Publié le 18 novembre 2025 04:15:00. La Commission nationale du marché et de la concurrence (CNMC) est sur le point de finaliser les règles de rémunération des réseaux électriques, une décision cruciale qui influencera les factures d’électricité des consommateurs espagnols pour les six prochaines années (2026-2031) et qui suscite des tensions entre l’État, les régulateurs et les compagnies d’énergie.
- Le gouvernement espagnol plaide pour une prise en compte des objectifs de décarbonisation et d’électrification dans la détermination de ces rémunérations.
- La CNMC a proposé une augmentation modeste du taux de rémunération financière, jugée insuffisante par les entreprises du secteur.
- Des désaccords internes à la CNMC persistent quant au niveau optimal de cette rémunération.
L’approbation finale des circulaires de rémunération des réseaux, qui définissent le taux de rémunération financière des lignes électriques reliant les centrales de production aux foyers et aux entreprises, est actuellement entre les mains du Conseil d’État. Avant cela, le ministère de la Transition écologique a transmis ses observations à la CNMC, exprimant son souhait de voir les orientations de la politique énergétique, notamment la décarbonisation et l’électrification, pleinement intégrées dans le calcul de ces rémunérations.
Le gouvernement souligne l’importance de ne pas pénaliser l’électrification en ne tenant pas compte de la rémunération des réseaux de gaz, afin d’inciter à la transition énergétique. Il insiste également sur la nécessité de reconnaître le risque accru lié à la dépendance croissante de la demande des consommateurs, ce qui devrait se traduire par une rémunération plus juste.
Malgré ces recommandations, le ministère de la Transition écologique n’a pas convoqué la commission de coopération avec la CNMC, une procédure prévue par la loi en cas de désaccord sur les orientations de politique énergétique. Le ministère se contente d’affirmer qu’il a émis des directives visant à protéger les consommateurs tout en encourageant les investissements dans les réseaux électriques, et reconnaît les efforts de la CNMC en ce sens.
La question de la rémunération des réseaux est au cœur d’un conflit entre les régulateurs et les compagnies d’électricité depuis l’année dernière. Ces dernières estiment que les propositions de la CNMC ne sont pas suffisamment incitatives pour les investissements nécessaires à la modernisation et à l’extension du réseau, tandis que le régulateur cherche à minimiser l’impact sur les factures des consommateurs. Le gouvernement, quant à lui, tente de trouver un équilibre entre ces deux impératifs, conscient de l’importance d’attirer des investissements pour soutenir la transition énergétique et la compétitivité du pays.
Des divergences au sein de la CNMC
La CNMC a initialement proposé d’augmenter le Taux de Rémunération Financière (TRF) de 5,58% à 6,46%, avant de le relever à 6,58%. Ce dernier chiffre reste toutefois inférieur aux attentes des entreprises du secteur. Des sources internes indiquent que plusieurs conseillers ont émis des votes dissidents lors de la dernière proposition approuvée fin octobre. Certains plaident pour aligner la rémunération des réseaux de distribution sur celle des réseaux de transport (Red Eléctrica), qui est légèrement plus élevée (près de 7%), tandis que d’autres soutiennent la position du gouvernement en faveur de l’électrification. Un conseiller a même proposé de réduire davantage la rémunération afin de diminuer la facture pour les consommateurs.
Les acteurs du secteur s’attendent à un coup de pouce – même limité – de la part du Conseil d’État avant l’approbation finale par la CNMC, dont l’échéance est fixée au 31 décembre. L’avis tardif du gouvernement, qui n’a pas pu être intégré à la dernière proposition de la CNMC, pourrait toutefois atténuer son impact.
Ces tensions s’ajoutent à d’autres différends entre le gouvernement et les compagnies d’électricité, notamment concernant le rapport sur la panne et la redevance à Enresa pour la gestion des déchets nucléaires. Les entreprises ont même intenté des poursuites judiciaires à ce sujet. Iberdrola envisage également des actions en justice contre la présidente de Red Eléctrica, Beatriz Corredor, selon des informations publiées par El Mundo.
Récemment, le rejet de l’amendement du PP visant à modifier les règles concernant la durée de vie des centrales nucléaires a été accueilli avec soulagement par certains dirigeants d’entreprises d’électricité, qui craignaient une nouvelle pression sur le gouvernement dans un contexte déjà tendu.
L’impact des circulaires varie considérablement d’une entreprise à l’autre, en fonction de la structure de leurs actifs. Iberdrola et EDP, fortement internationalisées, ont une part moins importante de leurs actifs en Espagne que Endesa, dont les activités sont principalement concentrées sur la péninsule ibérique. Pour Naturgy, la situation est encore plus complexe, car elle possède la majorité des réseaux de gaz en Espagne, dont la rémunération est également en cours de négociation avec la CNMC et sera effective un an plus tard.
