Moscou fait face à une situation budgétaire de plus en plus tendue : les revenus pétroliers, pilier des finances publiques et de l’effort de guerre, sont en chute libre, atteignant leur plus bas niveau depuis fin 2022. Cette baisse, conjuguée à un rouble plus fort, met une pression croissante sur les caisses de l’État russe.
Selon des calculs basés sur des données de Reuters, les recettes fiscales issues de la production de pétrole brut pourraient s’établir autour de 380 milliards de roubles (environ 4,7 milliards de dollars) pour le mois de janvier. Une diminution de 16 % par rapport à décembre et un effondrement de 50 % en comparaison avec janvier 2023.
La principale cause de cette situation n’est pas uniquement imputable aux sanctions occidentales, mais surtout à la baisse des prix du pétrole. Les mélanges d’exportation russes ont été négociés à des prix nettement inférieurs en décembre, avec une baisse moyenne de 12 %. L’agence Argus rapporte que le brut Oural, la principale qualité exportée par la Russie, s’échangeait à moins de 35 dollars le baril le 19 décembre, un niveau qui inquiète les services financiers de Moscou.
Paradoxalement, le renforcement du rouble a aggravé la situation. Une monnaie locale plus forte réduit la valeur des recettes d’exportation une fois converties en roubles, pesant ainsi davantage sur le budget de l’État. Les marges de raffinage ont également diminué, affectant les recettes fiscales provenant des produits pétroliers.
En décembre (impôts payables fin janvier), la situation fiscale du brut se résume ainsi :
- Recettes fiscales totales : environ 380 milliards de roubles (-16 % mensuellement, -50 % annuellement)
- Taux effectif (par tonne) : 14 266 roubles (-20 % mensuellement, > -50 % annuellement)
Ces niveaux de taxation ramènent la Russie à la situation observée en décembre 2022, date d’entrée en vigueur officielle de l’embargo européen sur le pétrole russe.
Cette tendance n’est pas un simple incident isolé. Les revenus combinés du pétrole et du gaz de la Russie ont diminué de près de moitié sur un an en décembre, atteignant des niveaux comparables à ceux de 2020, en pleine crise de la demande liée à la pandémie de Covid-19.
Plusieurs facteurs contribuent à cette baisse des revenus : la chute des prix internationaux, un rouble plus fort et l’augmentation des rabais accordés sur le brut Oural, exacerbée par les sanctions américaines visant des géants du secteur comme Rosneft et Loukoïl.
La tension se fait déjà sentir au niveau politique. Moscou a évoqué la possibilité d’allégements fiscaux pour Gazprom afin d’atténuer l’impact de l’effondrement des exportations de gaz vers l’Europe. L’idée serait de compenser ces allégements par une augmentation des taxes dans d’autres secteurs de l’énergie. Cette manœuvre budgétaire témoigne toutefois du problème sous-jacent : le pétrole et le gaz représentent encore environ un quart du budget russe, mais la marge de manœuvre se réduit.
À ce stade, la Russie semble capable d’absorber ce choc grâce à ses réserves et à son économie de guerre, qui ont fait preuve d’une résilience inattendue. Cependant, si les prix du pétrole restent bas et que les sanctions persistent, le début de l’année 2026 pourrait s’avérer plus difficile que ne le souhaiterait le Kremlin.
Il est crucial de souligner que la Russie trouvera probablement des voies alternatives pour exporter son pétrole et son gaz, en utilisant des flottes discrètes ou des triangulations via des pays partenaires. Néanmoins, la capacité de Moscou à financer son budget dépendra davantage du prix international du pétrole que des volumes exportés. Si le baril reste bas, augmenter les ventes ne suffira pas à compenser la perte de revenus. C’est la loi de l’offre et de la demande, et même Moscou ne peut la contourner par décret.
