Publié le 18 octobre 2025 à 20h19. Bien que les citoyens expriment une inquiétude croissante face à la polarisation politique à l’approche des élections, les experts soulignent que ce phénomène n’est pas en augmentation, mais simplement plus visible qu’auparavant.
- Les divergences d’opinions, bien que toujours présentes, sont perçues comme plus vives en raison du durcissement des débats, notamment sur les réseaux sociaux.
- Les études du Bureau de planification sociale et culturelle (SCP) montrent que seulement 10 à 15 % des Néerlandais déclarent éprouver de la haine envers des personnes ayant des opinions différentes, un chiffre stable depuis les années 1970.
- Les acteurs politiques, les industries et les influenceurs extrémistes sont pointés du doigt pour alimenter la polarisation en jouant sur les peurs et en divisant la société.
Les divergences sur des sujets tels que Gaza, l’azote ou l’asile suscitent de plus en plus d’inquiétudes chez les citoyens néerlandais, alors que les élections approchent. Pourtant, selon les chercheurs, la polarisation elle-même ne s’intensifie pas, mais devient plus perceptible. Le phénomène est amplifié par la couverture médiatique et la culture des réseaux sociaux.
« Il y a toujours eu des divergences d’opinions », explique Emily Miltenburg, chercheuse au SCP. « Auparavant, il s’agissait par exemple de l’avortement, mais aujourd’hui, d’autres thèmes sociaux sont au cœur des débats. » Le SCP interroge chaque année les Néerlandais sur leur sentiment de haine envers ceux qui ont des opinions différentes. Les résultats montrent qu’environ 10 à 15 % des personnes interrogées se disent concernées, un chiffre qui reste stable depuis les années 1970.
Selon Miltenburg, l’augmentation de l’inquiétude est liée au durcissement des échanges et aux « subterfuges » observés, en particulier sur les réseaux sociaux et lors des débats politiques. Les personnes interrogées estiment que ces débats se concentrent davantage sur les individus que sur les enjeux réels.
Elle souligne également le rôle des médias dans la perception d’une polarisation accrue. « C’est précisément parce que les médias en parlent beaucoup que les gens pensent que les différences entre les groupes et les individus sont très grandes, même si ce n’est pas forcément le cas », explique-t-elle. « Le milieu est absent. »
Le professeur de sociologie Jan Willem Duyvendak met en évidence, dans ses dernières recherches, que les écarts sont en réalité moins importants que jamais, mais que notre incapacité à tolérer les différences alimente la colère.
Jelle Postma, ancien membre de l’AIVD et chercheur à la fondation Justice pour la Prospérité, partage cette analyse. Il souligne que l’intensité de la polarisation s’accroît, créant une dynamique où l’on doit être « avec » ou « contre », ce qui peut légitimer le recours à la violence dans les cas extrêmes.
Selon lui, divers acteurs contribuent à ce phénomène : « Les hommes politiques, les industries telles que le pétrole et la technologie, les influenceurs extrémistes et les groupes ultra-conservateurs alimentent la polarisation. Ils ont intérêt à ce que la société soit divisée. »
La peur est un puissant levier, explique Postma. « Si vous jouez sur les peurs des gens, ils réagissent en mode combat ou fuite. Cela touche à l’émotion, ils sont donc plus disposés à répondre au message ou à le diffuser. » Cela profite aux politiciens en quête de votes et aux influenceurs qui cherchent à gagner des adeptes, mais aussi aux entreprises technologiques qui tirent profit de l’engagement accru des utilisateurs.
« Certaines industries tentent également d’influencer l’opinion publique, ce qui pourrait conduire à un affaiblissement des réglementations », ajoute-t-il. Les réseaux sociaux facilitent la diffusion de ces informations, en partie grâce à des algorithmes qui privilégient les contenus extrêmes.
Les chercheurs observent également que cette focalisation sur les différences et sur « l’ennemi » se reflète dans la communication des partis politiques à l’approche des élections. Postma souligne que la droite populiste utilise particulièrement cette tactique.
Par exemple, le PVV a créé du contenu généré par l’IA dans lequel des « filles blondes innocentes » sont menacées par des groupes de « jeunes à la peau claire », comme le révèle une enquête du magazine De Groene Amsterdammer. Le leader du GL-PvdA, Timmermans, est également souvent présenté comme un « ennemi ».
Cependant, les partis de gauche ne sont pas non plus exempts de critiques, accusés de marginaliser leurs opposants. Par exemple, le député GL-PvdA Klaver a récemment qualifié la ministre du BBB Keijzer de « populiste de l’anguille », une accusation qui a suscité des réactions sur NPR Radio 1.
Les programmes électoraux des partis politiques reflètent également une volonté de lutter contre la polarisation. Le CDA dénonce les discours polarisants des dirigeants politiques et des influenceurs, tandis que le SGP exprime ses inquiétudes quant aux changements sociétaux liés à la polarisation. Cependant, ce dernier parti mentionne également dans son programme électoral des « libéraux radicaux » qui « veulent faire taire la Bible ».
Volt souhaite renforcer le rôle de l’art et de la culture pour rassembler les citoyens « à une époque où beaucoup s’inquiètent de la polarisation et de la guerre ». Le VVD met en avant la culture du débat ouvert dans les universités comme un rempart contre la polarisation, et, à l’instar de l’Union chrétienne, souhaite encadrer les algorithmes polarisants sur les réseaux sociaux.
NSC propose de mobiliser les jeunes dans des actions sociales pour lutter contre la polarisation et plaide pour une éducation à la désinformation dans les écoles.
Le terme « polarisation » est absent des programmes du GL-PvdA, du D66 et du SP, mais ces partis mettent l’accent sur la « solidarité » et la « connexion » pour contrer la « peur » et la « division ».
