Publié le 16 novembre 2023 18h03. Les troubles de la neurodiversité, longtemps méconnus chez les femmes, sont désormais mieux identifiés grâce à une prise de conscience croissante et à des outils d’aide au diagnostic, comme une nouvelle application mobile.
- Les femmes neurodivergentes sont souvent diagnostiquées tardivement, avec des erreurs de diagnostic fréquentes (dépression, anxiété, épuisement professionnel).
- Les critères diagnostiques actuels sont souvent basés sur des modèles masculins, rendant la reconnaissance des symptômes chez les femmes plus difficile.
- Une nouvelle application, “Lire”, vise à aider les femmes à mieux comprendre leurs schémas comportementaux et à identifier d’éventuels signes de neurodiversité.
La neuropsychologue Mariana Lucas Aguiar alerte depuis 15 ans sur une tendance alarmante : de nombreuses femmes se voient attribuer un diagnostic de dépression, d’anxiété ou de burn-out alors que leurs difficultés pourraient être liées à une neurodivergence non détectée. Elle explique que les professionnels de santé ont souvent du mal à identifier ces troubles chez les femmes, car les manifestations sont différentes de celles observées chez les hommes.
La neurodivergence englobe un ensemble d’états neurologiques qui se manifestent par un fonctionnement cérébral différent de la norme. Cela peut inclure des troubles tels que le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et l’autisme. Selon les Instituts nationaux de la santé (NIH) américains, environ 20 % de la population mondiale est concernée par la neurodiversité, soit environ 1,62 milliard de personnes.
Mariana Lucas Aguiar souligne que les femmes neurodivergentes présentent souvent des symptômes atypiques. Elles peuvent avoir du mal à reconnaître leurs besoins fondamentaux, comme la faim ou la soif, et se perdre dans l’hyperconcentration, au détriment de leur bien-être physique. Elles éprouvent également des difficultés à planifier des tâches simples, ce qui peut entraîner un sentiment de frustration et d’épuisement.
« Ces femmes reçoivent souvent un diagnostic de trouble de la personnalité bipolaire ou limite et il y a une très grande différence entre le diagnostic d’un trouble limite et celui d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). »
Mariana Lucas Aguiar, neuropsychologue
Le diagnostic erroné peut avoir des conséquences importantes. Un diagnostic de trouble de la personnalité limite, par exemple, peut conduire à des traitements inappropriés, tandis qu’un diagnostic précis de TDAH ou d’autisme permettrait de mettre en place des stratégies d’adaptation plus efficaces. Ces stratégies peuvent inclure l’utilisation d’écouteurs au travail, la demande d’enregistrement des réunions ou une meilleure organisation du temps.
C’est dans ce contexte que Mariana Lucas Aguiar a développé l’application Lire, un outil destiné à aider les femmes à mieux comprendre leur santé mentale et à identifier d’éventuels signes de neurodiversité. L’application permet d’enregistrer les comportements, de réfléchir sur sa journée et de suivre son cycle menstruel, un facteur important à prendre en compte dans la santé des femmes.
L’Association portugaise du TDAH estime qu’environ 400 000 personnes vivent avec ce trouble au Portugal. Cependant, ce chiffre ne représente qu’une partie de la réalité, car de nombreuses femmes restent sous-diagnostiquées. Le problème, selon les spécialistes, réside dans le fait que les critères diagnostiques actuels sont encore trop souvent basés sur des modèles masculins. Les manifestations de la neurodivergence chez les femmes sont souvent plus subtiles et passent inaperçues.
« Il y a beaucoup de professionnels de santé qui sont encore très attachés aux mythes de l’autisme et du TDAH, qui alors, lorsqu’ils voient ces femmes, pensent que les critères diagnostiques ne leur correspondent pas, mais ils peuvent, ils ne peuvent pas se coller aux modèles masculins. »
Mariana Lucas Aguiar, neuropsychologue
Mariana Lucas Aguiar insiste sur le fait que la solution n’est pas de forcer les personnes neurodivergentes à s’adapter à un environnement qui ne leur convient pas, mais plutôt d’adapter l’environnement à leurs besoins. Elle recommande de consulter un professionnel pour obtenir un diagnostic précis et mettre en place des stratégies d’adaptation personnalisées. La psychothérapie peut également être très bénéfique pour aider les femmes à mieux comprendre leur neurodiversité et à développer des outils pour gérer leurs difficultés.
