Publié le 19 novembre 2025 à 19h15. La consommation d’aliments ultra-transformés atteint des niveaux sans précédent à l’échelle mondiale, suscitant de vives inquiétudes quant à leur impact sur la santé publique et nécessitant une action internationale coordonnée, selon une série d’études publiées dans The Lancet.
- Une étude révèle que la part des calories provenant d’aliments ultra-transformés a considérablement augmenté dans de nombreux pays au cours des trois dernières décennies.
- Les experts mettent en garde contre les risques accrus d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de troubles mentaux liés à une alimentation riche en produits ultra-transformés.
- Les auteurs de l’étude plaident pour des politiques publiques audacieuses visant à limiter la commercialisation de ces produits et à favoriser l’accès à des aliments frais et peu transformés.
Une tendance alarmante se confirme : les aliments ultra-transformés (AUP) envahissent de plus en plus nos assiettes, dépassant des seuils jamais atteints auparavant, selon une analyse approfondie publiée par la prestigieuse revue médicale The Lancet. Cette enquête, composée de trois articles, alerte sur les conséquences potentiellement désastreuses de cette évolution pour la santé des populations, tant dans les pays développés que dans les régions émergentes.
Quarante-trois experts ont participé à ces recherches, soulignant l’urgence d’une réaction internationale concertée face à ce phénomène. Pour mieux comprendre la nature de ces aliments, les chercheurs s’appuient sur la classification NOVA, établie en 2009 par le professeur Carlos Monteiro et son équipe. Cette classification divise les aliments en quatre catégories : les ingrédients non transformés ou peu transformés, les aliments transformés, les aliments transformés et, enfin, les aliments ultra-transformés. Ces derniers se distinguent par leur composition complexe, incluant des substances dérivées telles que des huiles hydrogénées, des sirops et divers additifs.

Selon le professeur Monteiro, ces produits tendent à remplacer les aliments traditionnels et les options d’origine naturelle.
« La consommation croissante d’aliments ultra-transformés transforme l’alimentation dans le monde entier, remplaçant les aliments frais et peu transformés. »
Carlos Monteiro, professeur et chercheur
Il ajoute que cette évolution est motivée par de puissantes entreprises agroalimentaires qui cherchent à maximiser leurs profits en promouvant ces produits, avec le soutien d’une intense politique de marketing et un lobbying actif auprès des pouvoirs publics pour affaiblir les réglementations en matière de santé publique.
Les données issues de diverses enquêtes nationales révèlent une augmentation constante de la part de ces produits dans l’alimentation. En Espagne, par exemple, le pourcentage de calories provenant d’aliments ultra-transformés est passé de 11 % à 32 % au cours des trente dernières années. En Chine, cette proportion est passée de 4 % à 10 %. Au Mexique et au Brésil, les chiffres sont également en hausse, atteignant respectivement 23 % après un départ de 10 % sur la même période. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, plus de 50 % de l’apport calorique provient désormais d’aliments ultra-transformés depuis plus de vingt ans.

Au niveau individuel, une exposition régulière à ces aliments est associée à des déséquilibres nutritionnels importants, à un excès de calories, de graisses et de sucres, et à une carence en fibres et en protéines. L’analyse de 104 études de suivi à long terme révèle que la consommation accrue d’aliments ultra-transformés est liée à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’une mortalité prématurée.
Selon les données publiées dans The Lancet, les aliments ultra-transformés augmentent le risque de diabète de type 2 de 25 % et celui de surpoids ou d’obésité de 21 %. La mortalité globale et la mortalité par maladies cardiovasculaires augmentent également de 18 % lorsque ces produits sont privilégiés dans l’alimentation. Des effets négatifs sur la santé mentale ont également été observés, avec une augmentation de 23 % du risque de développer une dépression.
Mathilde Touvier, chercheuse à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale en France, souligne l’importance de ne pas minimiser les résultats de ces études.
« Bien qu’il existe un débat sain sur les AUP au sein de la communauté scientifique, il faut le distinguer des tentatives d’intérêts particuliers visant à saper les preuves actuelles. Le nombre croissant de recherches suggère que les régimes alimentaires riches en aliments ultra-transformés nuisent à la santé mondiale et justifient la nécessité d’une action politique. »
Mathilde Touvier, chercheuse à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale

La deuxième partie de la série propose des interventions possibles pour inverser cette tendance, avec la participation d’experts tels que Gyorgy Scrinis, Barry Popkin et Camila Corvalán. Ils préconisent de restreindre la présence de ces produits dans les lieux publics, de renforcer la réglementation en matière d’étiquetage et d’envisager des taxes pour financer un meilleur accès à une alimentation saine.
Camila Corvalán insiste sur le rôle crucial des gouvernements.
« Pour relever ce défi, les gouvernements doivent prendre les devants et mettre en œuvre des politiques audacieuses et coordonnées, allant de l’inclusion d’indicateurs AUP sur l’étiquetage avant des emballages à la restriction de leur commercialisation et à la mise en œuvre de taxes pour financer un meilleur accès à des aliments nutritifs et abordables. »
Camila Corvalán, experte
Elle cite en exemple le programme alimentaire scolaire du Brésil, qui vise à allouer 90 % des intrants à des aliments frais et peu transformés d’ici 2026.
Le professeur Barry Popkin plaide pour l’intégration des ingrédients caractéristiques des aliments ultra-transformés dans les informations visibles sur l’emballage, afin de limiter les substitutions malsaines. Il appelle également à restreindre la commercialisation de ces produits dans les supermarchés et les institutions publiques.

La troisième partie de l’étude examine en profondeur l’influence de l’industrie agroalimentaire sur la prolifération des aliments ultra-transformés. Les chercheurs soulignent que les plus grandes entreprises ont orienté le secteur vers des produits bon marché, rentables et à forte consommation, en consolidant leur influence grâce au lobbying politique, aux campagnes de communication et à la diffusion de doutes sur les preuves scientifiques des effets néfastes de ces produits sur la santé.
Simon Barquera, de l’Institut National de Santé Publique du Mexique, met en garde :
« Ce sont les grandes entreprises, et non les décisions individuelles, qui sont à l’origine de l’essor mondial des aliments ultra-transformés. »
Simon Barquera, chercheur
Les chercheurs proposent d’isoler les processus de formulation des politiques publiques de l’influence des entreprises, en renforçant la surveillance de la santé et en créant un réseau mondial pour défendre le droit à une alimentation saine.
Karen Hoffmann, experte sud-africaine, conclut :
« Tout comme nous avons résisté à l’industrie du tabac il y a plusieurs décennies, nous avons désormais besoin d’une réponse mondiale audacieuse et coordonnée pour freiner le pouvoir disproportionné des entreprises alimentaires ultra-transformées et construire des systèmes alimentaires qui donnent la priorité à la santé et au bien-être des populations. »
Karen Hoffmann, experte
L’étude appelle à un changement structurel du système alimentaire international, soutenu par des preuves scientifiques et une action coordonnée, afin de garantir un accès à des alternatives saines et abordables pour tous.
