Le pape Léon XIV effectue une visite périlleuse au Liban ce week-end, un déplacement chargé d’espoir mais aussi marqué par des tensions sécuritaires croissantes. Ce voyage, qui fait suite à une étape en Turquie, intervient alors que le pays est confronté à une crise multidimensionnelle et que la menace d’un conflit plus large plane.
Le pontife arrivera dimanche à Beyrouth, après avoir célébré jeudi en Turquie le 1 700e anniversaire du concile de Nicée, événement fondateur de la doctrine chrétienne. Ce premier voyage international depuis son accession au pontificat en mai est perçu comme un test pour le nouveau pape, qui succède à François, connu pour son engagement personnel et ses prises de position franches.
L’attente est particulièrement forte au Liban, où les chrétiens représentent environ 30 % de la population. La visite de Léon XIV répond à une promesse faite par son prédécesseur, et beaucoup espèrent qu’elle attirera l’attention sur les difficultés du pays.
Le Liban est englué dans une crise profonde depuis 2019, marquée par l’effondrement économique, la faillite du système bancaire et la dévaluation de la monnaie. L’explosion du port de Beyrouth en 2020 a aggravé la situation, et les affrontements entre le Hezbollah et Israël, qui se sont intensifiés fin 2023, ont fait des milliers de morts et dévasté le sud et l’est du pays.
Malgré un cessez-le-feu négocié en novembre dernier, les attaques israéliennes contre le territoire libanais se poursuivent quasiment quotidiennement, justifiées par la volonté d’empêcher le Hezbollah de se réarmer. Les Nations Unies ont recensé plus de 10 000 violations aériennes et terrestres au cours de l’année écoulée, ainsi que 127 civils tués. Ces frappes entravent également les efforts de reconstruction, laissant des villes frontalières en ruines et environ 64 000 Libanais déplacés, selon le Bureau des droits de l’homme de l’ONU.
La sécurité du pape a suscité de vives inquiétudes ces derniers mois. La reine Rania de Jordanie avait même interrogé le pontife sur les risques liés à ce voyage lors d’une rencontre au Vatican en octobre. « Eh bien, nous y allons », avait-il répondu avec fermeté.
Les tensions ont encore monté ce week-end, après un bombardement israélien dans la banlieue sud de Beyrouth, à seulement trois kilomètres du lieu d’atterrissage prévu du pape. Cette attaque, la première depuis des mois près de la capitale, a coûté la vie au plus haut commandant militaire du Hezbollah et coïncide avec une augmentation générale des frappes israéliennes et de l’activité des drones, signes, selon certains observateurs, d’une offensive imminente.
Malgré ces dangers, la visite du pape est maintenue, assurent les autorités libanaises. Pour Oumayma Farah, directrice du développement de l’Ordre de Malte Liban, cette venue est un « signe de courage et de résilience pour la population libanaise et les chrétiens de la région dans son ensemble ». « Quoi qu’il arrive, le pape viendra », a-t-elle affirmé. « L’Église nous apprend à ne pas avoir peur, c’est donc le premier exemple. »
Le déclin démographique du christianisme au Moyen-Orient est une préoccupation majeure. Alors que les chrétiens représentaient autrefois 20 % de la population régionale, ils ne sont plus que 5 % aujourd’hui. Le Liban demeure toutefois le pays arabe comptant la plus forte proportion de chrétiens, avec environ 30 % de la population, selon diverses sources, dont le Département d’État américain.
L’insistance du pape à se rendre au Liban, souligne Farah, « recentre l’importance de ce pays » et constitue un « signal d’alarme » pour les politiciens. Le programme prévoit un séjour de trois jours au Liban, après l’étape turque.
À Beyrouth et dans les zones traversées par le cortège papal, les préparatifs battent leur plein : renforcement de la présence policière et sécuritaire, déclaration de deux jours de congé pour faciliter la participation aux événements religieux, mobilisation des paroisses et des écoles pour encourager les fidèles à assister aux messes, notamment près du site de l’explosion du port de Beyrouth.
Les travaux de réparation des routes, négligés ces dernières années en raison des difficultés financières du gouvernement, ont également été relancés. Une plaisanterie circule en ville : les habitants souhaitent une nouvelle visite papale, ne serait-ce que pour que les rues soient enfin réparées. Mais une autre blague amère suggère que les routes rénovées ne résisteront pas à une nouvelle campagne israélienne.
L’humour noir reflète l’incertitude du moment. Les États-Unis et Israël pressent l’armée libanaise de désarmer complètement le Hezbollah, qui refuse de le faire, sauf dans le sud du pays. Le gouvernement libanais, quant à lui, affirme qu’il ne peut pas contraindre le Hezbollah à rendre les armes tant qu’Israël continue d’occuper le territoire libanais, estimant qu’une tentative par la force conduirait à une guerre civile.
L’espoir est que le pontife puisse contribuer à sortir de cette impasse. Même si peu de gens s’attendent à un changement rapide, la visite reste importante, selon le père Tony Elias, curé d’une paroisse maronite à Rmeish, un village situé près de la frontière israélienne. « Lorsque le pape visite un pays qui souffre depuis si longtemps, cela suffit vraiment à soulager cette douleur », a-t-il déclaré.
Rmeish, qui a maintenu une position neutre pendant la guerre, est relativement épargné par les bombardements. Le père Elias aurait souhaité que le pape se rende dans le sud, mais il se rendra à Beyrouth avec environ 200 habitants du village pour le rencontrer. « S’il ne peut pas venir dans le sud, nous pouvons venir vers lui », a-t-il conclu.
