Publié le 24 décembre 2025 08h38. Une étude internationale met en garde contre les risques liés à l’utilisation prolongée des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), des médicaments couramment prescrits pour les troubles digestifs, en soulignant un lien possible avec des atteintes rénales et une mortalité accrue.
- L’étude, basée sur l’analyse des données de près de 300 000 patients, révèle un risque plus élevé de maladie rénale chronique chez les utilisateurs d’IPP par rapport à ceux traités par une alternative thérapeutique.
- Bien qu’une association directe avec les événements cardiovasculaires indésirables n’ait pas été établie, l’étude suggère que la détérioration rénale pourrait jouer un rôle intermédiaire.
- Les chercheurs insistent sur la nécessité d’une surveillance régulière de la fonction rénale chez les patients sous IPP à long terme et d’une adaptation des traitements.
Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont des médicaments largement utilisés pour soulager les brûlures d’estomac, le reflux gastro-œsophagien (RGO) et les ulcères d’estomac. Si leur efficacité à court terme est reconnue, une utilisation prolongée suscite de plus en plus d’inquiétudes au sein de la communauté médicale. Une récente étude internationale, menée par Carlos Fernández Llatas, chercheur du groupe SABIEN de l’Institut ITACA de l’Universitat Politècnica de València (UPV), en collaboration avec le Karolinska Institutet (Suède), apporte de nouvelles données scientifiques sur les potentiels effets indésirables à long terme de ces médicaments.
Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue Scientific Reports (Nature Portfolio), indiquent que l’utilisation continue d’IPP est associée à un risque accru de maladie rénale chronique (IRC) et à une augmentation de la mortalité. L’étude n’a cependant pas mis en évidence de lien direct significatif entre les IPP et les événements cardiovasculaires indésirables.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les données cliniques de 294 734 patients participant au projet SCREAM (Stockholm Creatinine Measurements), l’un des plus vastes registres de santé en Europe, qui regroupe des informations provenant de plus de 1,6 million de personnes dans la région de Stockholm. L’équipe a comparé l’évolution clinique des patients traités par IPP à celle de ceux recevant des antagonistes des récepteurs H₂ (ARH₂), une alternative thérapeutique couramment utilisée pour traiter les mêmes affections digestives.
Grâce à l’application de techniques de process mining – une méthodologie développée par le groupe SABIEN de l’ITACA-UPV – les chercheurs ont pu reconstituer l’évolution temporelle de la santé des patients et analyser les liens entre différents événements médicaux, tels que les maladies rénales chroniques, les problèmes cardiovasculaires et le décès.
L’analyse a révélé que les patients prenant des IPP sur une longue période présentaient un risque plus élevé de développer une IRC, une mortalité accrue tout au long de la période de suivi et, chez ceux déjà atteints d’une maladie rénale, une plus grande probabilité de subir des événements cardiovasculaires indésirables. L’étude suggère que l’association entre les IPP et les problèmes cardiovasculaires pourrait être indirecte, via une détérioration de la fonction rénale, une hypothèse qui nécessitera des investigations complémentaires.
« Les inhibiteurs de la pompe à protons sont des médicaments très utiles, mais leur utilisation prolongée doit être régulièrement réévaluée. Nos résultats soulignent l’importance de surveiller la fonction rénale des patients sous traitement de longue durée et de personnaliser les décisions thérapeutiques. »
Carlos Fernández Llatas, chercheur à l’ITACA-UPV et participant à l’étude
Compte tenu de la fréquence élevée de prescription de ces médicaments, les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité de mener des essais cliniques contrôlés afin d’approfondir la compréhension des effets à long terme des IPP, en particulier chez les patients présentant une maladie rénale ou un risque de la développer. Ils soulignent également que les IPP restent sûrs lorsqu’ils sont utilisés de manière appropriée, mais que leur utilisation chronique sans justification médicale claire doit être évitée. Une surveillance régulière de la fonction rénale et des ajustements de posologie ou l’exploration d’alternatives thérapeutiques sont recommandés lors des traitements prolongés.
Enfin, cette étude met en évidence le potentiel des techniques d’exploration de processus appliquées aux données cliniques réelles pour analyser l’évolution de maladies complexes et identifier des schémas qui pourraient échapper à la pratique médicale traditionnelle.
« Grâce à ces méthodologies basées sur l’intelligence artificielle, nous pouvons identifier des relations temporelles et des effets indirects qui étaient auparavant invisibles. Ce type d’approche est essentiel pour évoluer vers une médecine plus préventive, personnalisée et sûre. »
Carlos Fernández Llatas, chercheur à l’ITACA-UPV
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