Publié le 11 décembre 2025 à 21h30. María Corina Machado, figure de proue de l’opposition vénézuélienne, est réapparue publiquement à Oslo, en Norvège, après plus d’un an passé à opérer dans la clandestinité, alors que des experts estiment que son départ du Venezuela pourrait signaler une accélération des changements politiques dans le pays.
- María Corina Machado a fait une apparition publique à Oslo, accueillie par des partisans scandant des slogans de soutien et appelant à la liberté au Venezuela.
- Des analystes politiques suggèrent que son exil pourrait être lié à l’imminence d’un changement de régime à Caracas.
- Malgré son départ, elle reste une figure centrale de l’opposition et continue d’inspirer l’espoir d’une transition démocratique.
Après une longue période passée à éviter les autorités vénézuéliennes, María Corina Machado a été aperçue jeudi à Oslo, en Norvège. Sa réapparition s’est faite devant une foule enthousiaste, scandant des slogans tels que « Liberté pour le Venezuela » et « María Corina, nous sommes avec vous jusqu’au bout ». Elle est arrivée quelques heures après que sa fille ait reçu un prix en son nom, récompensant son engagement en faveur de la démocratie au Venezuela.
Interrogé par El Comercio, le politologue vénézuélien Luis Nunes estime que même depuis l’étranger, Machado conserve une influence considérable sur l’opposition. Il suggère que son départ du Venezuela pourrait être un signe que la chute du régime de Nicolás Maduro est proche.
« Je crois que le Département d’État américain a dû confirmer que le départ de Maduro est imminent et aura lieu dans quelques jours, et qu’elle pourra donc revenir dans une atmosphère de liberté. C’est ma première impression. »
Luis Nunes, politologue vénézuélien
Nunes souligne que Machado est une leader incontestée, ayant initié un mouvement important dès qu’elle a dénoncé la corruption d’Hugo Chávez à l’Assemblée nationale. Bien qu’elle ait été empêchée de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une décision controversée du conseil électoral vénézuélien, elle reste une figure centrale pour ses partisans.
L’analyste estime également que le discours de Machado et celui de sa fille lors de la cérémonie de remise du prix Nobel représentent un message d’espoir et de détermination. Il anticipe que, malgré le découragement potentiel de l’exode vénézuélien, elle continuera à jouer un rôle crucial, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Nunes pense que le départ de Machado pourrait même accélérer les plans des États-Unis concernant le Venezuela. Il évoque la possibilité d’une intervention ciblée plutôt que d’une invasion militaire, soulignant que Machado a déjà élaboré un plan d’action pour les 100 premières heures et les 100 premiers jours suivant la chute de Maduro.
« María Corina a présenté un plan pour les 100 premières heures, pour les 100 premiers jours après la chute de Maduro. Or, rien de tout cela ne signifie que les États-Unis vont rester au Venezuela et intervenir politiquement. Cela dépend des Vénézuéliens, avec María Corina en tête et le monde ne le sait pas. »
Luis Nunes, politologue vénézuélien
Concernant les prochains jours, Nunes s’attend à ce que Machado fasse preuve de prudence. Il révèle qu’elle aurait tenté de quitter le Venezuela dès samedi, mais n’a pu le faire que mardi, ce qui suggère que le régime était conscient de ses intentions et envisageait différentes options. Elle a finalement quitté le pays par l’île de Curaçao, une destination plus éloignée que l’île d’Aruba, visible depuis la côte vénézuélienne par temps clair.
Nunes met en garde contre les risques qu’un retour prématuré au Venezuela comporterait pour Machado, soulignant que sa vie pourrait être en danger. Il cite l’incident survenu mercredi à l’aéroport de Caracas, où le cardinal primat du Venezuela, Mgr Baltasar Porras, s’est vu confisquer son passeport diplomatique et a été humilié alors qu’il se rendait en Colombie pour un événement religieux. Cet incident, selon Nunes, illustre la capacité du régime à recourir à des mesures arbitraires et répressives.
Enfin, l’analyste anticipe que le régime tentera de discréditer Machado en diffusant de fausses informations, comme l’accusation qu’elle aurait acheté le prix Nobel. Il note que des manifestations orchestrées par le gouvernement sont prévues à Caracas, où les fonctionnaires sont incités à participer en échange d’une compensation financière, mais que la réalité est que le régime est en voie de s’effondrer.
