À Tunis, une petite église offre un refuge inattendu à des femmes africaines en quête d’une nouvelle vie, loin des difficultés et des dangers de leur pays d’origine. Le documentaire « Promis le ciel », présenté au Festival du film de Zurich, explore la force de la foi et de la solidarité féminine face à la migration et au racisme.
Le film, réalisé par la Franco-Tunisienne Erige Sehiri, met en lumière une réalité souvent ignorée : celle de la migration intra-africaine et de l’expérience des femmes migrantes. « La majorité des migrants africains ne fuient pas vers l’Europe, mais vers un autre pays africain. On parle peu de la migration féminine. Quand on parle de réfugiés africains, il s’agit généralement d’hommes », explique la réalisatrice.
Au cœur du récit se trouve Marie, une ancienne journaliste ivoirienne devenue pasteur, qui accueille et soutient des femmes fuyant la violence et la précarité. Son église, un espace de prière et de communauté, devient un havre de paix pour des femmes comme Naney, une jeune mère, et Jolie, une étudiante. L’arrivée de Kenza, une enfant rescapée d’un naufrage, symbolise les traumatismes et les espoirs de ces femmes.
« Chacune des femmes reconnaît chez Kenza quelque chose qu’elle a elle-même perdu », souligne Sehiri. Le film explore la manière dont ces femmes se reconstruisent, s’entraident et trouvent du réconfort dans leur foi.
La musique joue un rôle essentiel dans « Promis le ciel », rythmant le film d’une énergie entraînante et moderne, mêlant rock électronique et influences africaines. Des chants religieux traditionnels viennent compléter cette bande sonore, soulignant l’importance de l’espoir et de la communauté.
Sehiri dénonce également les discriminations dont sont victimes les femmes africaines en Tunisie, malgré l’entrée en vigueur d’une loi antiraciste en 2019. « Cela arrive aux étudiants, aux journalistes et aux travailleurs », témoigne-t-elle, dénonçant les descentes de police et les accusations d’aide à l’immigration clandestine visant les communautés religieuses informelles.
Par ailleurs, le Festival du film de Zurich a également présenté « Girls & Gods », un documentaire austro-suisse qui examine le rôle de la foi dans la lutte contre les structures patriarcales en Europe. Le film suit Inna Shevchenko, cofondatrice du collectif féministe « Femen », dans sa quête pour l’autodétermination des femmes au sein des religions monothéistes.
« Girls & Gods » met en lumière la diversité des expériences religieuses et montre comment les femmes peuvent utiliser leur foi comme un outil d’émancipation et de résistance. Des théologiennes féministes françaises témoignent de leur travail de réinterprétation des textes religieux, affirmant que foi et féminisme ne sont pas incompatibles.
En fin de compte, les deux films soulignent que la foi, vécue par les femmes, peut être un espace de liberté, de courage et de solidarité. Ils appellent à reconnaître la force féminine et à valoriser les ressources spirituelles qui permettent de surmonter les obstacles et de construire un avenir meilleur.
« Promis le ciel » sortira dans les cinémas suisses alémaniques le 22 janvier 2026. « Girls & Gods » n’a pas encore de date de sortie prévue en Suisse.
Le Prix du cinéma des Églises zurichoises a été attribué au documentaire « La vie après Siham » de Namir Abdel Messeeh, lors du Festival du film de Zurich (25 septembre – 5 octobre 2025), en reconnaissance de sa représentation sensible du deuil et de la famille.
