquées.
« Notre cartographie métagénomique à haute résolution révèle un changement fonctionnel spectaculaire vers l’inflammation et un déséquilibre métabolique, une perte de producteurs protecteurs d’acides gras à chaîne courte, tels que Faecalibacterium prausnitzii, et une suractivation de voies, telles que le cycle de l’urée, liée à la gravité de la maladie. »
Han-Na Kim, Ph.D., génomiciste, Samsung Advanced Institute for Health Sciences and Technology, Université Sungkyunkwan
Les résultats de l’étude mettent en évidence la complexité des interactions entre le microbiote intestinal et le cœur. Les chercheurs ont notamment observé que certaines bactéries, généralement considérées comme bénéfiques pour la santé, comme Akkermansia muciniphila et F. prausnitzii, pouvaient avoir des rôles différents selon qu’elles proviennent d’un intestin sain ou malade. Cette découverte suggère que le contexte intestinal joue un rôle crucial dans la fonction de ces microbes.
L’analyse a également révélé des variations inattendues dans la présence de certaines espèces bactériennes. Par exemple, des études antérieures avaient montré une diminution des niveaux de certaines espèces de Lachnospiracées chez les patients atteints de coronaropathie, mais la nouvelle étude a constaté une augmentation d’autres types de ces bactéries. Han-Na Kim compare cette situation à celle du Dr Jekyll et de M. Hyde, soulignant la nécessité de mieux comprendre les différentes souches bactériennes et leurs effets respectifs : « La grande question sans réponse est désormais de savoir quelles variétés sont les guérisseurs et lesquelles sont les fauteurs de troubles. »
Les prochaines étapes de la recherche consisteront à intégrer les données microbiologiques avec les informations génétiques et métabolomiques des patients afin de cartographier plus précisément les mécanismes causaux des maladies cardiaques. L’objectif ultime est de développer des interventions personnalisées, basées sur une meilleure compréhension du rôle du microbiote intestinal, pour prévenir et traiter les maladies cardiovasculaires. La prévention, selon Han-Na Kim, représente la voie la plus prometteuse pour réduire le fardeau mondial de ces maladies, notamment par le biais de dépistages basés sur l’analyse des selles ou d’interventions nutritionnelles visant à restaurer l’équilibre du microbiote.
Source:
Référence du journal :
Lee, S., et al. (2025). Les génomes assemblés par métagénome révèlent des signatures microbiennes et des voies métaboliques liées à la maladie coronarienne. mSystèmes. DOI : 10.1128/msystems.00954-25. https://journals.asm.org/doi/10.1128/msystems.00954-25

