Publié le 26 octobre 2023 10:30:00. Le conflit israélo-palestinien a trouvé un écho inattendu à Hollywood, divisant les stars et transformant les plateformes cinématographiques en arènes politiques où les prises de position se multiplient.
- Des personnalités influentes comme Javier Bardem et Emma Stone soutiennent publiquement la cause palestinienne.
- D’autres, telles que Gal Gadot et Natalie Portman, défendent Israël et s’opposent aux appels au boycott culturel.
- Les festivals de Cannes et de Venise sont devenus des lieux de tensions et de manifestations.
Depuis le 7 octobre et le début des affrontements entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, le monde du cinéma américain est le théâtre d’une polarisation croissante. Ce qui était autrefois considéré comme un espace de célébration artistique s’est transformé en un champ de bataille idéologique, où chaque déclaration, chaque geste, est scruté et interprété.
Le contexte de cette division est profondément enraciné dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, qui remonte à 1948 et s’est manifesté par des guerres, des occupations et des crises humanitaires. La bande de Gaza, contrôlée par le Hamas depuis 2007 et soumise à un blocus qui l’isole, a été le théâtre de plusieurs offensives militaires et d’une dégradation constante des conditions de vie de sa population, suscitant une condamnation internationale.
Les premières fissures sont apparues lors du Festival de Cannes en mai dernier, où plus de 380 personnalités du cinéma ont signé une lettre dénonçant ce qu’elles qualifiaient de « génocide » à Gaza et critiquant le silence de l’industrie. Parmi les signataires figuraient Richard Gere, Susan Sarandon, Javier Bardem et Pedro Almodóvar, qui ont appelé à ne pas rester passifs face à la tragédie humanitaire. Des projections de documentaires sur des photographes palestiniens tués et des banderoles appelant à un cessez-le-feu ont accompagné cette initiative.
La Mostra de Venise a également été le théâtre de tensions. L’organisation Venice4Palestine a demandé l’exclusion de certains artistes, dont Gal Gadot, en raison de son soutien affiché à Israël. Le réalisateur Julian Schnabel, présent avec son film “Dans la main de Dante”, a refusé cette demande, arguant de la liberté de création des acteurs au-delà de leurs opinions politiques. Alberto Barbera, le directeur du festival, a quant à lui souligné que la censure basée sur les convictions serait une atteinte à l’essence même de la culture.
La remise des Emmy Awards n’a pas échappé à cette vague de protestations. Javier Bardem est monté sur scène portant un keffieh palestinien, dénonçant le « génocide à Gaza » et affirmant que la perte d’opportunités professionnelles à Hollywood était insignifiante face aux souffrances civiles. La comédienne Hannah Einbinder, arborant un badge de la campagne Artists4Ceasefire, a crié « Palestine libre » lors de son discours, précisant qu’en tant que juive, elle considérait essentiel de distinguer son identité religieuse de la politique de l’État israélien.
Emma Stone, bien que plus discrète, a signé la pétition pour un boycott culturel des institutions israéliennes, rejoignant plus de 1 800 artistes. Pedro Almodóvar a réaffirmé que les festivals ne pouvaient se permettre d’être complices de l’extermination.
La campagne Artists4Ceasefire est devenue un symbole de cette mobilisation, son épingle rouge représentant une main ouverte avec un cœur au centre apparaissant sur de nombreux tapis rouges comme un appel à un cessez-le-feu immédiat et à une aide humanitaire urgente. L’organisation juive La Brigade a dénoncé cette épingle comme un « emblème du sang juif », l’accusant d’antisémitisme latent.
En réaction, plusieurs personnalités ont pris position en faveur d’Israël. Gal Gadot, bien qu’elle ait évité les déclarations directes lors des festivals, a été la cible de campagnes de boycott en raison de sa nationalité et de son soutien passé aux forces de défense israéliennes. Natalie Portman, née à Jérusalem, a défendu à plusieurs reprises le droit d’Israël à exister en paix. Jerry Seinfeld, lors d’un spectacle en Australie, a répondu avec sarcasme à un manifestant scandant « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » : « Nous avons un génie, il a résolu le Moyen-Orient », exprimant clairement son opposition à la disparition d’Israël.
Des organisations comme Creative Community for Peace se sont positionnées contre le mouvement de boycott, le qualifiant de forme de discrimination et d’antisémitisme. La polarisation s’est traduite par deux lettres distinctes : l’une signée par 1 800 artistes appelant à ne pas collaborer avec les institutions culturelles israéliennes, et l’autre par plus de 1 200 personnalités hollywoodiennes rejetant cette campagne et défendant la liberté artistique face à la censure politique.
Cette division au sein de l’industrie cinématographique reflète les fractures profondes qui traversent le monde. Les stars, habituées à briller sous les projecteurs, se retrouvent désormais confrontées au dilemme de prendre la parole ou de garder le silence face à un conflit qui divise le monde entier.
