Publié le 21 octobre 2025 à 00h01. Une étude menée à Chicago révèle que les parents, en particulier les mères ayant des antécédents d’accouchement prématuré, ont souvent un apport insuffisant en oméga-3, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la santé de leurs enfants et refléter des inégalités socio-économiques.
- Les parents de la ville de Chicago consomment en moyenne la moitié des quantités d’oméga-3 recommandées.
- Les mères ayant déjà connu un accouchement prématuré présentent les niveaux d’apport les plus faibles.
- L’accès aux ressources et le revenu familial sont liés à la consommation d’oméga-3 et, par conséquent, au potentiel de santé des enfants.
Une récente étude publiée dans la revue Nutriments a examiné les habitudes alimentaires des parents en matière d’acides gras polyinsaturés oméga-3 (AGPI oméga-3), notamment l’acide docosahexaénoïque (ADH) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA). Les recommandations nutritionnelles actuelles encouragent la consommation de fruits de mer, une source importante de ces acides gras essentiels.
Les recherches suggèrent que l’apport suffisant en AGPI oméga-3, en particulier en ADH et en EPA, peut contribuer à réduire le risque d’accouchement prématuré (PTB). De plus, des études récentes mettent en évidence un lien entre la consommation de fruits de mer pendant la grossesse et l’enfance et un développement neurologique positif chez les enfants.
Les fruits de mer sont particulièrement riches en ADH et en EPA, tandis que d’autres aliments, comme le poulet et les œufs, en contiennent des quantités plus faibles. Il est déjà établi que les enfants américains ne consomment pas suffisamment d’ADH et d’EPA, et les adultes ont également tendance à ne pas atteindre les apports quotidiens recommandés.
Les habitudes alimentaires des parents influencent celles de leurs enfants, les enfants ayant tendance à adopter des schémas alimentaires similaires à ceux de leurs parents, que ces derniers soient sains ou non.
Détails de l’étude
Les chercheurs ont évalué l’apport en ADH et en EPA des parents et ont étudié les facteurs sociodémographiques associés. Entre mai et juillet 2022, des parents de différents quartiers de Chicago ont répondu à un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires. Seul un parent par foyer a été recruté, à condition d’avoir au moins un enfant âgé de 0 à 17 ans et d’être âgé d’au moins 18 ans.
Le questionnaire portait sur les aliments contribuant le plus à l’apport en ADH et en EPA. Trois questions spécifiques concernaient la consommation de fruits de mer, regroupés en fonction de leur teneur en ADH. Les participants ont indiqué leur fréquence de consommation, qui a ensuite été convertie en estimations d’apports quotidiens. Ils ont également précisé s’ils prenaient des compléments alimentaires contenant de l’ADH.
Les participants ont fourni des informations démographiques telles que leur âge, leur sexe, leur niveau d’éducation, leur origine ethnique et le revenu de leur foyer. Les femmes ont également été interrogées sur leurs antécédents d’accouchement prématuré.
Les adresses des participants ont été croisées avec l’indice des opportunités pour l’enfance (COI) de leur quartier, un score composite qui évalue les opportunités multidimensionnelles offertes aux enfants en matière de croissance et de développement sains, en se basant sur 44 indicateurs dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’environnement.
Les résultats de l’étude ont porté sur la consommation quotidienne individuelle et combinée d’ADH et d’EPA par les parents. Des tests t ont été utilisés pour comparer les apports entre les pères et les mères. Des modèles de régression linéaire multivariée ont été employés pour examiner les caractéristiques parentales associées à l’apport en ADH et en EPA. Des modèles distincts ont été développés pour les pères et les mères, l’accouchement prématuré étant examiné uniquement chez les femmes.
Principaux résultats
L’étude a recueilli les réponses de 1 057 participants. La majorité des participants avaient plus de 35 ans (65,6 %) et étaient des femmes (59,5 %). 24,1 % des mères avaient des antécédents d’accouchement prématuré. Environ un quart des participants déclaraient prendre des compléments alimentaires contenant de l’ADH. Le COI était faible ou très faible pour la plupart des foyers (73,3 %).
Les mères avaient des apports significativement inférieurs en ADH et en EPA, tant individuellement qu’en combinaison, par rapport aux pères (135,7 mg/jour contre 162,8 mg/jour, une différence moyenne de 27,1 mg/jour, p = 0,02).
Chez les femmes, l’absence de prise de compléments alimentaires contenant de l’ADH (-48,3 mg/jour) et des antécédents d’accouchement prématuré (-24,4 mg/jour) étaient associés à un apport plus faible en ADH et en EPA.
L’origine ethnique noire, non hispanique ou latino-américaine, était associée à un apport combiné plus élevé en ADH et en EPA (+41,7 mg/jour) que l’origine ethnique blanche, non hispanique ou latino-américaine. Les foyers dont le revenu était supérieur à 100 % du seuil de pauvreté fédéral (SPF) avaient un apport combiné plus élevé que ceux dont le revenu était inférieur à 100 % du SPF.
Pour les hommes, l’absence de prise de compléments alimentaires contenant de l’ADH (-73,0 mg/jour) et l’appartenance aux groupes ethniques latino-américain ou hispanique et autres ou multiracial (non hispanique ou latino-américain) étaient associés à un apport combiné plus faible. Les hommes noirs, non hispaniques ou latino-américains, ne présentaient pas de différence significative par rapport aux hommes blancs, non hispaniques ou latino-américains.
En revanche, le revenu du foyer n’était pas associé à l’apport en ADH et en EPA chez les pères. Les foyers ayant un COI élevé ou très élevé avaient un apport significativement plus élevé que ceux ayant un COI faible ou très faible, avec une différence d’environ 50 mg/jour.
Conclusions
Cette étude transversale a mis en évidence un lien entre l’apport en ADH et en EPA par les parents et des indicateurs du potentiel de santé des enfants, tels que le COI et l’accouchement prématuré. L’apport en ADH et en EPA par les parents était considérablement inférieur aux 250 mg/jour recommandés par les directives alimentaires américaines pour une consommation régulière de fruits de mer. Un apport plus faible en ADH et en EPA chez les mères était également associé à des antécédents d’accouchement prématuré.
Améliorer l’apport en ADH et en EPA des parents pourrait contribuer à réduire le risque d’accouchement prématuré, sur la base des résultats d’essais randomisés antérieurs, bien que cette étude soit transversale et ne puisse établir de lien de causalité. De plus, le désavantage socio-économique, tel qu’un COI faible ou un revenu de foyer limité, était associé à un apport plus faible en ADH et en EPA par les parents.
Les auteurs soulignent que l’ampleur de ces différences est significative. Bien que l’étude rapporte des moyennes et des différences entre les groupes plutôt que la proportion exacte de personnes consommant moins de 250 mg par jour, l’apport parental moyen était bien inférieur à la quantité recommandée.
Les auteurs reconnaissent également certaines limites, notamment la collecte de données pendant les périodes de grippe aviaire et de COVID-19, l’utilisation d’un échantillon monoparental et la sous-représentation des foyers à haut risque en termes de COI, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats.
L’augmentation de l’apport en oméga-3 pourrait avoir des bénéfices significatifs pour la santé publique, notamment en réduisant le taux d’accouchement prématuré. Les auteurs suggèrent des interventions potentielles telles que l’éducation des familles sur les options de fruits de mer abordables et l’encouragement des pédiatres à conseiller les parents sur leur propre alimentation.
