Publié le 24 janvier 2024 10:22:00. Face à un enfant en détresse, la réaction instinctive est souvent de demander ce qui ne va pas. Pourtant, une approche plus subtile, axée sur la reconnaissance de la difficulté ressentie, peut s’avérer bien plus efficace pour ouvrir le dialogue et favoriser le développement émotionnel.
- Une question simple, « Dis-moi ce qui te semble difficile en ce moment », encourage l’enfant à exprimer ses émotions sans se sentir jugé.
- Cette approche permet de désamorcer les réactions défensives et de créer un espace de sécurité émotionnelle propice à la communication.
- Elle favorise également le développement du langage émotionnel et l’autorégulation chez l’enfant.
Lorsqu’un enfant est visiblement bouleversé, la question réflexe de la plupart des parents est : « Qu’est-ce qui ne va pas ? » Bien que motivée par l’affection et le souci, cette interrogation peut, paradoxalement, avoir l’effet inverse de celui escompté. Selon Reem Raouda, experte en parentalité consciente et créatrice des revues BOUND et FOUNDATIONS, regroupées sous le nom de Pack de sécurité émotionnelle, cette question peut souvent fermer l’enfant sur lui-même.
Après avoir étudié plus de 200 enfants, Raouda a constaté que les enfants ont souvent besoin d’un espace pour identifier et exprimer leurs émotions avant de pouvoir les verbaliser clairement. L’intelligence émotionnelle, explique-t-elle, se développe lorsque l’enfant se sent suffisamment en sécurité pour prendre le temps de réfléchir à ce qu’il ressent. Sans cette base de sécurité, même une question bien intentionnée peut sembler insurmontable.
Dans ses recherches, Raouda a identifié une phrase particulièrement efficace pour aider les enfants à s’ouvrir : « Dis-moi ce qui te semble difficile en ce moment. » Cette formulation, selon elle, correspond mieux à la manière dont les enfants vivent réellement leurs émotions. Elle ne demande pas une explication immédiate, mais crée un environnement propice à l’émergence d’une compréhension mutuelle.
1. Réduire la défensive dès le départ
Face à une crise de colère, à un débordement émotionnel après l’école ou à une soudaine irritabilité, l’enfant est déjà en état de vulnérabilité. Le mot « difficile » est perçu comme moins menaçant et plus humain. Il signale à l’enfant qu’il n’est pas jugé et qu’il n’a pas besoin de justifier ses sentiments, ce qui l’encourage à s’ouvrir plutôt qu’à se replier sur lui-même.
2. Favoriser le développement du langage émotionnel
Il n’est pas nécessaire que l’enfant étiquette précisément ses émotions. Il peut simplement décrire une situation, une sensation ou un moment qui l’a perturbé. Au fil du temps, cela enrichit progressivement son vocabulaire émotionnel, permettant à la compréhension de se développer naturellement, sans être forcée.
3. Établir la sécurité émotionnelle avant la résolution de problèmes
Avant de chercher une solution, de donner un conseil ou de corriger un comportement, cette phrase transmet à l’enfant le message : « Je suis là pour toi, je peux gérer ce que tu ressens. » L’intelligence émotionnelle s’épanouit dans un environnement bienveillant où les émotions sont accueillies avec stabilité et sans urgence.
4. Donner aux enfants le pouvoir de partager
Au lieu d’exiger une explication, cette question invite à la réflexion. L’enfant décide lui-même de ce qu’il souhaite partager et du moment où il le souhaite, renforçant ainsi son sentiment de contrôle sur son expérience émotionnelle. C’est un élément essentiel pour l’autorégulation et la confiance en soi.
5. Calmer le système nerveux
Lorsque les enfants se sentent émotionnellement en sécurité, leur réaction au stress diminue. Cette phrase est particulièrement utile lorsque le comportement semble disproportionné ou déroutant, car elle privilégie la régulation émotionnelle avant le raisonnement.
6. Normaliser les émotions
En se concentrant sur ce qui semble difficile, les parents communiquent que les émotions sont une partie normale de la vie et qu’elles peuvent être vécues sans être immédiatement corrigées ou réprimées. Ils enseignent ainsi à leurs enfants que les sentiments peuvent être traversés et acceptés.
7. Montrer l’exemple de l’intelligence émotionnelle
Les enfants apprennent l’intelligence émotionnelle par l’expérience, et non par des leçons théoriques. Lorsque les parents réagissent avec calme et curiosité plutôt qu’avec contrôle ou impatience, ils montrent comment aborder les émotions avec régularité et réflexion. Ce sont des compétences que les enfants finissent par intégrer et appliquer à leur propre vie.
« Notre rôle en tant que parents est de créer un environnement où nos enfants se sentent en sécurité pour partager leur monde intérieur », souligne Reem Raouda. En adaptant notre langage, nous façonnons le ton émotionnel de notre relation. Au fil du temps, les enfants apprennent que leurs sentiments sont des signaux importants qui méritent d’être pris en compte.
Reem Raouda est une experte reconnue en matière de parentalité consciente. Vous pouvez la suivre sur Instagram.
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