Publié le 27 décembre 2025 07:33:00. Même des lésions minimes de la myéline, la gaine protectrice des cellules nerveuses, peuvent perturber significativement la synchronisation des signaux cérébraux, selon une étude néerlandaise récente. Ces découvertes pourraient éclairer de nouvelles pistes de recherche sur les troubles cognitifs associés à la sclérose en plaques et autres affections.
- Des dommages même minimes à la myéline peuvent altérer la communication entre différentes zones du cerveau.
- La vulnérabilité se situe particulièrement au niveau d’une petite portion de myéline dans le cortex cérébral, et non dans les grandes voies nerveuses.
- La perte de myéline affecte le « timing » de la communication cérébrale, plus que sa vitesse.
La myéline, cette substance grasse qui enrobe les extensions des cellules nerveuses, joue un rôle crucial dans la transmission rapide et efficace des informations dans le cerveau. On la compare souvent à l’isolant d’un câble coaxial : si cet isolant est endommagé, le signal est perturbé. Des recherches menées par le Dutch Brain Institute révèlent que même des atteintes mineures à cette gaine protectrice peuvent avoir des conséquences importantes sur le fonctionnement cérébral.
« La myéline est constamment en mouvement, elle est produite, entretenue et réparée en permanence », explique le neuroscientifique Maarten Kole, auteur principal de l’étude. « Ce dynamisme rend le système particulièrement vulnérable. » Les chercheurs se sont concentrés sur la connexion entre le cortex cérébral et le thalamus, une zone cérébrale essentielle pour la perception, le traitement de l’information et la coordination des mouvements.
Le thalamus agit comme une station de relais, transmettant en continu les informations entre le cortex et d’autres zones du cerveau. Il permet notamment de déterminer notre position dans l’espace et d’identifier les objets qui nous entourent. Il est également impliqué dans le sommeil, modifiant le rythme de l’activité corticothalamique lorsque nous nous endormons.
Pour étudier l’impact des lésions myéliniques, les scientifiques ont utilisé des souris auxquelles ils ont administré une substance (cuprizone) induisant des dommages à la myéline, un processus similaire à celui observé chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP). Ils ont découvert que les zones les plus vulnérables ne se trouvaient pas dans les grandes voies nerveuses, mais dans une petite portion de myéline située dans la matière grise du cortex cérébral, à proximité même des cellules nerveuses.
Les souris présentant des lésions myéliniques ont montré des difficultés à évaluer les distances et à identifier les objets. L’étude révèle que le problème ne réside pas tant dans un ralentissement des signaux que dans une perturbation de leur synchronisation. « Avec la perte de myéline dans cette zone, davantage de signaux sont générés dans le cortex, mais les fréquences élevées, celles qui regroupent les impulsions rapidement, n’arrivent pas au thalamus », précise Maarten Kole. « Le thalamus ne sait plus quand le cortex a “observé” quelque chose. »
La myéline endommagée agit donc comme un filtre, laissant passer les signaux lents mais bloquant les rafales rapides. Or, ce sont précisément ces schémas rapides qui garantissent une transmission précise et fiable de l’information. Un décalage de quelques millisecondes peut sembler négligeable, mais il suffit à perturber la coordination des informations provenant des différents sens et systèmes.
Ces découvertes pourraient aider à mieux comprendre les troubles cognitifs fréquemment observés chez les patients atteints de SEP, tels que les réactions ralenties et les difficultés de concentration. « On a souvent pensé que ces troubles étaient liés à un ralentissement de la transmission des impulsions nerveuses », souligne Maarten Kole. « Mais nos résultats suggèrent que la perte de myéline dans le cortex perturbe l’arrivée des signaux à haute fréquence au thalamus. »
La démyélinisation est également impliquée dans d’autres affections, comme les leucodystrophies d’origine génétique. Les chercheurs restent prudemment optimistes quant à la possibilité de réparer les lésions myéliniques à l’avenir. « Il faudra encore cinq à dix ans de recherche », estime Maarten Kole. « De nombreux travaux sont en cours dans le monde entier pour favoriser la plasticité de la myéline et la rendre plus résistante aux dommages. » Des études récentes ont permis d’identifier un nouveau mécanisme permettant de limiter les dommages à la myéline, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter cet article sur le rétrécissement du cerveau chez les patients atteints de SEP, cette étude sur la prévalence plus élevée de la maladie d’Alzheimer et de la SEP chez les femmes, ou cet article sur les effets bénéfiques de l’utilisation de l’ordinateur sur le cerveau des personnes âgées.
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