Publié le 22 décembre 2025 à 23h32. Une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) révèle que les régimes riches en graisses modifient profondément les cellules du foie, augmentant leur vulnérabilité aux mutations et, potentiellement, le risque de développement de cancers.
- Une alimentation riche en graisses peut induire une régression des cellules hépatiques vers un état immature, semblable à celui des cellules souches.
- Ce processus de dédifférenciation, bien qu’initialement une stratégie de survie, expose les cellules à un risque accru de mutations cancéreuses.
- Des gènes et facteurs de transcription spécifiques ont été identifiés comme cibles potentielles pour de futurs traitements préventifs.
Des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont mis en évidence un mécanisme inquiétant : un régime alimentaire riche en graisses peut « recâbler » les cellules du foie, les rendant plus susceptibles de se transformer en cellules cancéreuses. Les résultats de cette étude, publiée dans la revue Cell, ouvrent de nouvelles perspectives sur la prévention et le traitement des cancers du foie.
L’étude a révélé que, confrontées au stress constant d’une alimentation riche en graisses, les hépatocytes matures du foie subissent une forme de régression, retournant à un état immature proche de celui des cellules souches. Ce changement représente une stratégie de survie face à des conditions défavorables, mais il a un coût : il augmente la vulnérabilité des cellules aux mutations qui peuvent initier la formation de tumeurs.
Les scientifiques ont observé que presque toutes les souris nourries avec un régime riche en graisses ont fini par développer un cancer du foie. L’équipe, dirigée par Alex K. Shalek, directeur de l’Institut d’ingénierie et des sciences médicales, Omer Yilmaz et Wolfram Goessling, souligne l’importance de ces résultats car ils suggèrent l’existence de mécanismes génétiques sous-jacents qui pourraient être ciblés pharmacologiquement pour réduire le risque tumoral.
L’analyse au niveau cellulaire a montré que, dans les premiers stades d’exposition à un régime gras, les hépatocytes activent des gènes favorisant leur survie et leur prolifération, réduisant ainsi leur sensibilité à l’apoptose (mort cellulaire programmée). Parallèlement, l’activité des gènes essentiels à la fonction métabolique et à la capacité de sécrétion du foie diminue. Selon Constantine Tzouanas, étudiant diplômé et co-auteur principal de l’étude :
« La cellule individuelle donne la priorité à sa propre survie au détriment des fonctions collectives du tissu. »
Constantine Tzouanas, étudiant diplômé et co-auteur principal
Ce phénomène de dédifférenciation est progressif. Certains changements se produisent rapidement après le début d’un régime gras, tandis que la réduction des enzymes métaboliques nécessaires prend plus de temps à se consolider. En perdant leur identité cellulaire mature, les hépatocytes se préparent involontairement à se transformer de manière maligne en cas de mutation ultérieure.
Tzouanas explique :
« Ces cellules ont déjà activé les mêmes gènes dont elles auront besoin pour devenir cancéreuses. Elles se sont déjà éloignées de l’identité mature qui autrement réduirait leur capacité à proliférer. Une fois qu’une cellule détecte la mauvaise mutation, elle se lance dans la course et a déjà devancé certaines des caractéristiques du cancer. »
Constantine Tzouanas, étudiant diplômé et co-auteur principal
L’équipe du MIT a identifié plusieurs gènes et facteurs de transcription jouant un rôle crucial dans cette reprogrammation cellulaire. Parmi les découvertes clés, certains médicaments ciblant ces gènes ont déjà été approuvés pour traiter les formes avancées de la maladie du foie gras non alcoolique (MASH). Un exemple est un médicament ciblant le récepteur des hormones thyroïdiennes, utilisé spécifiquement pour la fibrose MASH, ainsi qu’un autre traitement en cours d’essais cliniques qui active l’enzyme HMGCS2. L’étude a également mis en évidence SOX4, un facteur de transcription généralement silencieux dans le foie adulte et actif uniquement pendant le développement fœtal, comme cible thérapeutique potentielle.
Pour valider leurs résultats chez l’homme, les chercheurs ont analysé des échantillons de tissus hépatiques provenant de patients à différents stades de la maladie, y compris ceux présentant des lésions hépatiques sans cancer développé. L’analyse a confirmé une diminution de l’expression des gènes responsables de la fonction hépatique normale et une augmentation de ceux associés à des états cellulaires immatures, reproduisant le schéma observé chez la souris. Il a également été possible d’utiliser ces profils d’expression génique pour prédire la survie des patients.
Tzouanas précise :
« Les patients présentant une expression plus élevée de ces gènes de survie pro-cellulaires, qui sont activés par un régime riche en graisses, ont survécu moins longtemps après le développement des tumeurs. Et si un patient a une expression plus faible des gènes qui soutiennent les fonctions que le foie remplit normalement, il survit également moins longtemps. »
Constantine Tzouanas, étudiant diplômé et co-auteur principal
L’étude souligne que, bien que les effets observés chez la souris aboutissent à une tumeur en environ un an, le processus pourrait prendre environ 20 ans chez l’homme, influencé par l’alimentation et d’autres facteurs de risque tels qu’une consommation excessive d’alcool ou des infections virales. Ces éléments pourraient également favoriser le retour des cellules hépatiques à un état immature, renforçant ainsi le lien entre nutrition et carcinogenèse.
L’équipe prévoit d’approfondir les mécanismes qui pourraient inverser les effets indésirables d’un régime riche en graisses. Ses prochaines recherches porteront notamment sur la possibilité de restaurer la fonction cellulaire mature du foie en revenant à une alimentation équilibrée ou en utilisant des médicaments pour perdre du poids, tels que les agonistes du GLP-1. Ils chercheront également à déterminer si l’un des facteurs de transcription identifiés pourrait être efficace en tant que cible thérapeutique pour empêcher les tissus hépatiques malades d’évoluer vers le cancer.
Shalek conclut :
« Nous disposons désormais de toutes ces nouvelles cibles moléculaires et d’une meilleure compréhension de ce qui sous-tend la biologie, ce qui pourrait nous donner de nouveaux angles pour améliorer les résultats pour les patients. »
Alex K. Shalek, directeur de l’Institut d’ingénierie et des sciences médicales




