Publié le 2 janvier 2026 à 16h42. La santé du foie est de plus en plus menacée par des facteurs liés à notre mode de vie, notamment l’obésité et la consommation d’alcool. Le Dr Raúl Andrade, expert en hépatotoxicité, fait le point sur l’évolution des maladies du foie et les risques souvent sous-estimés.
- La stéatose hépatique, liée à l’accumulation de graisse dans le foie, est devenue la principale cause de maladies hépatiques, supplantant les infections virales.
- Les produits à base de plantes, souvent perçus comme inoffensifs, peuvent également être toxiques pour le foie en raison de la présence d’alcaloïdes.
- Le foie, véritable « usine chimique » du corps, est essentiel à la purification des toxines, à la production de protéines et à la régulation du glucose.
Le profil des maladies du foie a considérablement évolué ces dernières années, selon le Dr Raúl Andrade, responsable de la médecine digestive à l’Hôpital Clínico de Malaga et professeur à l’UMA. Chercheur à l’Institut de recherche biomédicale de Malaga (IBIMA Plataforma BIONAND), il souligne que le syndrome métabolique, résultant de l’obésité, du diabète et de l’hypertension, est désormais la cause la plus fréquente d’atteinte hépatique.
« Ce qui est aujourd’hui le plus courant est la maladie du foie appelée syndrome métabolique, causée par l’accumulation de graisse dans le foie, due à des situations telles que l’obésité, le diabète ou l’hypertension : toutes ensemble forment ce qu’on appelle le syndrome métabolique et conduisent à un dépôt de graisse dans le foie, puis à une inflammation du foie », explique-t-il. Ce phénomène, bien que mondial, est particulièrement répandu dans les pays occidentaux et au Moyen-Orient.
L’hépatite C, autrefois une préoccupation majeure de santé publique, est aujourd’hui considérée comme résiduelle grâce à l’arrivée de traitements efficaces. « L’hépatite C n’a pas vraiment été éradiquée car le virus est encore présent chez certaines personnes, en particulier dans les groupes que l’on qualifierait de risque de contracter l’infection, mais la prévalence généralisée de cette maladie dans les années 80 et 90 a complètement disparu grâce à l’arrivée de nouveaux traitements très efficaces », précise le Dr Andrade.
La stéatose hépatique, ou accumulation de graisse dans le foie, est devenue une véritable « épidémie silencieuse », alimentée par un mode de vie sédentaire, une alimentation riche en produits ultra-transformés et la consommation d’alcool. « La stéatose hépatique a beaucoup à voir avec notre mode de vie : peu d’exercice physique, comportement sédentaire, régime alimentaire composé de produits ultra-transformés très caloriques et malheureusement très fréquemment consommés aujourd’hui », détaille l’expert.
Si les médicaments disponibles dans le commerce provoquent rarement une hépatotoxicité, certains peuvent présenter un risque. L’amoxicilline associée à l’acide clavulanique (Augmentin) est citée comme un exemple, avec une toxicité hépatique observée chez environ une personne sur 2 500 à 3 000. Le Dr Andrade insiste toutefois sur le fait que ce risque ne doit pas dissuader de prendre ce médicament si nécessaire.
Il met en garde également contre une idée reçue dangereuse : celle selon laquelle tout ce qui est naturel est inoffensif. « J’attire votre attention sur le fait que beaucoup de gens pensent que les herbes et tout ce qui vient de la nature, une décoction de n’importe quelle herbe trouvée sur le terrain, est bénéfique car il s’agit d’un produit naturel. C’est complètement faux car de nombreuses herbes contiennent des alcaloïdes toxiques qui peuvent produire une toxicité, non seulement au niveau du foie, mais également dans d’autres organes. Il faut être très prudent », souligne-t-il.
Les recherches menées à l’IBIMA se concentrent sur l’identification des facteurs de risque d’hépatotoxicité et sur la compréhension des mécanismes impliqués, en utilisant des modèles cellulaires in vitro. L’objectif est de développer des modèles permettant de reproduire les problèmes de toxicité hépatique afin de mieux les étudier.
Contrairement à une idée répandue, le foie est un organe qui peut signaler sa souffrance. « Il est vrai que lorsqu’il existe une maladie hépatique chronique et que la toxicité hépatique se manifeste presque toujours par une hépatite aiguë, ce n’est pas que ça fait mal, mais le patient présente clairement des symptômes. Des gênes abdominales peuvent apparaître, des nausées, des vomissements, de la fièvre dans certains cas peuvent apparaître et surtout il se produit ce qu’on appelle la jaunisse, qui est une coloration jaunâtre de la peau, de la sclère des yeux et cela est très spécifique », explique le Dr Andrade.
Pour préserver la santé de son foie, trois mesures préventives sont essentielles : éviter l’alcool, adopter une alimentation de type méditerranéen riche en fruits, légumes et poisson, et pratiquer une activité physique régulière.
Concernant l’avenir, le Dr Andrade s’inquiète de l’épidémie de stéatose hépatique métabolique, dont l’ampleur ne fait que commencer à être perçue. Il se montre toutefois optimiste quant aux progrès réalisés dans le traitement de l’hépatite C, qui a permis de retirer de nombreux patients de la liste d’attente pour une greffe hépatique.
Outre l’alcool, la stéatose hépatique non alcoolique est une cause fréquente de cirrhose. Les hépatites virales ont vu leur part diminuer, mais d’autres causes plus rares existent, telles que des troubles métaboliques, des dépôts de fer ou de cuivre dans le foie, ou encore des maladies auto-immunes.
« Le foie a toujours été défini comme la grande usine chimique de l’organisme : il doit, d’une part, purifier les substances toxiques qui pénètrent avec l’alimentation et les boissons, et, d’autre part, les globules rouges qui vieillissent sont détruits et le foie traite tout cela. De plus, il fabrique toutes les protéines de notre organisme. Le foie possède également une réserve de glucose, sous forme de glycogène. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une grande usine chimique absolument nécessaire à notre fonctionnement quotidien », conclut le Dr Andrade.
