Publié le 3 octobre 2025 à 17h07. Des vestiges d’anciens virus, intégrés à notre génome depuis des millions d’années, se révèlent essentiels au développement embryonnaire humain, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Nature.
- Près de 9 % de notre ADN est constitué de matériel génétique viral hérité de nos ancêtres.
- Une portion spécifique de cet ADN viral, appelée Hervk LTR5HS, est cruciale pour les premiers stades du développement embryonnaire.
- Des modèles embryonnaires 3D, appelés blastoïdes, ont permis de démontrer le rôle essentiel de cet ADN viral sans recourir à des expériences sur des embryons humains.
L’histoire de notre espèce est inscrite dans notre ADN, et pas seulement dans les gènes que nous avons hérités de nos parents. Près de 9 % de notre génome est en réalité composé de séquences d’ADN provenant de virus anciens, appelés rétrovirus endogènes (REVs), qui ont infecté nos ancêtres il y a des millions d’années et se sont intégrés de façon permanente à notre code génétique. Longtemps considérés comme des « déchets génétiques », ces vestiges viraux se révèlent aujourd’hui jouer un rôle bien plus important qu’on ne le pensait.
Une équipe de scientifiques a récemment démontré qu’une portion spécifique de cet ADN viral, nommée Hervk LTR5HS, est indispensable aux premiers stades du développement humain. Cette découverte, publiée dans la revue Nature, ouvre de nouvelles perspectives sur les mécanismes fondamentaux qui régissent la formation de la vie.
Pour contourner les contraintes éthiques liées à la recherche sur les embryons humains, les chercheurs ont utilisé des blastoïdes. Ces modèles 3D, cultivés à partir de cellules souches, imitent la structure et les types de cellules clés d’un blastocyste, la boule de cellules qui se forme au tout début de la grossesse, environ cinq à sept jours après la fécondation.
En utilisant des outils génétiques de pointe, les scientifiques ont réussi à « éteindre » ou à supprimer complètement les éléments LTR5HS dans les blastoïdes. Les résultats ont été frappants : les blastoïdes ont soit cessé de se développer, soit se sont désorganisés. Cette observation a clairement démontré que cet ADN viral ancien est essentiel pour le stade préalable à l’implantation de développement humain.
L’équipe a ensuite cherché à comprendre comment LTR5HS exerce son influence au niveau cellulaire. Ils ont découvert que ces éléments agissent comme des amplificateurs, renforçant l’activité des gènes voisins. Lorsque leur activité est bloquée, de nombreux gènes impliqués dans le développement de l’épiblaste – la couche cellulaire qui donnera naissance à l’embryon – voient leur activité réduite. Cela suggère que l’ADN viral joue un rôle direct dans le contrôle des instructions de développement précoces.
Une découverte particulièrement significative concerne le gène Znf729. Les chercheurs ont identifié une insertion LTR5HS spécifique, propre à l’espèce humaine, qui agit comme un interrupteur principal pour activer ce gène. Znf729 régule des processus cellulaires fondamentaux tels que la croissance et le métabolisme, soulignant l’importance cruciale de cet ADN viral pour notre développement.
« Nos résultats illustrent à quel point des éléments transposables récemment apparus et les gènes peuvent conférer des fonctions essentielles au développement humain. »
Joanna Wysocka, auteure principale de l’étude
Cette recherche ouvre de nouvelles voies pour comprendre les mécanismes complexes qui régissent le développement embryonnaire et pourrait avoir des implications importantes pour la prévention et le traitement de certaines maladies.
Plus d’informations:
Raquel Fueyo et al, un mécanisme de régulation spécifique à l’homme révélé dans un modèle pré-implantation, Nature (2025). DOI: 10.1038 / S41586-025-09571-1
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