Publié le 15 décembre 2025 à 14h22. Des chercheurs zurichois ont mis en lumière les mécanismes par lesquels le système immunitaire contrôle Candida albicans, une levure courante qui peut devenir dangereuse pour les personnes immunodéprimées, notamment en limitant son accès au zinc.
- L’équipe de l’Université de Zurich a découvert que la candidalysine, une toxine produite par le champignon, est nécessaire à sa survie en faibles quantités.
- L’interleukine 17 joue un rôle clé dans la prévention de la transformation de Candida albicans en une forme pathogène en séquestrant le zinc, essentiel à sa prolifération.
- Ces découvertes sont importantes à l’heure où les immunothérapies bloquant l’interleukine 17 sont de plus en plus utilisées, augmentant le risque de candidose chez les patients.
Candida albicans est une levure qui colonise naturellement les muqueuses du corps humain sans causer de problèmes. Cependant, dans certaines circonstances, notamment chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli, elle peut provoquer des infections graves, voire mortelles. Plus d’un million de décès par an sont attribués à des infections systémiques causées par ce champignon, particulièrement chez les patients hospitalisés en soins intensifs ou ceux souffrant de maladies comme le cancer ou ayant subi une transplantation.
Jusqu’à présent, les mécanismes précis qui permettent à l’organisme de maintenir Candida albicans sous contrôle et d’éviter une infection restaient mal compris. Une équipe de recherche de la faculté Vetsuisse de l’Université de Zurich a récemment réalisé deux découvertes significatives qui permettent de mieux comprendre cet équilibre délicat entre un commensal et un pathogène potentiel.
Les chercheurs ont d’abord étudié la candidalysine, une toxine produite par le champignon, connue pour endommager les cellules de l’hôte. Contre toute attente, ils ont constaté que cette toxine, en petites quantités, est en réalité essentielle à la survie de Candida albicans dans la bouche. Le champignon l’utilise comme une sorte de clé pour s’ancrer à la muqueuse buccale sans causer de dommages importants.
« La régulation fine de la candidalysine détermine si Candida albicans présente des propriétés bénéfiques ou pathogènes. »
Salomé LeibundGut-Landmann, professeure d’immunologie à la faculté Vetsuisse, Université de Zurich
Lorsque le champignon produit de grandes quantités de candidalysine, il se transforme en un agent pathogène et déclenche une forte inflammation. En revanche, lorsqu’il produit de faibles quantités de toxine, il reste discret et inoffensif, agissant comme un simple colonisateur.
Dans une deuxième étude, les chercheurs se sont intéressés à la manière dont Candida albicans passe d’un état inoffensif à un état pathogène chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Ils ont émis l’hypothèse que l’interleukine 17, une molécule impliquée dans la réponse immunitaire, jouait un rôle crucial dans ce processus. Cette hypothèse était corroborée par le fait que les personnes présentant un déficit en interleukine 17 sont plus susceptibles de développer un muguet buccal.
Leurs résultats ont confirmé que l’immunité médiée par l’interleukine 17 empêche le champignon de proliférer de manière excessive et de produire de grandes quantités de candidalysine, limitant ainsi sa transformation en une forme pathogène. Ce mécanisme repose notamment sur un processus appelé « immunité nutritionnelle » : l’interleukine 17 séquestre indirectement le zinc, un élément essentiel à la formation d’hyphes invasifs et à la production de candidalysine par le champignon.
« Par conséquent, l’interleukine 17 agit comme un gardien, garantissant que Candida albicans reste inoffensif. La perte de cette protection déclenche une cascade d’événements conduisant à des modifications fongiques, des lésions tissulaires et des maladies chroniques », explique Salomé LeibundGut-Landmann.
Ces découvertes sont d’autant plus importantes que l’utilisation d’immunothérapies bloquant la voie de l’interleukine 17, pour traiter des maladies comme le psoriasis, est en augmentation. Il n’est pas surprenant que certains patients recevant des anticorps ciblant l’interleukine 17 ou son récepteur développent une candidose cutanéo-muqueuse, y compris le muguet, comme effet secondaire.
Le premier auteur de ces deux publications, Ricardo Froís-Martins, a reçu un prix de la Faculté des sciences pour la qualité exceptionnelle de sa thèse, lors d’une cérémonie qui s’est tenue le 12 décembre 2025.
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