Publié le 22 novembre 2025 à 17h02. Le président de l’Association allemande des caisses d’épargne et des virements bancaires (DSGV) s’élève contre le projet d’euro numérique, craignant qu’il ne favorise la domination des géants de la technologie et mette en péril la souveraineté numérique européenne.
- Ulrich Reuter critique le projet d’euro numérique de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE).
- Il estime que ce projet pourrait ouvrir la voie aux entreprises technologiques comme Apple et Google dans le secteur des paiements.
- Il propose une alternative européenne, Wero, pour concurrencer PayPal et renforcer l’indépendance des paiements européens.
Ulrich Reuter, à la tête de la DSGV, tire la sonnette d’alarme concernant l’euro numérique envisagé par les autorités européennes. Selon lui, le projet, tel qu’il est actuellement conçu, risque de saper les efforts pour réduire la dépendance à l’égard des acteurs américains du secteur des paiements. Il craint que les géants de la technologie ne profitent de cette nouvelle infrastructure pour renforcer leur position dominante et accéder aux données des consommateurs européens.
Dans un article d’opinion publié dans Table.Media, Reuter met en garde contre le risque que les fournisseurs non européens accèdent facilement aux clients européens, à leurs données et à l’infrastructure de paiement. Il souligne que cela pourrait permettre aux entreprises américaines de continuer à contrôler les informations sur les clients et de maintenir leur influence sur les détaillants et les prestataires de services de paiement.
Il illustre son propos en évoquant une situation imaginaire où le président américain Donald Trump se retrouverait à la table des négociations entre le chancelier allemand et le président français, en raison de la domination des entreprises américaines dans les transactions de paiement intra-européennes.
Wero : une alternative européenne
Reuter plaide pour une approche plus axée sur le marché et propose une alternative : Wero, une initiative commune du secteur financier européen visant à concurrencer PayPal. Il estime que Wero, contrairement à l’euro numérique tel qu’il est actuellement envisagé, pourrait renforcer l’indépendance des paiements européens et favoriser la concurrence.
Il souligne que le secteur des paiements est caractérisé par une forte concurrence et que les acteurs du marché doivent posséder une expérience client et une capacité d’innovation. Il critique la BCE pour son manque d’expérience client et pour avoir bloqué le développement des prestataires de paiement européens pendant des années.
Un autre point soulevé par Reuter concerne la confiance, un élément fondamental de la monnaie. Il craint que l’euro numérique ne remette en question la fiabilité et la stabilité du système financier, notamment en permettant à la BCE de retirer les dépôts bancaires du circuit monétaire.
Il ajoute que l’euro existe déjà sous forme numérique sur les comptes bancaires, et qu’un euro numérique supplémentaire, sans lien avec les comptes clients existants, risque de ne pas être largement adopté.
La BCE veut limiter l’influence américaine
La crainte que l’euro numérique puisse ouvrir la porte aux géants de la technologie découle de la manière dont la BCE souhaite concevoir les services de paiement associés. L’idée est de créer une monnaie légale émise par la banque centrale, qui nécessitera l’intervention d’intermédiaires pour le traitement des paiements via des applications, des portefeuilles et des solutions de point de vente.
En créant une nouvelle infrastructure de monnaie numérique standardisée, il pourrait devenir plus facile pour les grandes sociétés technologiques ou les sociétés de paiement américaines technologiquement agiles de connecter leurs services directement à ce système. Si ces acteurs proposent des solutions plus conviviales et innovantes que les banques européennes, ils pourraient rapidement s’emparer de l’interface client et des données de transaction.
La BCE souhaite donc imposer aux détaillants de la zone euro d’accepter la monnaie numérique, afin de réduire la dépendance à l’égard des fournisseurs dominants. Elle pourrait également restreindre la participation des Big Tech en imposant des exigences strictes, notamment en matière d’utilisation des données, afin d’éviter une position dominante.
(NON)
