Publié le 14 décembre 2025 00:08:00. Une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mis au point une méthode expérimentale pour « redémarrer » la vision chez les personnes souffrant d’amblyopie, communément appelée œil paresseux, en anesthésiant temporairement la rétine affectée.
- Près de 7 millions d’Américains sont touchés par une déficience visuelle, un handicap courant chez les adultes.
- Une nouvelle approche thérapeutique, testée avec succès sur des souris, pourrait permettre de restaurer la vision chez les patients atteints d’amblyopie, quel que soit leur âge.
- La méthode consiste à anesthésier temporairement la rétine de l’œil paresseux, ce qui permet de relancer les connexions neuronales et de restaurer la fonction visuelle.
La perte de vision touche un nombre significatif de personnes aux États-Unis. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, environ 7 millions d’individus sont concernés, faisant de ce handicap l’un des plus répandus chez les adultes. Les rapports des CDC soulignent l’importance d’une détection et d’un traitement précoces pour ralentir la progression de la perte de vision. Cependant, une nouvelle piste de recherche, issue du MIT, pourrait bien changer la donne.
L’amblyopie, ou œil paresseux, se manifeste généralement durant l’enfance, lorsqu’un problème sous-jacent perturbe la communication entre les yeux et le cerveau. Dans ce cas, le cerveau tend à privilégier l’œil sain, entraînant une diminution de la capacité visuelle de l’œil affecté. Les traitements classiques, tels que les gouttes ophtalmiques, les patchs oculaires ou la chirurgie, ne sont pas toujours efficaces, en particulier chez les adultes ou lorsque les patients ne peuvent pas suivre un traitement régulier.
L’équipe du MIT a exploré une approche novatrice : l’anesthésie de la rétine de l’œil paresseux. Leur étude, publiée dans la revue Cell Reports en novembre, a révélé que cette technique pouvait effectivement « redémarrer » la vision. Les chercheurs ont utilisé la tétrodotoxine, une substance naturellement présente dans certaines espèces marines comme le poisson-globe, pour bloquer temporairement l’activité de la rétine des souris atteintes d’amblyopie.
Après deux jours d’anesthésie, les chercheurs ont observé une restauration des réponses visuelles dans le cortex visuel des souris, la zone du cerveau responsable du traitement des informations visuelles. Selon le co-auteur de l’étude, Mark Bear, PhD,
« nos récentes découvertes pourraient remodeler notre façon de penser la perte de vision. »
Les recherches antérieures du laboratoire de Bear avaient déjà suggéré que l’interruption des signaux de la rétine pouvait provoquer des « salves » d’impulsions électriques dans le cortex visuel, des schémas similaires à ceux observés avant la naissance et essentiels au développement de la vision. Une étude de 2021 avait également montré que la désactivation de l’œil dominant pouvait améliorer la vision de l’œil paresseux. Les résultats de cette nouvelle étude, publiée dans Cell Reports, constituent une avancée significative, car ils suggèrent qu’il est possible de traiter l’amblyopie sans affecter la vision de l’œil sain.
L’équipe du MIT prévoit désormais de reproduire ces expériences sur des espèces animales dotées de systèmes visuels plus complexes, car l’œil humain est un organe particulièrement sophistiqué, comptant plus de deux millions de composants fonctionnels. Si les résultats s’avèrent prometteurs, cette nouvelle méthode thérapeutique pourrait faire l’objet d’essais cliniques à l’avenir. Les chercheurs continuent également d’étudier les mécanismes précis par lesquels la tétrodotoxine agit sur le cerveau pour optimiser le traitement.
Les chercheurs se disent
« prudemment optimistes quant au fait que ces résultats pourraient conduire à un nouveau traitement »
pour les patients atteints d’amblyopie.
