Publié le 26 novembre 2023. La Birmanie a organisé ce dimanche des élections générales sous contrôle militaire, un scrutin largement critiqué comme une tentative de légitimer le régime issu du coup d’État de 2021, alors que le pays est déchiré par une guerre civile.
- Des élections générales se sont tenues dimanche en Birmanie, les premières depuis cinq ans, sous la supervision du gouvernement militaire.
- L’opposition dénonce un scrutin truqué visant à consolider le pouvoir de l’armée, qui a renversé le gouvernement civil en février 2021.
- La sécurité a été renforcée dans les bureaux de vote, mais aucune perturbation majeure n’a été signalée malgré les menaces de groupes armés d’opposition.
Les électeurs se sont rendus aux urnes dans les grandes villes comme Yangon et Naypyitaw, ainsi que dans d’autres régions du pays, pour voter dans des écoles, des bâtiments gouvernementaux et des lieux de culte. Ce vote intervient dans un contexte de violence et de répression, avec plus de 7 600 civils tués et plus de 22 000 personnes détenues arbitrairement depuis le coup d’État, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques.
Les critiques estiment que ces élections ne peuvent être considérées comme légitimes en raison de l’exclusion des principaux partis politiques, des restrictions à la liberté d’expression et de l’atmosphère générale de peur. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, a été dissous en 2023 après avoir refusé de se conformer aux nouvelles règles imposées par l’armée. Aung San Suu Kyi elle-même, âgée de 80 ans, est incarcérée et purge une peine de 27 ans de prison pour des accusations jugées politiquement motivées.
Plusieurs autres partis ont également choisi de ne pas participer au scrutin, dénonçant des conditions injustes. Des groupes d’opposition ont appelé au boycott, mais la mobilisation reste difficile en raison de la répression militaire. Amel Vier, analyste du Réseau asiatique pour des élections libres, a souligné l’absence de véritable choix pour les électeurs, rappelant que 73 % des voix étaient allées à des partis aujourd’hui disparus lors des élections de 2020.
Le régime militaire espère que ces élections lui permettront de consolider son pouvoir et de gagner en légitimité, tant au niveau national qu’international. La tenue de ce scrutin pourrait également servir de prétexte à des pays voisins comme la Chine, l’Inde et la Thaïlande pour maintenir leur soutien au gouvernement birman, arguant qu’il favorise la stabilité. Cependant, les pays occidentaux ont maintenu leurs sanctions contre les généraux au pouvoir en raison de leurs actions antidémocratiques et de la brutalité de leur répression.
Un nouveau loi sur la protection des élections a été adoptée, imposant des restrictions sévères à la critique publique du processus électoral. Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a dénoncé une intensification de la violence et de l’intimidation, soulignant l’absence de conditions permettant l’exercice de la liberté d’expression et de réunion pacifique.
Le vote se déroule en trois phases, les 102 townships sur les 330 que compte le pays ayant voté ce dimanche. Les deux autres phases sont prévues les 11 et 25 janvier prochains, et les résultats définitifs devraient être annoncés à la fin du mois. Plus de 4 800 candidats issus de 57 partis sont en lice pour des sièges aux législatures nationales et régionales, mais seuls six d’entre eux ont une réelle chance d’influencer la politique au Parlement.
La guerre civile, déclenchée après le coup d’État et la répression violente des manifestations pacifiques, a provoqué le déplacement de plus de 3,6 millions de personnes, selon les chiffres de l’ONU. Les observateurs s’attendent à ce que le général Min Aung Hlaing, à l’origine du coup d’État en 2021, conserve le pouvoir, quel que soit le résultat des élections.
