Publié le 24 octobre 2024 18:32:00. Karolina Slunéčková, actrice populaire en Tchécoslovaquie, est décédée prématurément à l’âge de 49 ans, laissant derrière elle un héritage théâtral et télévisuel, mais aussi des questionnements sur une personnalité complexe et une fin marquée par la peur de la maladie.
- Karolina Slunéčková, bien que talentueuse, n’a jamais atteint une renommée internationale, peut-être en raison d’un caractère décrit comme direct et spontané.
- Son parcours artistique a débuté très tôt, encouragé par ses parents, et l’a menée des scènes de théâtre aux plateaux de télévision.
- La mort de son amie Nina Popelíková a profondément affecté Karolina Slunéčková, déclenchant une angoisse face à la maladie qui l’a finalement emportée un an plus tard.
Karolina Slunéčková se souvenait elle-même d’une franchise parfois maladroite. Elle avouait percevoir le monde avec une grande sensibilité, ce qui la poussait parfois à s’effacer :
« Je perçois le monde avec mon cœur, alors parfois je me bouche la bouche. C’est seulement alors que je réalise qu’il y a aussi une raison. »
Karolina Slunéčková
Si elle n’a peut-être pas atteint le statut de star mondiale, elle a marqué le paysage culturel tchécoslovaque de son empreinte.
Dès son enfance, Karolina Slunéčková manifestait un don pour le spectacle. Elle divertissait les clients de l’auberge familiale à Ústí nad Labem avec des numéros et des histoires. Son nom de jeune fille, Sluníčková (qui signifie littéralement “petite soleil”), reflétait son tempérament enjoué. Ses parents ont soutenu ses passions pour la danse, la musique et le théâtre, et ont célébré ses premiers succès, notamment un prix de créativité pour le ballet et la récitation à l’âge de treize ans. À quinze ans, elle quitta sa ville natale pour étudier le théâtre à České Budějovice, sous la direction de Věra Petáková.
Un témoignage poignant de cette période se trouve dans son journal. Elle y décrit son départ pour le sud de la Bohême, avec deux valises chargées d’objets hétéroclites :
« avec deux grandes valises – couettes dans l’un, vêtements et objets inutiles dans l’autre dont je n’ai jamais eu besoin pour quoi que ce soit. Je portais un costume à carreaux, un t-shirt jaune, une jupe très longue et une petite valise avec de la nourriture, du tricot, un livre et un sac à main… Je me souviens très bien du moment où le train partait et où ma douce maman et mon papa se tenaient sur le quai. Sa casquette était enfoncée profondément sur son front, peut-être pour que ses larmes ne soient pas visibles… »
Extrait du journal de Karolina Slunéčková
Elle obtint également un diplôme d’une école pédagogique en Bohême du Sud, avant de poursuivre ses études au DAMU (Académie des arts du spectacle) de Prague.
L’arrivée à Prague fut une épreuve. Seule dans la capitale, elle dut se débrouiller sans aide extérieure. Elle partageait ses difficultés dans son journal, mais affichait en public une énergie et une bonne humeur qui lui valurent l’amitié de ses pairs et l’admiration de nombreux hommes, notamment pour ses jambes fines, parfois enviées par ses collègues. C’est au sein de l’académie qu’elle rencontra Rudolf Vodrážka, un camarade de classe discret qui devint l’homme de sa vie. Ils restèrent fidèles l’un à l’autre, leur relation harmonieuse résistant aux tentations et aux exigences d’une carrière artistique exigeante. Leur fils, Rudolf Vodrážka Jr., se souvient de ses parents comme d’un couple uni et aimant, mais il n’a pas suivi leurs traces sur scène, découvrant très tôt, à l’âge de cinq ans, qu’il était sujet au mal des transports lors d’une tentative de sa mère de l’intégrer à un projet amateur.
Karolina Slunéčková appréciait particulièrement les moments passés dans leur chalet à Lnáry na Strakonick, où elle menait une vie plus simple, loin des projecteurs. Elle s’adonnait au jardinage, aux promenades en forêt et à la cuisine, préparant des spécialités appréciées de ses proches. Elle y recevait souvent ses amis, dont Jiřina Jirásková et Zdeňko Podskalský, et rendait visite à leur tour à Malenovice, lieu d’origine de Podskalský et résidence du célèbre réalisateur.
Elle entretenait également une longue amitié avec Nina Popelíková, l’infirmière en chef inoubliable de l’hôpital de la périphérie de la ville. La mort de Nina Popelíková, emportée par un cancer du poumon en avril 1982, fut un choc pour Karolina Slunéčková. Fumeuse invétérée, elle craignait de connaître le même sort. On ne sait si cette peur était une intuition ou une auto-suggestion morbide, mais elle la conduisit à suivre son amie dans la mort, le 11 juin 1983 à Prague, à l’âge de 49 ans, après avoir reçu le diagnostic redouté.

