Publié le 17 novembre 2023 10:32. La Banque centrale d’Irlande tire la sonnette d’alarme face à une possible correction boursière, notamment aux États-Unis, et met en garde contre les risques liés à une déconnexion entre les valorisations des entreprises technologiques et la réalité économique.
- Les valorisations des actions du S&P 500 atteignent des niveaux historiquement élevés, comparables à ceux observés lors de la bulle internet de 2000.
- L’économie irlandaise est particulièrement vulnérable aux chocs commerciaux et aux tarifs douaniers internationaux.
- La Banque centrale souligne une déconnexion entre les taux d’intérêt des obligations d’entreprises et l’incertitude macroéconomique actuelle.
La Banque centrale d’Irlande s’inquiète des valorisations boursières, en particulier aux États-Unis, et de leur impact potentiel sur l’économie irlandaise. Selon un modèle développé par le prix Nobel Robert Shiller, les actions de l’indice américain S&P 500 se négocient actuellement à environ 40 fois leurs bénéfices, ajustés de l’inflation – un niveau seulement dépassé par le pic de la bulle internet en 2000. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les dix plus grandes entreprises américaines – dont Amazon, Meta, Apple et Nvidia – ont représenté 45 % des gains totaux du S&P 500 depuis avril, malgré un contexte macroéconomique incertain.
Mark Cassidy, directeur de la stabilité financière à la Banque centrale, a souligné que ces entreprises technologiques majeures ont d’importantes activités et sont des employeurs clés en Irlande, ce qui amplifie la vulnérabilité du pays face à un éventuel retournement de situation. Il a précisé que l’Irlande est plus directement exposée aux chocs commerciaux et aux tarifs douaniers internationaux qu’aux fluctuations des marchés financiers, mais que ces derniers auraient inévitablement des répercussions.
La valorisation des actions liées à l’intelligence artificielle (IA) repose sur des prévisions de croissance des bénéfices qui pourraient s’avérer trop optimistes, selon le rapport de la Banque centrale. Un changement d’appétit pour le risque des investisseurs, des évolutions défavorables dans les modèles économiques des entreprises d’IA, ou une combinaison de chocs macroéconomiques et financiers pourraient entraîner une correction significative du marché.
Ces préoccupations rejoignent les avertissements émis par d’autres institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque d’Angleterre, ainsi que par des acteurs majeurs de Wall Street, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, qui prévoient une baisse potentielle des marchés boursiers de 10 à 20 %.
Le rapport de la Banque centrale met également en garde contre des taux d’intérêt bas sur les obligations d’entreprises, qui semblent déconnectés de l’environnement économique et géopolitique actuel. Les faillites récentes de Tricolor Holdings, un spécialiste américain du crédit automobile, et de First Brands Group, un fournisseur de pièces automobiles, sont considérées comme des signaux d’alerte concernant les normes de crédit sur le marché du crédit privé.
Interrogé sur l’impact potentiel des tarifs douaniers américains, le gouverneur de la Banque centrale, Gabriel Makhlouf, a exprimé une plus grande inquiétude quant aux barrières commerciales au sein du marché unique européen. Il a rappelé que des études, notamment un rapport historique sur la compétitivité de l’UE rédigé par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, révèlent que les obstacles internes à l’Union européenne agissent comme des droits de douane de facto, atteignant 44 % pour les biens et 100 % pour les services.
« Nous devrions consacrer moins de temps à nous soucier des droits de douane imposés par les États-Unis et réfléchir davantage aux droits de douane effectivement imposés au sein du marché unique. »
Gabriel Makhlouf, gouverneur de la Banque centrale d’Irlande
Makhlouf a insisté sur la nécessité de démanteler les obstacles internes au sein de l’UE pour stimuler la compétitivité et la croissance économique.



