Publié le 15 février 2025. Une étude internationale met en lumière les facteurs de risque liés à la dépendance à l’exercice physique, un trouble qui peut avoir des conséquences graves sur la santé physique et mentale. Le perfectionnisme et la pratique sportive de compétition apparaissent comme les principaux éléments associés à ce comportement addictif.
- Le perfectionnisme est le facteur prédictif le plus fort de la dépendance à l’exercice.
- La pratique sportive de compétition augmente significativement le risque de développer cette addiction.
- L’étude ne révèle pas de différences significatives entre les hommes et les femmes.
L’exercice physique est largement reconnu pour ses bienfaits sur la santé. Cependant, lorsqu’il devient une obsession, une compulsion, il peut se transformer en un véritable problème de dépendance. Une recherche menée par l’Université Miguel Hernández d’Elche (UMH) et l’Institut de santé et de recherche biomédicale d’Alicante (ISABIAL) a cherché à identifier les facteurs de risque les plus déterminants dans le développement de ce trouble.
L’étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue Addictive Behaviors, a analysé les données de plus de 1 000 jeunes adultes (d’âge moyen de 25 ans, dont 65 % d’hommes), qu’ils soient sportifs ou non. Les participants ont répondu à des questionnaires détaillés portant sur leurs habitudes d’exercice, leurs traits de personnalité et leurs motivations liées à l’activité physique. Pour analyser ces données complexes, les chercheurs ont utilisé des techniques d’intelligence artificielle, permettant d’identifier des schémas et des corrélations subtiles.
« Nous savons que l’exercice est essentiel à la santé, mais lorsqu’il devient obsessionnel, il peut avoir de graves conséquences physiques, psychologiques et sociales. Nous avons constaté que le perfectionnisme et certains objectifs liés à l’image corporelle, comme perdre du poids ou gagner du muscle, prédisent un risque plus élevé de dépendance à l’exercice, en particulier chez les personnes pratiquant des sports de compétition. »
Thomas Zandonai, chercheur Ramón y Cajal, Département de pharmacologie, pédiatrie et chimie organique de l’UMH
Les résultats de l’étude indiquent que le perfectionnisme est le facteur le plus fortement associé à la dépendance à l’exercice, suivi par le désir de perdre du poids, de développer sa masse musculaire et des variables liées à l’intensité de la pratique sportive. Cette tendance se manifeste aussi bien chez les athlètes professionnels que chez les amateurs, bien que les signes de risque soient plus fréquents chez les sportifs non professionnels, ceux qui pratiquent une activité physique uniquement pour le plaisir.
La dépendance à l’exercice présente des similitudes avec d’autres formes d’addiction comportementale, mais elle est également souvent liée à des troubles de l’alimentation et à une pratique sportive compulsive, ce qui rend son diagnostic plus complexe. Les auteurs de l’étude soulignent qu’il s’agit de modèles de risque au niveau de la population et non de diagnostics individuels. Ainsi, tous les athlètes perfectionnistes ou compétitifs ne développeront pas nécessairement une dépendance, mais ces informations peuvent aider à identifier les personnes susceptibles de bénéficier d’un soutien pour adopter une relation plus saine avec l’exercice.
« Ce que nous détectons, ce sont des phénotypes ou des modèles de risque, et non des diagnostics individuels. »
Ana María Peiró, professeure et co-auteure à l’UMH
Ana María Peiró précise que la notion de perfectionnisme telle qu’elle est communément comprise ne correspond pas toujours à ce qui est mesuré par les tests psychologiques validés. Elle conseille toutefois que, « si l’exercice provoque une souffrance ou interfère avec la vie quotidienne, il est recommandé de consulter des professionnels de la santé. »
Cette recherche a été financée par la Délégation gouvernementale espagnole pour le Plan national sur les drogues, dans le cadre du projet MORPHEO (2023I031), et a été menée en collaboration avec le Laboratoire des sciences de la toxicomanie de l’Université de Trente (Italie), un centre de référence dans le domaine de la recherche sur les addictions comportementales. L’étude a également servi de base à plusieurs mémoires de premier cycle et de master, ainsi qu’à une thèse de doctorat à l’UMH, permettant aux étudiants d’appliquer ces méthodologies à différents aspects de la dépendance à l’exercice.
Source :
Référence du journal :
Zandonai, T., et al. (2025). La modélisation prédictive relie la dépendance à l’exercice aux facteurs de risque psychologiques et comportementaux associés. Comportements addictifs. DOI: 10.1016/j.addbeh.2025.108493.
