Publié le 2024-02-29 14:15:00. Les retraités du Pays Basque dénoncent l’insuffisance des minima sociaux et son impact sur la santé, pointant du doigt un système de soins qui néglige les déterminants sociaux des maladies. Leur mobilisation s’étend à la critique de l’EITB Maratoia, perçue comme détournant l’attention des problèmes structurels.
- Les retraités basques réclament l’alignement du minimum vieillesse sur le salaire minimum interprofessionnel (SMI).
- Ils dénoncent l’impossibilité de vivre décemment et de vieillir en bonne santé avec des pensions jugées trop faibles.
- Un expert souligne la nécessité d’intégrer les facteurs psychosociaux dans le diagnostic et la prise en charge des patients.
Les retraités du Pays Basque ont exprimé leur mécontentement face à une situation qu’ils jugent intenable : des pensions minimales qui ne permettent pas de subvenir aux besoins essentiels et, par conséquent, de vieillir dignement. Leur revendication principale est l’égalisation du minimum vieillesse avec le salaire minimum interprofessionnel (SMI), une mesure qu’ils estiment indispensable pour garantir un niveau de vie décent aux personnes âgées les plus vulnérables.
Cette lutte s’est accompagnée d’une critique virulente envers le gouvernement basque et l’EITB Maratoia, l’événement caritatif annuel de la télévision publique basque, dédié cette année au vieillissement en bonne santé. Les manifestants estiment que cette initiative, bien qu’elle puisse sembler louable, occulte les causes profondes des problèmes de santé liés à la précarité et à l’exclusion sociale.
Leur argumentaire s’appuie sur une définition élargie de la santé, telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon cette organisation, la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais englobe un état de bien-être physique, mental et social, essentiel à l’épanouissement personnel. Or, les retraités estiment que les “pensions de misère” dont ils disposent les empêchent d’atteindre cet état de bien-être.
Un spécialiste du domaine, dont les travaux remontent aux années 1980, met en garde contre une approche trop restrictive de la santé. Le psychiatre Barsky avait déjà souligné, dans une publication médicale de référence, l’importance de prendre en compte les événements traumatisants vécus par les patients pour comprendre leurs besoins en matière de santé. Il avait notamment observé que 40 à 60 % des consultations médicales concernaient des personnes qualifiées d'”hyper exigeantes”, dont les symptômes étaient souvent liés à des difficultés psychosociales.
Des recherches plus récentes, notamment une thèse de doctorat menée en 1995, ont confirmé cette observation. Elles ont révélé que le stress – une réaction physiologique et non une maladie en soi – était le facteur le plus associé à une utilisation excessive des services de soins de santé primaires. Le stress, déclenché par des situations de vulnérabilité sociale, active l’amygdale cérébrale, qui à son tour stimule le système nerveux sympathique (adrénaline) et la sécrétion de cortisol. Ces hormones provoquent des changements biochimiques qui peuvent se traduire par des symptômes physiques tels que des vertiges, des maux de tête, des douleurs cervicales ou de la fatigue, souvent confondus avec des maladies.
Le système de santé basque, Osakidetza, affiche sa volonté de reconnaître l’importance des déterminants sociaux de la santé et promeut une stratégie de “santé dans toutes les politiques”. Cependant, les critiques estiment que cette approche reste limitée dans la pratique, notamment lors des consultations en soins de santé primaires. Les personnes qui, bien que non malades, présentent des symptômes, des facteurs de risque ou une mauvaise qualité de vie liée à la santé, sont souvent exclues du système de soins.
C’est le cas, selon les estimations, de 100 000 personnes qui survivent grâce à des pensions de pauvreté et de 875 000 personnes menacées de pauvreté, selon un récent rapport de Cáritas. Ces personnes, en somme, sont exclues des consultations en soins de santé primaires. La question de savoir si c’est le modèle souhaité est posée avec insistance.
L’ironie de la situation a été soulignée lors de la Journée de la santé mentale du 10 octobre, où l’EITB a rapporté que 40 % des consultations en soins de santé primaires étaient liées à des problèmes émotionnels. Certains y voient une confirmation de la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de la souffrance psychologique, plutôt que de se contenter de traiter les symptômes.
Les défenseurs d’une approche plus globale de la santé dénoncent une “tromperie” et insistent sur le fait que l’intégration de psychologues dans les soins de santé primaires, bien que nécessaire, ne résoudra pas le problème de fond. La solution, selon eux, réside dans une transformation profonde d’Osakidetza, qui devrait passer d’un modèle axé sur le diagnostic des maladies à un modèle orienté vers le diagnostic des problèmes de santé des personnes.
Ce diagnostic devrait prendre en compte non seulement la présence éventuelle d’une maladie, mais aussi l’impact des conditions psychosociales sur la santé et sur les symptômes ressentis. Il s’agirait d’un diagnostic “sommatif”, intégrant des données biologiques, psychologiques et sociales. Cela implique que le problème de santé puisse être principalement lié à la maladie, mais aussi, et parfois surtout, aux facteurs psychosociaux.
Pour réaliser ce diagnostic global, les médecins de famille, qui sont en première ligne des soins de santé, doivent disposer de ressources supplémentaires, notamment la longitudinalité (suivre le patient sur le long terme) et des consultations en face à face avec un temps suffisant. Ils doivent également pouvoir s’appuyer sur l’expertise de psychologues, de travailleurs sociaux et d’autres spécialistes, si nécessaire.
Sans un diagnostic complet, le risque est de stigmatiser et de médicaliser les patients en situation de vulnérabilité sociale, contribuant ainsi à creuser les inégalités sociales de santé. Il est également essentiel d’investir dans les services sociaux, qui sont souvent les mieux placés pour intervenir auprès des personnes en difficulté. Cependant, cet investissement ne semble pas être une priorité pour Osakidetza, qui privilégie d’autres domaines.
