Publié le 16 janvier 2024 08:30:00. Pour échapper aux sanctions internationales, une flotte de pétroliers russes, surnommée la « flotte fantôme », multiplie les changements de pavillon et recourt à des pratiques opaques, fragilisant l’efficacité des mesures restrictives.
- Au moins 15 pétroliers transportant du pétrole sanctionné se sont réimmatriculés sous pavillon russe depuis le début de l’année.
- Les États-Unis intensifient leur répression contre les exportations de pétrole vénézuélien et russe violant les sanctions.
- L’Union européenne renforce ses mesures contre les entreprises et assureurs soutenant ces flottes.
Une part croissante de pétroliers russes impliqués dans le contournement des sanctions internationales arbore désormais le pavillon de la Russie. Selon des données du Wall Street Journal, s’appuyant sur des informations de Lloyd’s List Intelligence, au moins 15 navires transportant du pétrole soumis à des restrictions se sont réimmatriculés sous pavillon russe. Cette tendance illustre une stratégie délibérée visant à déjouer les sanctions et à éviter les complications juridiques potentielles liées à leur application.
Richard Mead, rédacteur en chef de la revue maritime Lloyd’s List, explique que ce changement de pavillon est perçu par les armateurs comme un moyen de se protéger des mesures que les États-Unis pourraient prendre à leur encontre. Washington a en effet intensifié sa lutte contre les exportations de pétrole vénézuélien qui enfreignent les sanctions en vigueur.
La situation s’est accentuée à la fin de l’année 2023, avec 25 pétroliers supplémentaires ayant modifié leur pavillon pour celui de la Russie au cours des trois derniers mois. Décembre a été particulièrement marqué, avec 18 cas recensés, dont 16 navires avaient déjà été sanctionnés par les États-Unis ou le Royaume-Uni.
La légalité de ces changements de pavillon en cours de route est contestée au regard du droit maritime international. Le Wall Street Journal rapporte que les États-Unis ont déjà intercepté cinq pétroliers de cette « flotte fantôme » arborant différents pavillons. L’un d’eux, le pétrolier « Marinera », a été pourchassé par les garde-côtes américains au large des côtes vénézuéliennes avant de changer de nom et de s’immatriculer en Russie.
La « flotte fantôme » est généralement composée de pétroliers vieillissants acquis par des sociétés obscures basées dans des pays non soumis à des sanctions, tels que les Émirats arabes unis ou les Îles Marshall. Ces navires naviguent souvent sous pavillon de pays exotiques comme le Gabon ou les Îles Cook, afin de masquer leur identité et d’échapper aux sanctions. Certains de ces navires sont liés à la compagnie maritime nationale russe Sovcomflot. On estime que la « flotte fantôme » compte entre 600 et 1 400 navires, utilisés pour contourner le plafonnement des prix du pétrole et continuer à exporter du pétrole sanctionné depuis des pays comme le Venezuela, la Russie et l’Iran.
Cette situation suscite des inquiétudes quant à la sécurité internationale et à la légalité du trafic maritime. Les navires de la « flotte fantôme » opèrent souvent avec leurs transpondeurs du système d’identification automatique (AIS) éteints ou falsifiés, ce qui rend leur surveillance difficile. Des craintes existent également quant à une possible utilisation de ces navires à des fins d’espionnage ou de brouillage.
L’Union européenne a réagi en introduisant de nouvelles mesures visant à réprimer les entreprises et les assureurs qui soutiennent ces « flottes fantômes ». Malgré les sanctions et le plafonnement des prix, les revenus russes tirés du commerce du pétrole ont diminué de manière significative. Cependant, le recours accru à la « flotte fantôme » et l’affaiblissement de l’efficacité du plafonnement des prix ont atténué l’impact global des sanctions.
Malgré les efforts déployés pour contourner les sanctions, les revenus russes provenant des exportations pétrolières sont tombés à leur plus bas niveau depuis l’invasion de l’Ukraine. Les attaques ukrainiennes contre la « flotte fantôme » russe et les terminaux pétroliers offshore ont considérablement réduit les exportations de pétrole via la mer Noire.
