Le cinéaste iranien Jafar Panahi, Palme d’Or à Cannes, a été condamné par contumace à un an de prison et à une interdiction de voyager pour ses activités jugées comme de la « propagande » contre l’Iran. Cette décision intervient alors que son dernier film est en lice pour l’Oscar du meilleur film international.
L’avocat de M. Panahi, Mostafa Nili, a annoncé lundi que la peine inclut également une interdiction de deux ans de voyager et l’impossibilité pour le réalisateur d’appartenir à un groupe politique ou social. « Nous ferons appel », a-t-il précisé. Selon M. Nili, les accusations portent sur des « activités de propagande » contre l’État, sans plus de détails.
Jafar Panahi, âgé de 65 ans, a récemment été honoré au Festival de Cannes pour son film « Il était une fois un accident », qui explore les thèmes de la vengeance et de la rédemption à travers le regard d’anciens détenus. Le film, sélectionné par la France comme représentant officiel pour les Oscars, figure parmi les favoris dans la catégorie du meilleur long métrage international.
Le réalisateur était en tournée promotionnelle aux États-Unis le mois dernier, visitant Los Angeles, New York et Telluride. Les médias iraniens avaient d’ailleurs salué sa victoire à Cannes en mai dernier, publiant une photographie de l’artiste.
Cette condamnation s’inscrit dans un contexte de répression accrue à l’égard des artistes et intellectuels en Iran. Jafar Panahi a déjà été interdit de réaliser des films et de quitter le pays en 2010, après avoir soutenu les manifestations antigouvernementales de 2009 et réalisé des œuvres critiquant le régime. Il avait alors été condamné à six ans de prison, dont il n’a purgé que deux mois avant d’être libéré sous caution.
Malgré cette interdiction, Panahi a continué à créer, contournant les restrictions imposées par les autorités. En 2010, il avait envoyé un documentaire intitulé « Ceci n’est pas un film » au Festival de Cannes, dissimulé sur une clé USB dans un gâteau. Son film « Taxi » (2015), tourné entièrement à l’intérieur d’un taxi, est un autre exemple de sa créativité face à la censure.
En 2022, il avait été brièvement arrêté lors d’une vague d’arrestations visant des cinéastes. La situation des artistes iraniens reste précaire, avec une surveillance étroite de leurs œuvres et des risques de poursuites pour tout contenu jugé critique envers la République islamique. L’année dernière, le réalisateur Mohammad Rasoulof, également primé à plusieurs reprises, a fui l’Iran pour échapper à une peine de prison pour « collusion contre la sécurité nationale ».
