Publié le 2025-11-20 11:27:00. L’allaitement maternel exclusif (AME) pendant les six premiers mois de la vie d’un nourrisson reste un indicateur clé de la santé infantile, mais son taux de prévalence en Palestine, bien que supérieur à celui de certains pays arabes voisins, demeure relativement faible. Une nouvelle étude met en lumière les principaux obstacles rencontrés par les mères palestiniennes et identifie des pistes d’amélioration.
- La prévalence de l’AME en Palestine s’élève à 38,2 %, un chiffre supérieur à celui observé en Arabie saoudite (27,6 % en 2019 et 22 % en 2021) et au Liban (12,3 %).
- Le principal obstacle à l’AME, identifié par les mères, est la perception d’une production de lait maternel insuffisante.
- L’emploi de la mère, une expérience antérieure réussie de l’AME et l’utilisation de la tétine sont des facteurs significativement associés à la durée de l’allaitement exclusif.
Malgré un taux de 38,2 %, l’allaitement maternel exclusif pendant six mois après l’accouchement reste un défi en Palestine. Cette prévalence, bien que modeste, se situe néanmoins au-dessus de la moyenne observée dans d’autres pays de la région. En comparaison, l’Arabie saoudite affichait des taux de 27,6 % en 2019 et de 22 % en 2021 14, tandis que le Liban enregistrait seulement 12,3 % 15. Au Qatar, le taux était de 24,3 % 16, et en Jordanie, il a diminué de 33 % en 2021 à 24 % en 2024 17. Les Émirats arabes unis affichent un taux de 24,4 % 18. L’étude révèle également que le taux observé en Palestine est supérieur à la moyenne régionale de 30,9 % 6, selon une revue des pays de la Méditerranée orientale.
L’étude a mis en évidence les principaux freins à l’AME en Palestine. Deux tiers des mères interrogées expriment le sentiment que leur production de lait est insuffisante pour nourrir leur bébé. Cette perception, fréquemment rapportée, est corroborée par des études similaires menées au Qatar 16, en Jordanie 8, 17, à Oman 19 et en Arabie saoudite 14, 20. En conséquence, de nombreuses mères ont recours à des compléments alimentaires ou au biberon avant le sixième mois, par crainte d’un apport insuffisant pour leur enfant. Les pleurs fréquents, l’agitation, les difficultés d’alimentation ou une prise de poids jugée insuffisante sont souvent interprétés comme des signes d’une production de lait limitée 21, 22, 23. Un manque d’informations et d’accompagnement en matière d’allaitement peut exacerber ces inquiétudes 24, soulignant la nécessité d’un conseil personnalisé et de soutien prénatal et postnatal.
Outre la perception d’une production de lait insuffisante, les pleurs fréquents du nourrisson constituent un autre obstacle majeur à la poursuite de l’AME. Cette raison d’arrêt précoce est également fréquemment citée au Qatar 19 et en Jordanie 17. Les mères peuvent, à tort, attribuer ces pleurs à une faim ou à une mauvaise qualité du lait, ce qui les conduit à introduire des compléments alimentaires trop tôt. L’éducation des mères sur les comportements normaux des nourrissons et les signes de bonne hydratation est donc essentielle.
L’analyse multivariée a révélé que l’emploi de la mère, une expérience antérieure réussie de l’AME et l’utilisation de la tétine sont des facteurs déterminants. Les mères actives sont significativement moins susceptibles de maintenir l’AME, un constat corroboré par des études similaires menées dans le gouvernorat de Jérusalem 25, en Jordanie 17, au Qatar 16, en Arabie saoudite 20, en Égypte 26, en Iran 27 et en Malaisie 28. Une étude récente dans le gouvernorat de Jérusalem a montré que les mères au foyer étaient 2,3 fois plus susceptibles de réussir l’AME que les mères ayant un emploi à temps plein ou à temps partiel 25. Les contraintes liées au travail, les politiques d’allaitement maternel peu favorables, la fatigue et la difficulté de concilier emploi et allaitement sont autant de facteurs qui peuvent conduire à un arrêt prématuré de l’AME 29. Il est important de noter que le droit du travail palestinien ne prévoit qu’un congé de maternité payé de 90 jours, et que les aménagements pour faciliter l’allaitement sur le lieu de travail sont souvent inexistants.
Enfin, les mères ayant déjà pratiqué l’AME avec succès pour leurs enfants précédents sont plus susceptibles de la maintenir pour les suivants, un résultat cohérent avec des études menées en Jordanie 17, chez les réfugiées syriennes en Jordanie 8, en Indonésie 30 et en Arabie saoudite 31. Cette expérience passée renforce la confiance et les connaissances des mères en matière d’allaitement 32. L’utilisation de la tétine est également associée à une diminution de l’AME, comme l’ont montré des études en Arabie saoudite 33 et au Brésil 34, et une revue systématique a souligné son impact négatif sur l’allaitement 35. L’introduction précoce de la tétine peut perturber l’allaitement efficace en provoquant une fatigue du nourrisson et en réduisant la fréquence des tétées 36, soulignant l’importance d’une information ciblée sur les risques potentiels.
Cette étude présente certaines limites. L’utilisation de données auto-déclarées peut introduire un biais de mémoire, bien que la période de rappel ait été limitée à 6 à 12 mois. Le caractère transversal de l’étude ne permet pas d’établir des liens de causalité. De plus, certains facteurs potentiellement confondants, tels que la santé mentale, la dépression post-partum et les pratiques culturelles, n’ont pas été évalués. Enfin, les informations sur les techniques d’allaitement n’ont pas été recueillies. Compte tenu de l’échantillon prélevé dans des cliniques du ministère de la Santé, les résultats ne sont pas nécessairement généralisables à toutes les mères palestiniennes, en particulier celles qui ont accès à des services de santé privés ou qui sont réfugiées.
