Publié le 20 novembre 2025 21h50. Le président polonais Karol Nawrocki a soumis au Parlement un projet de loi visant à revaloriser les pensions les plus modestes, une initiative présentée comme un engagement fort envers les aînés et une réponse à l’inflation persistante.
- Le projet « Retraite digne » prévoit une augmentation minimale de 150 PLN (environ 37 euros) pour les pensions les plus basses à partir de mars 2026.
- Cette revalorisation s’appliquera également aux 13e et 14e mois de pension.
- La mise en œuvre de ce projet nécessitera des dépenses supplémentaires importantes pour l’État, estimées à 2 milliards de PLN (environ 490 millions d’euros) en 2026, puis à 3,4 et 4,5 milliards de PLN les années suivantes.
Le projet de loi, officiellement intitulé « Retraite digne », a été signé par le président Nawrocki le 3 novembre 2025 et transmis au Sejm, la chambre basse du Parlement polonais. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider le rôle du président comme défenseur des intérêts des retraités polonais, un électorat important.
Au cœur de ce projet se trouve un mécanisme d’indexation minimale des pensions. L’objectif est de protéger les retraités percevant les plus faibles revenus (en particulier ceux inférieurs à 3 000 PLN, soit environ 735 euros) contre l’érosion de leur pouvoir d’achat due à l’inflation. Le président Nawrocki a affirmé que la Pologne du XXIe siècle devait garantir un minimum vital d’au moins 2 000 PLN (environ 490 euros) pour ses retraités. Il a souligné l’importance de reconnaître la contribution de la génération née entre 1960 et 1965, qui a travaillé pendant la période de transition économique des années 1990.
Le mécanisme proposé combine une indexation en pourcentage, standard pour les pensions, et une augmentation forfaitaire. Si l’indexation annuelle en pourcentage s’avère inférieure à 150 PLN, la pension sera complétée pour atteindre ce montant minimum garanti. Ainsi, à partir de mars 2026, la pension minimale et les pensions d’invalidité devraient augmenter d’au moins 150 PLN, portant le montant total à environ 2 030 PLN (environ 500 euros). Cette augmentation de 150 PLN s’appliquera également aux prestations supplémentaires, comme les 13e et 14e mois de pension.
Si le principe d’une revalorisation des petites pensions est largement partagé, le projet suscite également des critiques et des interrogations quant à son financement. Paweł Łapiński, du Club Jagellonne, a souligné que les retraites polonaises sont souvent insuffisantes, citant des chiffres récents : le minimum social pour un retraité célibataire s’élevait à 1 897,97 PLN (environ 465 euros) au deuxième trimestre 2025, tandis que la pension minimale brute actuelle est de 1 878,91 PLN (1 709,81 PLN net), à peine suffisante pour couvrir les besoins essentiels. Il a également rappelé que plus de 430 000 personnes, principalement des femmes, perçoivent des pensions encore plus faibles en raison d’une carrière incomplète.
Le financement du projet « Retraite digne » représente un défi majeur. Les estimations actuelles prévoient des dépenses supplémentaires de 2 milliards de PLN en 2026, 3,4 milliards de PLN en 2027 et 4,5 milliards de PLN en 2028. Łapiński a précisé que le coût final dépendra des prévisions d’inflation de la Banque nationale de Pologne. Le président Nawrocki espère financer ces dépenses grâce à l’augmentation des recettes fiscales générée par l’inflation.
Certains observateurs, cependant, se montrent sceptiques quant à la viabilité financière du projet. Un commentateur du Club Jagellonne a suggéré que le projet repose soit sur une hypothèse irréaliste de financement automatique, soit sur une manœuvre politique délibérée. Il craint que si le Sejm approuve les demandes du président, le gouvernement soit contraint de procéder à des coupes budgétaires drastiques dans d’autres domaines ou d’accroître la dette publique.
