Montauk, New York – Le nouveau film de Mary Bronstein, « Si j’avais des jambes, je te donnerais un coup de pied », explore sans concession les difficultés de la maternité, rejoignant un mouvement croissant au cinéma américain qui ose dépeindre la réalité parfois brutale de la vie de mère. Le long-métrage, présenté au Festival de Sundance et à la Berlinale, dépeint une femme au bord du gouffre, confrontée à des défis incessants et à un épuisement émotionnel profond.
Le film suit Linda (Rose Byrne), une thérapeute dont la vie bascule lorsqu’elle doit jongler avec la maladie chronique de sa jeune fille, l’absence prolongée de son mari, capitaine de navire, et une série de catastrophes domestiques. Un trou béant s’ouvre dans le plafond de son appartement, l’obligeant à déménager avec sa fille dans un motel. Les réparations s’éternisent, entravées par les aléas de la vie, tandis que Linda doit également accompagner sa fille à des rendez-vous médicaux réguliers, sans résultats probants.
Au cœur de cette spirale, Linda est constamment remise en question. D’abord par un agent de stationnement grincheux (Mark Stolzenberg), puis par un médecin (Bronstein elle-même) qui l’alerte sur les conséquences si sa fille ne prend pas de poids. La réalisatrice, en incarnant l’un des antagonistes, offre une auto-critique mordante, comme si elle confessait et exacerbait sa propre approche parfois trop directe.
La fille de Linda, dont le visage est délibérément rarement montré, est décrite par celle-ci comme « extensible », contrairement à son père, perçu comme plus ferme. Cette « flexibilité », bien que parfois perçue comme une faiblesse, est aussi ce qui permet à Linda de trouver un peu de répit face à l’adversité, de rire plutôt que de pleurer, et de gérer le flux constant de patients qu’elle reçoit au « Centre pour les Arts Psychologiques ». Elle finit par céder aux demandes incessantes de sa fille et lui achète un hamster, une décision qui aura des conséquences imprévues.
Rose Byrne livre une performance remarquable, oscillant entre tragédie et comédie. Son jeu, subtil et expressif, capture à merveille l’épuisement physique et émotionnel de Linda, tout en révélant une force intérieure insoupçonnée. L’actrice, connue pour ses rôles de femmes fortes et parfois antipathiques, incarne ici une héroïne vulnérable et désemparée.
Le film se déroule à Montauk, où la mer exerce une attraction puissante sur Linda, symbolisant peut-être ses propres tourments intérieurs. Comme dans « The Lost Daughter » de Maggie Gyllenhaal, la plage devient un lieu de réflexion et d’introspection. « Si j’avais des jambes, je te donnerais un coup de pied » explore également une dimension nocturne, où les démons de Linda se déchaînent, évoquant une atmosphère presque vampirique.
Le style visuel du film, caractérisé par des gros plans saisissants (la direction de la photographie est signée Christopher Messina), et son rythme effréné, rappellent l’esthétique des frères Safdie (« Daddy Longlegs », « Good Time », « Uncut Gems »). Le réalisateur Ronald Bronstein, mari de Mary Bronstein, a collaboré avec les Safdie sur plusieurs de leurs films, ce qui explique peut-être ces similitudes. Cependant, le film de Bronstein se distingue par ses ellipses narratives et ses absences structurées. La fille de Linda est rarement vue en entier, souvent réduite à des parties de son corps, soulignant sa dépendance totale envers sa mère.
Lors de sa première présentation, le film a suscité des réactions contrastées, certains saluant son réalisme brutal, d’autres critiquant son esthétique anxiogène. Quoi qu’il en soit, « Si j’avais des jambes, je te donnerais un coup de pied » s’inscrit dans une tendance cinématographique qui ose briser les tabous et dépeindre la maternité sous un jour nouveau, loin des clichés habituels.
Linda trouve un répit temporaire dans une amitié improbable avec James (A$AP Rocky), le concierge du motel, qui lui permet de s’évader, ne serait-ce que pour quelques heures, et de retrouver un semblant de liberté.
