Publié le 16 janvier 2026 à 04h04. La nomination de Wilfredo Portilla Barrera à la direction de la Formalisation Minière au Pérou suscite une vive controverse, les parlementaires dénonçant un conflit d’intérêts majeur compte tenu de son passé de mineur informel.
- Wilfredo Portilla Barrera, nouveau directeur de la Formalisation Minière, a été radié du registre des mineurs formels pour non-respect des exigences minimales.
- Des députés de différents partis politiques exigent son remplacement, estimant qu’il est incapable de faire appliquer les règles aux autres mineurs.
- L’affaire met en lumière les tensions persistantes autour de la formalisation du secteur minier informel au Pérou.
La nomination de Wilfredo Portilla Barrera au poste de directeur de la Formalisation Minière, un rôle clé au sein du Ministère de l’Énergie et des Mines (MINEM), a déclenché une tempête politique au Congrès péruvien. Des représentants de divers groupes parlementaires ont publiquement demandé au gouvernement de José Jeri de reconsidérer cette décision, qu’ils qualifient d’« erreur » et demandent la destitution immédiate de l’ingénieur des mines.
L’ironie de la situation est frappante : Portilla Barrera, désormais chargé de superviser la formalisation du secteur minier, figurait parmi les plus de 50 000 personnes exclues du Registre complet de formalisation minière (Reinfo) pour ne pas avoir satisfait aux critères requis.
Diana Gonzales, vice-présidente de la Commission de l’Énergie et des Mines du Parlement, représentant le parti Avanza País, a exprimé son indignation. Elle estime que cette nomination n’est pas fortuite, mais qu’elle envoie un « signal clair et dangereux » qui affaiblit l’autorité de l’État et sape la crédibilité de toute politique de formalisation minière.
« Avec quelle autorité cet homme va-t-il désormais exiger que les petits mineurs se conforment à la norme, s’il ne pouvait pas s’y conformer lui-même ? »
Diana Gonzales, vice-présidente de la Commission de l’Énergie et des Mines
Interrogée par Le commerce, Diana Gonzales a insisté sur la nécessité pour le gouvernement de Jerí de « revenir en arrière » sur cette nomination et d’évaluer la capacité du ministre de l’Énergie et des Mines, Luis Bravo De la Cruz, à diriger un secteur aussi « complexe ». Elle a également évoqué la possibilité d’une interpellation parlementaire si la situation n’est pas corrigée.
« L’État ne peut pas tolérer l’exploitation minière illégale […] Portilla ne peut pas rester en fonction, le gouvernement doit rectifier cette désignation. S’il n’y a pas de rectification, c’est une question que je discuterai certainement avec mes collègues parlementaires », a-t-elle déclaré.
Le porte-parole de Fuerza Popular, César Revilla, a également qualifié la nomination d’« erreur » du ministre de l’Énergie et des Mines, évoquant un possible conflit d’intérêts, en particulier dans un domaine aussi sensible que l’exploitation minière informelle, souvent liée à l’insécurité. Il a demandé l’audition du ministre devant le Parlement pour obtenir des explications.
« Le fait que quelqu’un qui a été classé comme mineur informel occupe un poste clé suscite des soupçons. Le ministre doit être convoqué [au Parlement] pour donner une explication. Les responsables doivent être irréprochables et transparents, encore plus dans un gouvernement de transition. »
César Revilla, porte-parole de Fuerza Popular
Le député Edward Málaga (non groupé) a qualifié la nomination de Portilla de « très grave erreur », imputant la responsabilité directe au ministre Bravo De la Cruz. Il craint que le lobby des mines illégales n’ait pris le contrôle des leviers du pouvoir, tant au Congrès qu’au sein de l’exécutif.
Il envisage de lancer une interpellation du ministre de l’Énergie et des Mines, mais souhaite d’abord évaluer le soutien des autres parlementaires. Il a souligné que Portilla devrait se retirer ou être démis de ses fonctions en raison de ses « conflits d’intérêts flagrants ».
La députée Sigrid Bazán (Bloc Démocratique Populaire) a quant à elle dénoncé une alliance entre le gouvernement, la majorité parlementaire et l’exploitation minière illégale. Elle a appelé à la démission du ministre de l’Énergie et des Mines, en plus de la révocation de la nomination de Portilla.
Dans une lettre adressée au président Jerí, la députée María del Carmen Alva (Action populaire) a exprimé sa « sérieuse préoccupation » concernant la nomination de Portilla Barrera, soulignant que son passé d’exclusion du système de formalisation minière pourrait compromettre la transparence et la crédibilité du processus.
Contacté par Le commerce, le chef du Cabinet ministériel, Ernesto Álvarez, et le ministre de l’Énergie et des Mines n’ont pas répondu aux sollicitations. Des sources au sein du MINEM indiquent que la position de Portilla Barrera n’est pas assurée, le ministre Bravo De la Cruz n’étant pas au courant de son exclusion antérieure du Reinfo.
Dans des déclarations à Réseau Régional de Communication (RCR), Portilla a affirmé qu’il n’était actuellement titulaire d’aucune concession minière ni inscrit au Reinfo. Il a expliqué avoir abandonné un projet minier en 2012 après avoir constaté l’absence de minerai, entraînant l’expiration de ses concessions.
Il a également précisé qu’il a été exclu du Reinfo pour ne pas avoir régularisé sa situation, mais qu’il se consacre désormais à des activités académiques, de conseil, agricoles et d’élevage.
Selon les informations disponibles, Portilla Barrera a été exclu du processus de formalisation en juillet 2025 en vertu de la résolution directrice n° 0004-2025-MINEM/DGFM, aux côtés de 50 565 autres mineurs informels. Il figure également au Registre spécial des commerçants et transformateurs d’or (RECPO) en tant que directeur général de Servicios de Ingeniería de Minas Asociados SAC depuis 1996.
Il s’est présenté sans succès à la mairie de Caujul en 2002 et au poste de conseiller régional de Canta en 2022, à chaque fois sous l’étiquette du parti Somos Perú, actuellement au pouvoir.
