Publié le 2024-11-16 10:30:00. Une nouvelle étude israélienne met en lumière un lien significatif entre les troubles thyroïdiens chez la mère et un risque accru de troubles du spectre autistique (TSA) chez l’enfant, en particulier lorsque la maladie est chronique et s’aggrave pendant la grossesse.
- Une combinaison de maladie thyroïdienne chronique et d’hypothyroïdie gestationnelle est associée à un risque significativement plus élevé de TSA.
- La durée de l’hypothyroïdie pendant la grossesse est directement liée à l’augmentation du risque de TSA : plus elle est longue, plus le risque est important.
- La surveillance étroite de la fonction thyroïdienne pendant la grossesse, en particulier chez les femmes atteintes de maladies thyroïdiennes préexistantes, est cruciale pour minimiser les risques neurodéveloppementaux.
Les troubles du spectre autistique (TSA) sont des affections neurodéveloppementales complexes, caractérisées par des difficultés de communication sociale et des comportements répétitifs. Leur origine est multifactorielle, impliquant une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux agissant pendant les périodes critiques du développement cérébral. La période prénatale, en particulier, est une phase de vulnérabilité accrue pour le développement neurologique du fœtus.
Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle essentiel dans le développement du cerveau fœtal, participant à la neurogenèse (la formation de nouveaux neurones), à la migration neuronale et à la maturation des cellules nerveuses. Durant le premier trimestre de la grossesse, le fœtus dépend presque entièrement des hormones thyroïdiennes maternelles fournies par le placenta. Des études antérieures ont déjà établi un lien entre l’hypothyroïdie, qu’elle soit manifeste ou subclinique, et des troubles cognitifs ainsi que des retards de développement du langage chez l’enfant. Des mécanismes auto-immuns, indépendamment des variations hormonales mesurables, pourraient également influencer le développement neurologique du fœtus.
Pour approfondir cette relation, des chercheurs ont mené une étude de cohorte rétrospective portant sur des naissances uniques issues d’un centre hospitalier spécialisé situé dans le sud d’Israël. En croisant différentes bases de données, ils ont pu rassembler des informations sociodémographiques, des données détaillées sur les grossesses et des diagnostics confirmés de TSA. L’étude a accordé une attention particulière à la distinction entre les maladies thyroïdiennes préexistantes à la grossesse et les troubles hormonaux survenus pendant la grossesse, en évaluant trimestriellement les niveaux de TSH (hormone stimulant la thyroïde) et de T4 libre pour mesurer précisément la sévérité et la durée des déséquilibres hormonaux.
Les résultats de l’étude ont révélé qu’un dysfonctionnement thyroïdien gestationnel isolé, qu’il soit chronique ou survenu pendant la grossesse, n’était pas associé à une augmentation du risque de TSA. Cependant, un risque significativement accru a été observé lorsque la maladie thyroïdienne chronique était combinée à une hypothyroïdie survenant pendant la grossesse. De plus, une relation dose-réponse claire a été identifiée : plus la période d’hypothyroïdie était longue et s’étendait sur plusieurs trimestres, plus le risque de TSA était élevé. Ces résultats sont restés constants, même en tenant compte des différents groupes ethniques, ce qui suggère une association robuste.
Cette étude souligne l’importance de ne pas se concentrer uniquement sur le diagnostic de maladie thyroïdienne, mais également sur le déficit hormonal réel pendant la grossesse, qui semble être un facteur crucial dans le risque de troubles neurodéveloppementaux. Elle renforce l’intérêt d’une surveillance étroite et régulière de la fonction thyroïdienne chez les femmes enceintes, en particulier celles qui présentent des antécédents de problèmes thyroïdiens. Bien que l’étude présente certaines limites, notamment le manque d’informations sur la lévothyroxine (un traitement substitutif en hormones thyroïdiennes), le statut en iode et la présence d’auto-anticorps thyroïdiens, elle ouvre la voie à une meilleure stratification des risques et à une prise en charge endocrinologique plus personnalisée pendant la grossesse.
