Publié le 4 janvier 2026. L’annonce surprise de l’administration Trump concernant une opération militaire au Venezuela et la capture de son président, Nicolás Maduro, place l’Inde face à un dilemme diplomatique, tiraillée entre ses relations commerciales avec les États-Unis et son attachement au droit international.
- L’Inde se trouve dans une position délicate, devant concilier la décision unilatérale des États-Unis et sa propre politique de respect de l’ordre international fondé sur des règles.
- Les relations commerciales entre l’Inde et le Venezuela, bien qu’en déclin en raison des sanctions américaines, restent un facteur à considérer.
- L’intervention américaine au Venezuela suscite des réactions contrastées sur la scène internationale, avec des condamnations de la part de la Russie et des inquiétudes exprimées par plusieurs pays d’Amérique latine.
La déclaration du président Donald Trump affirmant que les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela et capturé son président, Nicolás Maduro, a créé une onde de choc diplomatique, notamment en Inde. Delhi se retrouve confronté à une situation complexe, oscillant entre ses intérêts économiques et stratégiques avec Washington et son engagement envers les principes fondamentaux du droit international.
Traditionnellement prudente et peu encline à commenter les affaires étrangères en dehors de ses frontières, l’Inde se voit désormais sollicitée par de nombreux pays du Sud, qui attendent d’elle qu’elle réaffirme la nécessité du respect du droit international et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Cette situation est d’autant plus délicate que l’Inde et les États-Unis sont actuellement en négociations pour un accord commercial bilatéral, des discussions compliquées par l’imposition de droits de douane par l’administration Trump, notamment une pénalité de 25 % sur les achats de pétrole russe par Delhi.
L’Inde a réduit ses importations de pétrole russe en réponse à ces pressions, estimant toutefois avoir été injustement ciblée par le président américain, qui n’a pas pris de mesures similaires à l’encontre de la Chine et de l’Europe concernant leurs propres achats de pétrole russe. Les liens de l’Inde avec le Venezuela, bien que moins importants, ne sont pas négligeables. Le commerce bilatéral entre les deux pays s’élevait à 6,397 milliards de dollars en 2019-2020, dont 6,057 milliards de dollars d’importations indiennes. Cependant, les sanctions américaines ont entraîné une forte diminution de ces échanges : 1,271 milliard de dollars en 2020-2021, 424 millions de dollars en 2021-2022 et seulement 431 millions de dollars en 2022-2023, témoignant d’une tendance à la baisse.
Les relations diplomatiques entre Delhi et Caracas ont connu leur apogée en 2005, lors de la visite d’État du président Hugo Chávez en Inde, où il a rencontré le Premier ministre Manmohan Singh. Plus récemment, en août 2012, Nicolás Maduro, alors ministre des Affaires étrangères vénézuélien, s’est rendu à New Delhi pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Troïka Inde-CELAC (Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes) et a rencontré son homologue indien de l’époque, S.M. Krishna. Suite au décès de Chávez en mars 2013, le gouvernement indien a exprimé ses condoléances et envoyé Sachin Pilot, alors ministre d’État chargé des Affaires générales, aux funérailles nationales, où il a rencontré la mère de Chávez, Elena Frias de Chavez, et Maduro, alors président par intérim.
Sous le gouvernement de Narendra Modi, les contacts diplomatiques se sont poursuivis. La ministre des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, a rencontré le vice-président exécutif du Venezuela, Jorge Arreaza, en marge du sommet Asie-Afrique 2015 à Jakarta, en Indonésie, et le général V.K. Singh (à la retraite), ministre d’État aux Affaires extérieures, s’est rendu à Caracas en mai 2015. En septembre 2016, le vice-président Hamid Ansari a participé à un sommet au Venezuela. Plus récemment, le ministre des Affaires étrangères S. Jaishankar a rencontré son homologue vénézuélien, Félix Plasencia, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2021, et Carlos Faria en septembre 2022.
En août 2023, la vice-présidente exécutive vénézuélienne Delcy Rodriguez, accompagnée d’une importante délégation commerciale, s’est rendue en Inde à l’invitation du ministre du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, pour participer au 9e conclave CII-ALC. Elle a eu des entretiens avec la ministre des Finances Nirmala Sitharaman et S. Jaishankar. Malgré ces liens économiques et diplomatiques, l’Inde compte une petite communauté de ressortissants au Venezuela – environ 50 NRI (Indiens non résidents) et 30 PIO (Personnes d’origine indienne), selon les registres de l’ambassade indienne.
Suite aux événements récents, le ministère des Affaires étrangères indien a publié un avis recommandant aux ressortissants indiens d’éviter tout voyage non essentiel au Venezuela et de faire preuve de prudence. L’avis exhorte également les Indiens se trouvant déjà au Venezuela à restreindre leurs mouvements et à contacter l’ambassade indienne à Caracas en cas de besoin.
Bien que les enjeux politiques directs pour l’Inde soient limités, les principes en jeu sont importants, compte tenu des antécédents d’interventions américaines à l’étranger. L’intervention au Venezuela soulève la question d’un ordre international fondé sur des règles, mais ne surprend pas, étant donné la stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, qui privilégie la domination américaine dans l’hémisphère occidental. La Russie a été le premier pays à condamner fermement l’action américaine, la qualifiant d’« acte d’agression armée ». L’Union européenne a adopté une position plus mesurée, appelant au respect du droit international et à la retenue. Plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Chili et la Colombie, ont également exprimé leur inquiétude et leur condamnation.
Face au silence des principaux pays du G20, Delhi ne semble pas pressée de prendre position, mais se trouve confrontée au dilemme diplomatique de défendre l’ordre international tout en tenant compte des actions d’un allié américain.
