Publié le 24 novembre 2025 16h04:00. Le premier film de Ronan Day-Lewis, « Anémone », marque le retour inattendu de son père, Daniel Day-Lewis, devant la caméra, dans un drame familial intense explorant les traumatismes du conflit nord-irlandais.
Le cinéma attendait avec impatience de voir comment Ronan Day-Lewis, jusque-là connu comme un peintre paysagiste au style surréaliste, allait se débrouiller derrière la caméra. Son esthétique picturale, caractérisée par des situations quotidiennes exacerbées, la présence énigmatique de figures lumineuses et une atmosphère froide rappelant les photographies de vision nocturne, se retrouve transposée dans un récit poignant sur les relations père-fils.
Le retour de Daniel Day-Lewis, sept ans après son troisième Oscar et sa collaboration avec Paul Thomas Anderson, est l’élément central de « Anémone ». L’acteur, dont le jeu intense et souvent théâtral évoque une force élémentaire, incarne Ray Stokes, un homme taciturne retiré dans les forêts d’Irlande du Nord, hanté par un passé trouble.
Le film dépeint une virilité austère, un modèle masculin qui semble aujourd’hui dépassé. Paul Thomas Anderson avait déjà exploré cette aura d’autosatisfaction autoritaire dans son dernier film, « The Silken Thread ». Pour Ronan Day-Lewis, ce profil robuste sert de fondation à une œuvre ambitieuse, une transition audacieuse des arts visuels à la réalisation.
L’histoire se déroule dans un paysage irlandais sauvage, où Ray Stokes vit en autarcie depuis vingt ans, en communion totale avec la nature. Son existence solitaire est bouleversée par l’arrivée inattendue de son frère Jem (Sean Bean), accompagné de Nessa (Samantha Morton) et de leur fils Brian (Samuel Bottomley), un jeune homme de 20 ans en proie à des difficultés.
« Anémone » est un film de peu de dialogues, où la tension monte progressivement. Brian a récemment commis un acte de violence et risque d’être confronté à un tribunal militaire, un écho du passé de Ray, lui-même marqué par des événements traumatisants durant le conflit nord-irlandais. Le film explore les traumatismes refoulés, les silences et les non-dits qui empoisonnent les relations familiales.
Jem cherche à convaincre Ray d’aider Brian, en lui rappelant leur passé commun en tant que soldats britanniques en Irlande du Nord. Le film est visuellement frappant, avec une photographie soignée de Ben Fordesman (« Love Lies Bleeding »), qui utilise la couleur verte irlandaise de manière symbolique. Chaque image est chargée de sens, et la lumière joue un rôle essentiel dans la création d’une atmosphère oppressante.
La performance de Daniel Day-Lewis est, comme toujours, captivante. Il incarne un homme rongé par la culpabilité et la colère, dont le jeu ascétique contraste avec la visualité luxuriante du film. Une scène particulièrement marquante voit Ray raconter à son frère un épisode traumatisant de son enfance, avec un sourire sardonique.
« Croyez-vous mon histoire ? »
Ray Stokes (Daniel Day-Lewis)
Le désir de Ronan Day-Lewis de rendre son père fier est palpable. « Anémone » est un film puissant et troublant, qui explore les thèmes de la culpabilité, de la rédemption et de la difficulté de communiquer au sein d’une famille brisée.