Publié le 20 décembre 2025 04:42:00. Des chercheurs espagnols ont identifié une nouvelle approche pour limiter les lésions hépatiques liées à la cirrhose et améliorer le fonctionnement vasculaire du foie, en ciblant un mécanisme inflammatoire spécifique. Cette découverte pourrait ouvrir la voie à des traitements plus efficaces contre cette maladie qui cause plus d’un million de décès chaque année dans le monde.
- Une stratégie thérapeutique basée sur le blocage du facteur d’activation plaquettaire (PAF) et de son récepteur (PAF-R) s’est avérée prometteuse pour réduire les dommages au foie.
- L’étude révèle un rôle clé de modifications épigénétiques dans l’augmentation de l’expression du PAF-R, amplifiant l’inflammation et les lésions hépatiques.
- Les résultats, obtenus sur des échantillons humains et un modèle animal, suggèrent que des médicaments bloquant l’action du PAF pourraient constituer une nouvelle voie thérapeutique.
L’équipe de recherche, dirigée par Rubén Francés Guarinos de l’Université Miguel Hernández d’Elche (UMH), a mené cette étude en collaboration avec l’Institut de recherche, de développement et d’innovation en biotechnologie de la santé d’Elche (IDiBE UMH), l’hôpital Clínic de Barcelone et le réseau espagnol de recherche biomédicale sur les maladies hépatiques et digestives (CIBERehd). Leur travail, publié dans la revue Biomédecine et pharmacothérapie, se concentre sur la cirrhose, une maladie caractérisée par la substitution progressive du tissu hépatique sain par du tissu cicatriciel.
La cirrhose du foie est une affection grave et évolutive qui affecte plus d’un million de personnes à l’échelle mondiale et représente environ 2,4 % de tous les décès. Au-delà de la mortalité, elle entraîne un fardeau important de complications, telles que des infections, des saignements, des troubles cognitifs et une perte d’autonomie, qui dégradent considérablement la qualité de vie des patients. Actuellement, les traitements disponibles se limitent souvent à la gestion des symptômes et des complications, soulignant la nécessité de mieux comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents à la maladie.
Pour approfondir ces mécanismes, les chercheurs ont comparé l’effet de différents traitements expérimentaux sur des tissus hépatiques sains et cirrhotiques. Ils ont notamment administré un antagoniste du PAF, le BN-52021, qui bloque le récepteur PAF-R, ainsi qu’un inhibiteur appelé Aza, agissant sur la régulation épigénétique du récepteur. L’étude a inclus des analyses avancées, notamment le profilage de la méthylation de l’ADN, afin de comprendre pourquoi l’expression du PAF-R est anormalement élevée dans la cirrhose.
Les analyses ont été réalisées à partir d’échantillons de foie de patients atteints de cirrhose, afin de valider la pertinence du mécanisme chez l’homme, ainsi que sur un modèle murin de lésion hépatique expérimentale. L’attention s’est particulièrement portée sur les cellules de Kupffer, des cellules immunitaires présentes dans le foie et jouant un rôle central dans les réponses inflammatoires.
L’étude a révélé qu’un mécanisme épigénétique est responsable de l’augmentation de l’expression du PAF-R dans ces cellules inflammatoires. Dans la cirrhose, la déméthylation de la région promotrice du gène PAF-R supprime une marque chimique qui en limite normalement l’expression. Cette suractivation du gène entraîne une augmentation du nombre de récepteurs PAF-R et amplifie l’inflammation et les lésions hépatiques.
Les résultats démontrent également que le traitement avec l’antagoniste du PAF BN-52021 réduit efficacement les dommages structurels au foie et améliore la fonction vasculaire hépatique chez les souris cirrhotiques, tout en contribuant à rétablir l’équilibre des réponses immunitaires et inflammatoires au sein du foie.
« Pris ensemble, ces résultats suggèrent que les médicaments capables de bloquer l’action du PAF, tels que le BN-52021, pourraient représenter une nouvelle ligne thérapeutique pour la cirrhose du foie. »
Enrique Ángel Gomis, premier auteur de l’étude, chercheur à l’UMH
Ces découvertes ouvrent également la voie à des thérapies ciblant la correction des mécanismes épigénétiques régulant le PAF-R, dans le but de contrôler l’inflammation et les lésions hépatiques à leur origine moléculaire.
Source:
Référence du journal :
Ángel-Gomis, E., et al. (2025). L’antagonisme de la voie PAF/PAF-R contrôlée épigénétiquement améliore la fonction hépatique au cours d’une cirrhose expérimentale. Biomédecine et pharmacothérapie. DOI: 10.1016/j.biopha.2025.118804.
