Home AffairesOn craint de plus en plus que nous soyons en pleine bulle boursière – The Irish Times

On craint de plus en plus que nous soyons en pleine bulle boursière – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 15 novembre 2025 à 06h00. Alors que les marchés financiers présentent des signes de surévaluation inquiétants, près de 750 000 travailleurs irlandais s’apprêtent à intégrer un nouveau régime de retraite par affiliation automatique, un lancement qui intervient dans un contexte économique particulièrement incertain.

  • Le modèle de valorisation de Robert Shiller indique que les actions du S&P 500 sont actuellement surévaluées, atteignant un niveau proche de celui observé lors de la bulle internet de 2000.
  • Warren Buffett, sur le point de prendre sa retraite, a accumulé un niveau de liquidités record pour Berkshire Hathaway, signe d’une prudence face aux valorisations actuelles.
  • Des institutions financières majeures, comme le Fonds monétaire international et la Banque d’Angleterre, mettent en garde contre les risques d’une correction boursière.

Les signaux d’alerte se multiplient sur les marchés financiers, alors que les investisseurs irlandais se préparent à basculer vers un nouveau système de retraite. L’indice S&P 500, baromètre de l’économie américaine, affiche des valorisations qui suscitent l’inquiétude chez les experts.

Selon un modèle développé par Robert Shiller, lauréat du prix Nobel d’économie, les actions du S&P 500 se négocient à environ 40 fois leurs bénéfices, ajustés à l’inflation. Un ratio qui n’a été dépassé qu’une seule fois dans l’histoire, au plus fort de la bulle des dot-com en 2000. Cette surévaluation est également confirmée par l’indicateur Buffett, créé par le légendaire investisseur Warren Buffett, qui mesure la capitalisation boursière américaine par rapport à la taille de l’économie. Cet indicateur atteint actuellement des niveaux records.

La prudence de Warren Buffett, qui s’apprête à quitter la direction de Berkshire Hathaway après soixante ans à ses commandes, est éloquente. L’entreprise détient désormais 381 milliards de dollars (328 milliards d’euros) de liquidités, soit près d’un tiers de ses actifs, préférant conserver ses fonds en espèces plutôt que de les investir dans des actions ou des obligations à long terme.

Les avertissements se multiplient également du côté des institutions financières. Le Fonds monétaire international, la Banque d’Angleterre et les membres du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne ont récemment mis en garde contre les risques liés aux valorisations boursières. Des géants de Wall Street tels que Goldman Sachs et Morgan Stanley prédisent une baisse potentielle des actions de 10 à 20 pour cent.

Certains analystes estiment que cette correction aurait dû se produire depuis longtemps. C’est notamment le cas de Michael Burry, le gestionnaire de fonds spéculatifs américain qui avait prédit la crise immobilière de 2008 et en avait tiré un profit considérable. Burry a récemment liquidé son fonds après avoir parié contre plusieurs entreprises technologiques américaines, notamment Nvidia et Palantir, spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA). Il a déclaré sur le réseau social X le 31 octobre :

« Parfois, on voit des bulles. Parfois, il y a quelque chose à faire. Parfois, le seul coup gagnant est de ne pas jouer. »

Michael Burry

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les investisseurs particuliers représentent désormais une part importante des volumes de transactions sur les marchés financiers, estimée entre 20 et 30 pour cent selon la Securities Industry and Financial Markets Association. Cette tendance est alimentée par l’essor du trading mobile sans commission et par la popularité des « actions mèmes », qui se propagent rapidement sur les réseaux sociaux.

Bank of America a observé cette semaine que les fonds spéculatifs et les investisseurs institutionnels se débarrassent de leurs actions, considérant le récent rallye comme une opportunité de prendre des bénéfices. Cependant, les investisseurs particuliers continuent d’acheter à la baisse, perpétuant une tendance observée depuis 2020.

Beaucoup de ces nouveaux investisseurs n’ont aucune expérience des krachs boursiers et ont été récompensés jusqu’à présent par une performance solide des marchés. Le S&P 500 a augmenté de près de 90 pour cent au cours des cinq dernières années, entraînant avec lui les marchés mondiaux, dont celui de Dublin, qui est influencé à plus de 60 pour cent par l’indice FTSE All-World, en hausse de 65 pour cent sur la même période.

Néanmoins, Bank of America détecte des signes de fatigue chez les investisseurs particuliers, tandis que les analystes de JP Morgan notent un désintérêt croissant pour les paris boursiers risqués après trois années de hausse. L’incertitude politique aux États-Unis, avec la récente fin d’une paralysie gouvernementale, ajoute à la confusion, la Maison Blanche suggérant que les données économiques collectées pendant cette période pourraient ne pas être publiées.

Les anticipations d’une baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine en décembre, généralement favorables aux actions, ont également chuté en raison de ce manque de données économiques. Les chances d’une réduction des taux le mois prochain sont tombées en dessous de 50 pour cent jeudi, contre 96 pour cent le mois dernier.

L’attention se porte désormais sur les résultats de Nvidia, l’entreprise la plus valorisée au monde, dont la valeur boursière a grimpé de 1 300 pour cent au cours des cinq dernières années. Son rapport, attendu prochainement, sera crucial pour évaluer l’avenir du secteur de l’IA. Les actions de Nvidia se négocient actuellement à un ratio de 53 fois leurs bénéfices estimés, ce qui signifie qu’une déception pourrait avoir des conséquences importantes pour les investisseurs particuliers et le marché en général.

Ce contexte est particulièrement délicat pour les nouveaux investisseurs irlandais qui s’apprêtent à adhérer au régime de retraite par affiliation automatique en janvier. Les jeunes travailleurs, en particulier, seront encouragés à placer leur épargne dans des fonds largement investis en actions. Bien que les actions aient historiquement offert de bons rendements à long terme (un rendement annuel moyen de plus de 10 pour cent pour le S&P 500 depuis 1957), il est peu probable que ces performances se reproduisent l’année prochaine.

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