Publié le 2025-12-02 01:40:00. L’Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Indonésie s’engagent dans un dialogue renforcé sur la sécurité, après la signature d’un traité de défense mutuelle entre Canberra et Port Moresby qui avait suscité des inquiétudes à Jakarta. Une première réunion trilatérale est prévue ce mardi à Port Moresby.
- Un nouveau traité de défense entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée a soulevé des questions en Indonésie.
- La Papouasie-Nouvelle-Guinée propose la création d’une zone tampon de 10 kilomètres le long de sa frontière avec l’Indonésie.
- L’Australie et l’Indonésie ont conclu un accord de sécurité qui sera signé en janvier à Jakarta.
L’Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Indonésie ont entamé des discussions annuelles au niveau des ministres de la Défense afin de renforcer la coopération militaire et d’instaurer un climat de confiance. Cette initiative intervient après la signature, en octobre, d’un traité de défense mutuelle entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, un accord qui avait initialement provoqué des réactions prudentes en Indonésie.
Port Moresby a également exprimé ses préoccupations concernant sa frontière terrestre de 820 kilomètres avec l’Indonésie, en particulier en raison des tensions persistantes dans la région de Papouasie occidentale. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a ainsi proposé l’établissement d’une zone tampon de 10 kilomètres de part et d’autre de la frontière, où la présence de forces militaires et d’administrations gouvernementales serait interdite. L’objectif est de prévenir tout débordement potentiel des conflits internes indonésiens sur son territoire.
Ce rapprochement trilatéral fait suite à deux accords bilatéraux récents. Le premier, conclu entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, connu sous le nom de Traité Pukpuk, engage l’Australie à soutenir le renforcement des capacités de défense de la Papouasie-Nouvelle-Guinée par la fourniture d’équipements, la formation conjointe et l’échange de personnel militaire. Ce traité, le premier du genre pour l’Australie depuis plus de 70 ans (après le pacte ANZUS conclu avec les États-Unis et la Nouvelle-Zélande en 1951), permet également le recrutement de citoyens papouans-néo-guinéens dans les forces de défense australiennes et vice versa.
Plus récemment, l’Australie et l’Indonésie ont finalisé les négociations concernant un accord de sécurité qui devrait être signé en janvier prochain à Jakarta par le Premier ministre australien Anthony Albanese et le président indonésien Prabowo Subianto.
Le Premier ministre australien Anthony Albanese (à droite) et le président indonésien Prabowo Subianto ont annoncé un accord de sécurité en novembre. (PAA : Dan Himbrechts)
Le ministre de la Défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Billy Joseph, a confirmé que l’Indonésie avait exprimé des inquiétudes concernant l’accord Australie-PNG.
« Ils ont exprimé quelques inquiétudes, notamment en ce qui concerne leur souveraineté. »
Billy Joseph, ministre de la Défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée
Selon le Dr Joseph, l’idée de ces réunions trilatérales annuelles est née des consultations menées par la Papouasie-Nouvelle-Guinée avec l’Indonésie concernant le nouveau traité.
« C’est quelque chose que nous avons tous considéré comme une bonne idée parce que nous sommes de bons voisins. Pour nous, la transparence est la clé du jeu et nous n’avons rien à cacher. »
Billy Joseph, ministre de la Défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée
Un porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères avait initialement exprimé son inquiétude lors de la signature du traité, soulignant que si l’Indonésie respectait le droit de chaque pays à renforcer son système de défense, aucun accord ne devait intensifier la « concurrence géopolitique » dans la région. Voir déclaration.
Cependant, le ton de Jakarta s’est adouci depuis, le commandant en chef Agus Subiyanto déclarant en octobre que « l’Indonésie et l’Australie se tiennent côte à côte pour maintenir la stabilité, la sécurité et la paix dans la région indo-pacifique ». Une source gouvernementale indonésienne a également indiqué à l’ABC que l’Australie avait fait preuve de diligence en expliquant les tenants et aboutissants du traité Pukpuk et en apaisant les craintes initiales.
La première réunion des ministres de la Défense – avec le Dr Joseph, le ministre australien de la Défense Richard Marles et le ministre indonésien de la Défense Sjafrie Sjamsoeddin – se tiendra demain matin à Port Moresby. Un responsable gouvernemental fédéral australien a estimé que cette réunion pourrait constituer une étape importante pour établir une confiance stratégique entre les trois pays, tout en soulignant que la mise en place d’une coopération militaire trilatérale prendrait du temps.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée est également préoccupée par la situation à sa frontière avec l’Indonésie et par le risque que les tensions en Papouasie occidentale ne se propagent à son territoire. Les groupes autochtones de Papouasie occidentale mènent depuis des décennies une lutte pour l’indépendance, et des rapports font état d’une augmentation de la violence et des violations des droits humains. L’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée réaffirment leur respect de la souveraineté indonésienne sur la Papouasie occidentale, tout en exprimant régulièrement leurs préoccupations concernant les droits de l’homme et la répression.
Le Dr Joseph a souligné que les troubles en Papouasie occidentale pourraient avoir des répercussions au-delà de la frontière.
« Nous considérons que tout ce qui se passe sur le territoire indonésien est une affaire interne indonésienne. Mais si cela concerne la partie PNG de notre territoire, cela nous implique définitivement. »
Billy Joseph, ministre de la Défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée
La PNG propose donc la création d’une zone tampon de 10 kilomètres le long de la frontière, qui serait un espace démilitarisé. Des postes de patrouille conjoints seraient ensuite établis pour permettre aux forces armées indonésiennes (TNI) et aux Forces de défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNGDF) de surveiller conjointement cette zone.
