Un espoir majeur s’est levé dans la lutte contre le cancer : pour la première fois, plus de 70 % des patients diagnostiqués survivent au moins cinq ans après leur diagnostic. Cette avancée historique, révélée par la Société américaine du cancer, témoigne d’une transformation profonde de la maladie, qui passe d’une condamnation quasi certaine à une pathologie chronique potentiellement gérable.
Ce seuil des cinq ans est une référence cruciale en oncologie, car il marque une diminution drastique du risque de récidive. Les chiffres sont éloquents : en 1975, le taux de survie à cinq ans était de 49 %. Aujourd’hui, il dépasse les 70 %, un bond de plus de 20 points en moins d’un demi-siècle.
Les progrès ne se limitent pas aux cancers les plus courants. Des types de cancers historiquement agressifs, comme le myélome, ont vu leur taux de survie augmenter considérablement, passant de 32 % dans les années 1990 à 62 % aujourd’hui. Le cancer du foie a également connu une amélioration spectaculaire, avec un taux de survie triplé (de 7 % à 22 %). Même le cancer du poumon, longtemps considéré comme incurable, affiche désormais un taux de survie de 28 %, contre 15 % auparavant.
L’amélioration est notable même à un stade avancé de la maladie. Pour les cancers métastatiques ou avancés, le taux de survie à cinq ans a doublé, passant de 17 % à 35 %. Cela signifie que la médecine dispose désormais d’outils pour prolonger significativement la vie des patients, même lorsque le diagnostic est tardif.
« Cette réussite est le fruit de décennies d’acharnement scientifique », explique Rebecca Siegel, directrice scientifique à l’American Cancer Society (ACS). « Les nouvelles thérapies, comme l’immunothérapie et les thérapies ciblées, ont transformé ce qui était autrefois une sentence de mort en une maladie gérable sur le long terme. »
Au total, ces avancées, combinées à la diminution du tabagisme, ont permis d’éviter près de 5 millions de décès depuis 1991.
Cependant, l’ACS souligne que la victoire n’est pas totale. L’incidence de certains cancers, comme ceux du sein, de la prostate et du pancréas, continue d’augmenter, en lien avec nos modes de vie contemporains. De plus, l’accès aux soins reste inégalitaire : les populations marginalisées, notamment les Amérindiens aux États-Unis, présentent des taux de mortalité deux fois plus élevés pour certains cancers que la moyenne nationale.
Shane Jacobson, PDG de l’ACS, met en garde contre un risque majeur : les coupes budgétaires dans la recherche fédérale et les restrictions d’accès aux assurances santé pourraient compromettre ces progrès. « L’investissement public a été le moteur principal de ces cinquante années de succès », souligne-t-il. « Si les financements de la recherche sont réduits, l’espoir de vaincre le cancer pourrait s’évanouir. »
