Deux projets industriels majeurs, situés dans l’estuaire de la Gironde, font l’objet d’enquêtes publiques lancées en pleine période des fêtes, suscitant l’inquiétude des associations environnementales et un appel à la mobilisation citoyenne. Il s’agit d’une usine de conversion de métaux à Parempuyre et d’un élevage industriel de saumons au Verdon-sur-Mer, des initiatives jugées menaçantes pour l’écosystème local.
La Sepanso Gironde et l’ONG Seastemik dénoncent un calendrier jugé inopportun, estimant que la tenue simultanée de ces deux enquêtes publiques, du 15 décembre 2025 au 15 janvier 2026 (pour l’usine EMME) et du 15 décembre 2025 au 19 janvier 2026 (pour l’élevage de saumons), ne permet pas une participation citoyenne éclairée. La Sepanso ironise sur le fait de devoir remplir ces enquêtes pendant la trêve des fêtes, soulignant l’importance pour les habitants de se mobiliser.
Le projet EMME, qui prévoit la création d’une unité de conversion de cobalt et de nickel à Blanquefort et Parempuyre, est particulièrement contesté. Il est soumis à une demande d’autorisation environnementale et à une mise en compatibilité du document d’urbanisme. Les opposants s’inquiètent des rejets industriels potentiels et de leur impact sur les sols et la qualité de l’air. En novembre dernier, le Conseil national de protection de la nature (CNPN) avait rendu un avis défavorable, pointant des inventaires faune et flore incomplets, des impacts sous-estimés sur 25 espèces protégées et un manque d’alternatives à l’implantation choisie. Une saisine du Conseil d’État a également été déposée, contestant le décret reconnaissant l’intérêt national majeur de la raffinerie, jugé non conforme aux exigences de protection environnementale.
Les critiques portent également sur la pertinence économique du projet. Selon les opposants, EMME « ne remplit aucun des critères », avec des emplois non garantis (200 directs et 300 indirects non étayés) et une technologie en déclin sur le marché européen. Ils soulignent que l’opération d’intérêt métropolitain (OIM) Bordeaux Aéroparc a créé 50 000 emplois, contre seulement 200 hypothétiques pour EMME.
Parallèlement, le projet de Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, un « méga projet d’élevage industriel » selon Seastemik, suscite de vives inquiétudes. L’ONG alerte sur les risques de pollution d’un parc naturel marin, l’intoxication des productions de coquillages et l’asphyxie des pêcheurs locaux par une concurrence déloyale. Esther Dufaure, co-directrice de Seastemik, imagine « 3 millions de saumons élevés en batterie, des effluents rejetés dans un parc naturel marin, des productions traditionnelles de coquillages intoxiquées et des pêcheurs locaux asphyxiés par une concurrence déloyale ».
Seastemik exige un « refus ferme » du préfet et appelle à un débat national, estimant que la France ne peut pas cautionner un projet aussi destructeur. Plusieurs institutions, dont le BRGM et le Parc Naturel Marin, ont déjà formulé des avis critiques, évoquant des risques environnementaux tels que la pollution de la nappe de l’Éocène et l’absence d’études d’impact récentes. Gérard Bunel, président de Pays Royannais Environnement, résume la situation : « L’estuaire de la Gironde n’est pas une zone industrielle. Si ce projet passe, c’est tout un écosystème et des centaines d’emplois locaux qui seront sacrifiés ».
Une réunion publique est prévue ce dimanche 14 décembre à Saint-Vivien-de-Médoc, et un rassemblement est organisé le 15 décembre à Bordeaux, en présence d’élus, de professionnels de la mer et d’associations nationales et locales.
