Publié le 19 décembre 2024 à 05h30. La Thaïlande a pris l’initiative de lancer un partenariat mondial pour contrer la prolifération des escroqueries en ligne, un fléau qui coûte chaque année des milliards de dollars aux victimes du monde entier et qui trouve son épicentre en Asie du Sud-Est.
- La Thaïlande, en collaboration avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a organisé une conférence à Bangkok qui a débouché sur la création du « Partenariat mondial contre les escroqueries en ligne ».
- Plus de 300 participants venus de près de 60 pays ont signé un accord s’engageant sur le plan politique, judiciaire et en matière de sensibilisation du public.
- Des géants du numérique comme Meta et TikTok se sont engagés dans cette initiative, soulignant l’importance de la collaboration avec le secteur privé.
Les escroqueries en ligne, souvent basées sur de faux investissements ou des usurpations d’identité, représentent un problème croissant à l’échelle mondiale. Selon les estimations de l’ONUDC, les victimes ont perdu entre 18 et 37 milliards de dollars (environ 16,5 à 34 milliards d’euros) en 2023. La conférence de Bangkok visait à coordonner une réponse internationale face à ce phénomène.
Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, a souligné la nécessité d’une action collective, affirmant que ces escroqueries révèlent une « vulnérabilité collective qu’aucun pays ne peut résoudre seul ». Il a insisté sur l’importance d’une approche globale impliquant les gouvernements, les forces de l’ordre et le secteur privé.
L’accord signé par la Thaïlande, le Bangladesh, le Népal, le Pérou et les Émirats arabes unis prévoit un engagement sur plusieurs fronts : renforcement de la coopération transfrontalière, application des lois, protection des victimes et sensibilisation du public. La participation du secteur privé est considérée comme essentielle pour lutter efficacement contre ces réseaux criminels.
Meta, la société mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, a présenté un rapport mettant en évidence l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle par les réseaux frauduleux. L’entreprise a déclaré qu’elle met en œuvre des mesures pour contrer ces escroqueries sur ses plateformes. TikTok, quant à lui, a signé la déclaration finale de la conférence et a annoncé la formation d’une nouvelle coentreprise américaine, dans un contexte de pressions réglementaires concernant sa propriété chinoise et ses pratiques de transparence. TikTok a également été confronté à des critiques concernant la protection des enfants et le partage de données, notamment en Indonésie.
La conférence de Bangkok intervient alors que les centres d’escroquerie se multiplient en Asie du Sud-Est. Des opérations récentes au Myanmar, ainsi que des problèmes liés au rapatriement des victimes en Thaïlande et le décès d’un étudiant sud-coréen contraint de travailler dans une escroquerie au Cambodge, ont mis en évidence l’urgence d’une action régionale. Le Cambodge, connu comme un plaque tournante des escroqueries, n’était pas représenté à la conférence, malgré les tensions avec la Thaïlande et un conflit armé frontalier.
Des initiatives similaires ont été prises par les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), notamment la signature de la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité en octobre au Vietnam. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué ce document comme une garantie que « aucun pays, quel que soit son niveau de développement, ne sera laissé sans défense contre la cybercriminalité ».
Brian Hanley, directeur Asie-Pacifique de la Global Anti-Scam Alliance, qui a accueilli l’adhésion de TikTok ce mois-ci, a déclaré qu’il sera difficile de démanteler ces réseaux criminels sans l’implication de « toutes les principales parties prenantes ». Il a souligné que les escroqueries exploitent les frontières transnationales et les liens entre les banques, les opérateurs de télécommunications et les plateformes de médias sociaux.
