Publié le 6 janvier 2026 23:04:00. Des chercheurs de Stanford ont mis au point une intelligence artificielle capable de prédire le risque de développer plus d’une centaine de pathologies, en analysant les données physiologiques collectées pendant le sommeil. Cette avancée ouvre la voie à une médecine préventive plus personnalisée et à une détection précoce des maladies.
- L’IA SommeilFM peut estimer le risque de cancers, de maladies neurologiques, de problèmes cardiovasculaires et de complications de grossesse.
- Le système analyse simultanément l’activité cérébrale, la respiration, la fréquence cardiaque, les mouvements oculaires et l’activité musculaire.
- Les experts estiment que l’IA représente une révolution dans le domaine médical, notamment pour la prévention et la personnalisation des traitements.
Une nouvelle intelligence artificielle, baptisée SommeilFM, pourrait transformer la manière dont nous anticipons et traitons les maladies. Développée par des chercheurs de l’université de Stanford et présentée dans la revue Médecine naturelle, cette technologie promet de détecter le risque de développer jusqu’à 130 pathologies différentes, simplement en analysant les données physiologiques enregistrées pendant une nuit de sommeil.
Le fonctionnement de SommeilFM repose sur l’analyse simultanée de multiples signaux corporels : activité cérébrale, rythme respiratoire, fréquence cardiaque, mouvements oculaires et activité musculaire. En comparant ces données avec les antécédents cliniques des patients, sur une période pouvant aller jusqu’à 25 ans, l’IA est capable d’anticiper l’apparition de maladies graves telles que la maladie de Parkinson, divers types de cancer, la démence, les crises cardiaques, et même d’évaluer le risque de mortalité.
Ángel Alberich-Bayarri, ingénieur biomédical expert en analyse d’images médicales par intelligence artificielle et co-fondateur de l’entreprise QUIBIM, a souligné l’impact potentiel de cette technologie. Il a été interviewé par Pablo Tallón dans l’émission Heure 25.
« La vérité est que cela nous permet d’extraire des informations que même notre cerveau n’est pas capable de traiter. Lorsque nous voyons, par exemple, des images médicales, l’œil humain et le cerveau humain passent à côté de beaucoup de choses et pouvoir entraîner ces modèles avec des milliers et des milliers de données nous donne un énorme avantage. »
Ángel Alberich-Bayarri, ingénieur biomédical et co-fondateur de QUIBIM
Selon Alberich-Bayarri, l’IA ne se limite pas à la détection précoce des maladies. La nouvelle génération de développements se concentre désormais sur la prédiction et la personnalisation des traitements.
« La vérité est que tout ce qui a été exploré jusqu’à présent a été principalement dans le domaine de la détection et du diagnostic, de la détection précoce, mais disons que la nouvelle génération de développements, sur laquelle nous travaillons actuellement, est davantage axée sur la prédiction et la personnalisation des traitements. Le pouvoir, par exemple, de dire au clinicien si un certain traitement d’immunothérapie, par exemple contre le cancer, est un nouveau traitement différent de la chimiothérapie, mais qui profite à un groupe de patients et il est très difficile aujourd’hui de savoir à l’avance quels patients en bénéficieront et l’IA nous permet de savoir quel groupe de patients spécifiquement, par exemple, bénéficie de ces traitements. »
Ángel Alberich-Bayarri, ingénieur biomédical et co-fondateur de QUIBIM
Le concept de “jumeau numérique” est également au cœur de cette révolution médicale. L’objectif est de créer une représentation virtuelle complète de l’état de santé d’un individu, en intégrant les données issues de l’imagerie médicale (échographie, imagerie par résonance magnétique, tomodensitométrie) pour suivre l’évolution des organes et des tissus au fil du temps.
« En réalité, nous voulons pouvoir connaître tout ce qui se passe à l’intérieur du corps humain tout au long de notre vie et pour cela, l’imagerie médicale est indispensable car elle nous permet de le faire de manière non invasive, sans rayonnement. »
Ángel Alberich-Bayarri, ingénieur biomédical et co-fondateur de QUIBIM
L’idée est de réaliser des examens préventifs réguliers, tous les deux ou trois ans, afin de disposer d’une “copie numérique” de l’état de santé de chaque individu, à l’instar des jumeaux numériques utilisés dans l’ingénierie aéronautique ou automobile.
Alberich-Bayarri évoque également la vision d’un “humain transparent”, capable de révéler tous les secrets de son organisme. Son entreprise, IQBIM, travaille déjà sur des applications concrètes, notamment dans le domaine du cancer de la prostate, en utilisant l’IA pour analyser les images IRM et détecter les zones tumorales agressives avec une précision comparable à celle d’une biopsie. Cette technologie a déjà obtenu les certifications nécessaires aux États-Unis, en Europe, au Royaume-Uni et en Australie.
Cependant, les certifications réglementaires constituent un défi majeur. Les organismes de réglementation exigent actuellement une certification spécifique pour chaque maladie, ce qui ralentit le déploiement de l’IA à grande échelle. Alberich-Bayarri plaide pour des certifications plus transversales, permettant de valider l’IA pour un large éventail de pathologies dès lors qu’elle a démontré son efficacité sur un nombre suffisant de cas.
SommeilFM, avec sa capacité à détecter 130 maladies, représente une avancée majeure, mais son application est actuellement freinée par ces contraintes réglementaires. L’avenir de la médecine réside dans la capacité à exploiter pleinement le potentiel de l’IA pour une prévention plus efficace et des traitements plus personnalisés.
