Publié le 9 novembre 2024 à 18h58. Le congrès du Parti social-démocrate (PSD) en Roumanie marque un retour aux figures historiques et une orientation marquée par la prudence et le conservatisme, soulevant des questions sur l’avenir idéologique du parti.
- Le congrès a vu l’élection de Sorin Grindeanu à la présidence et le retour symbolique d’anciens dirigeants comme Adrian Năstase et Mircea Geoană.
- Des politologues estiment que le PSD privilégie une stratégie de continuité et de réaffirmation de ses valeurs traditionnelles plutôt qu’une refonte idéologique.
- Le parti semble éviter une rhétorique progressiste, préférant un discours axé sur la stabilité, l’ordre et les valeurs conservatrices.
Le congrès du PSD, qui s’est tenu vendredi, a consacré l’élection de Sorin Grindeanu à la tête du parti. Cet événement a été perçu comme un retour en arrière, un clin d’œil au passé et aux figures emblématiques du PSD. L’absence notable de Liviu Dragnea, contrastant avec la réhabilitation d’Adrian Năstase et le rapprochement avec Mircea Geoană, illustrent une volonté de renouer avec une époque perçue comme plus forte et plus respectée, où le PSD exerçait une influence dominante sur la scène politique roumaine.
Selon Cristian Pîrvulescu, politologue, ce congrès ne représente pas un véritable renouveau, mais plutôt une cérémonie de légitimation par le passé :
« Le congrès du PSD a été plus une cérémonie de relégitimation par la mémoire qu’un moment de renouveau. Le retour d’Adrian Năstase et de Mircea Geoană a suggéré la volonté du parti de renouer avec une période de force et de respectabilité, où le PSD semblait capable de dominer la scène politique sans complexes. Ion Iliescu n’était bien sûr pas présent – mais son charme flottait dans la salle, comme un symbole de l’autorité paternaliste qui définit l’ADN de la formation. Sorin Grindeanu a ainsi préféré un message de continuité contrôlée, à travers lequel il espère récupérer l’électorat conservateur et patriotique, sous le signe de l’ordre et de la tradition, et non de la révolte. Ainsi l’ère de Grindeanu peut être décrite comme une époque de prudence stratégique dans laquelle le PSD n’innove pas, mais se renforce par le recours à la mémoire et ne fascine pas, mais veut démontrer qu’il reste essentiel à la stabilité du système politique. »
Cristian Pîrvulescu, politologue
George Jiglău, maître de conférences à l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca et président du Centre d’étude de la démocratie, nuance cette analyse :
« Les anciens dirigeants du PSD ont été invités et sont venus, mais pas tous les anciens dirigeants. Reste visiblement absent Liviu Dragnea, avec qui Sorin Grindeanu a une histoire compliquée, mais qui émet des idées plus proches de l’électorat de l’AUR. »
George Jiglău, maître de conférences et président du Centre d’étude de la démocratie
Le PSD semble également éviter une approche progressiste. Cristian Pîrvulescu estime que cet éloignement n’est pas une mutation idéologique profonde, mais plutôt une adaptation à une base électorale majoritairement conservatrice :
« Le PSD ne se distingue pas du progressisme, mais confirme seulement une absence historique. Le parti n’a jamais été progressiste au sens doctrinal et n’a même pas tenté de se rapprocher de la gauche au sens européen. Il a fonctionné, dès le début, depuis l’époque du FDSN, comme une confédération de groupes de pouvoir locaux, pragmatiques et clientélistes, sans identité idéologique solide. La rhétorique “chrétienne” d’aujourd’hui n’est pas une conversion, mais une morale circonstancielle, un reconditionnement d’un parti intéressé uniquement par l’accès aux ressources, qui tente de légitimer sa domination en termes de valeurs traditionnelles. Par conséquent, l’éloignement du progressisme n’est pas une mutation doctrinale, mais une stratégie de confort électoral. »
Cristian Pîrvulescu, politologue
George Jiglău confirme cette analyse :
« Le PSD n’a jamais été véritablement progressiste. Supprimer le terme du statut est davantage une clarification qu’un changement fondamental. »
George Jiglău, maître de conférences et président du Centre d’étude de la démocratie
L’ère Grindeanu, selon Cristian Pîrvulescu, ne marque pas une nouvelle orientation, mais plutôt une continuité des mécanismes de contrôle qui caractérisent le PSD depuis des décennies :
« L’ère Grindeanu n’inaugure rien, mais perpétue les mécanismes de contrôle qui ont défini le PSD pendant plus de trois décennies. Sorin Grindeanu n’est pas l’auteur d’une orientation, mais le gestionnaire d’une structure d’intérêts qui se reproduit par la discipline et le conformisme. Comme le parti n’a pas d’idéologie, mais seulement un instinct de conservation, le soi-disant tournant chrétien-social n’est qu’un emballage moral pour le même système clientéliste et bureaucratique. Le PSD n’est pas un parti de valeurs, mais une organisation de pouvoir, une Fédération d’élites locales qui négocient leur loyauté. Grindeanu ne propose pas de vision, mais garantit la paix qui protège l’ordre existant. En ce sens, « l’ère Grindeanu » est plutôt une suspension de la politique, une sorte de temps – probablement intermédiaire – pour assurer la survie du système, et non sa réforme. »
Cristian Pîrvulescu, politologue
George Jiglău adopte une perspective plus mesurée :
« Grindeanu essaie de maintenir l’équilibre entre un PSD traditionnel et le rejet de l’extrémisme. Le PSD reste un parti conservateur modéré, soucieux de l’équilibre social. »
George Jiglău, maître de conférences et président du Centre d’étude de la démocratie
Enfin, les analystes s’interrogent sur la question d’un éventuel ciblage de l’électorat de l’AUR (Alliance pour l’unité des Roumains). Cristian Pîrvulescu souligne que cette orientation ne se limite pas à une simple compétition électorale, mais qu’elle pourrait avoir des conséquences plus profondes sur la démocratie roumaine :
« En partie, mais les effets dépassent la simple compétition électorale. Le PSD s’inscrit de plus en plus clairement dans un glissement vers un conservatisme populiste, proche des expériences du SMER en Slovaquie et des socialistes d’Igor Dodon en République de Moldavie. Les deux formations ont abandonné l’imitation de la démocratie et de la solidarité sociale au profit d’un nationalisme religieux et moraliste, destiné à camoufler les rapports de force. L’échec de ces modèles n’est pas seulement politique, mais aussi moral. Ou, le refus de reconnaître la guerre hybride et le danger russe – y compris sous forme d’infiltration idéologique – a conduit à l’effondrement de la crédibilité et à la compromission des valeurs démocratiques. Le PSD risque de répéter cette voie, devenant un parti qui sacrifie la démocratie sur l’autel du pouvoir sans moralité, le parti semble substituer la pensée critique et le pluralisme par une transformation structurelle disciplinaire qui met en danger la culture démocratique elle-même. »
Cristian Pîrvulescu, politologue
George Jiglău tempère cette analyse :
« Grindeanu a publiquement exclu toute alliance avec l’AUR et a pris position contre le populisme. La stratégie du PSD est de reconquérir les anciens électeurs sans glisser vers l’extrémisme. »
George Jiglău, maître de conférences et président du Centre d’étude de la démocratie
Le congrès du PSD confirme ainsi une préférence pour la stabilité plutôt que pour la réforme, et pour la valorisation du passé plutôt que pour l’innovation. Les analystes mettent en garde contre le risque que cet appel à la tradition ne devienne un prétexte à l’autoritarisme moral, tout en soulignant la tentative de Sorin Grindeanu de maintenir le PSD dans une position d’équilibre entre tradition et modernité. Le résultat, selon eux, est un parti cherchant à conserver le pouvoir dans un contexte politique roumain de plus en plus polarisé.
