Contrairement aux craintes d’une automatisation massive, l’attrait pour les études de médecine aux États-Unis est en plein essor, avec un nombre record d’inscriptions et de candidatures. Ce regain d’intérêt, paradoxal à l’ère de l’intelligence artificielle, témoigne d’une tendance historique : les périodes d’innovation technologique renforcent souvent l’importance des professions liées à l’humain.
L’Association américaine des facultés de médecine (AAMC) a annoncé avec enthousiasme que plus de 100 000 étudiants sont désormais inscrits dans les facultés de médecine à travers le pays, un chiffre en augmentation de 1,3 %. Les candidatures pour l’année 2026 ont même progressé de plus de 5 %, signe d’une confiance persistante dans la médecine comme voie professionnelle.
Ce phénomène n’est pas sans précédent. L’histoire révèle que des moments de bouleversements technologiques majeurs ont souvent stimulé l’intérêt pour la profession médicale. Au milieu du XIXe siècle, l’American Medical Association (AMA) était au bord du découragement. Une enquête menée en 1851 auprès de 12 400 étudiants de huit grandes universités américaines a révélé un désintérêt frappant pour la médecine : seulement 8 % des répondants envisageaient cette carrière, contre 26 % pour le clergé et 26 % pour le droit.
L’absence de réglementation et la prolifération d’écoles de médecine non conventionnelles étaient en cause. En 1790, environ 5 000 individus se prétendaient médecins (dont seulement 300 diplômés), mais ce nombre avait explosé à 40 000 en 1850. Les médecins qualifiés avaient du mal à subvenir à leurs besoins : un praticien pouvait voir seulement cinq patients par jour, contraint de se déplacer sur de longues distances et confronté à des patients qui perdaient une journée de travail pour une consultation dont l’utilité était incertaine. Beaucoup étaient donc obligés d’exercer plusieurs professions pour compléter leurs revenus.
Le développement des infrastructures de transport – chemins de fer, télégraphe, canaux, routes améliorées et bateaux à vapeur – a transformé le paysage américain à partir de 1890. Le pourcentage de la population vivant dans des villes de plus de 2 500 habitants est passé de 6 % en 1800 à 37 % en 1890, attirant également les médecins. En 1870, on comptait 177 médecins pour 100 000 habitants dans les grandes villes, un chiffre qui a grimpé à 241 pour 100 000 habitants en 1910.
L’invention du téléphone, avec le premier réseau local enregistré à New Haven, Connecticut, en 1877, a également révolutionné la pratique médicale. Dès 1879, la pharmacie Capitol Hill à Hartford, Connecticut, était connectée à 21 médecins locaux, et le Dr William Worrell Mayo a relié sa ferme de Rochester, Minnesota, à la pharmacie Geisinger et Newton de la ville, permettant ainsi la prescription à distance et une meilleure communication avec les patients.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle représente une nouvelle étape de cette évolution. Elle promet d’améliorer les performances médicales en facilitant les découvertes, en affinant les diagnostics, en optimisant l’efficacité et en réduisant les erreurs. Elle permet également aux patients d’accéder plus facilement à l’information et de participer activement à leurs soins. Enfin, l’IA pourrait jouer un rôle crucial dans la promotion d’une couverture maladie universelle aux États-Unis.
« L’IA résout les problèmes », qu’il s’agisse de nouvelles découvertes, de diagnostics précis, d’efficacité commerciale, de connectivité des équipes ou de réduction des risques d’erreur humaine, l’IA améliore les performances. Elle donne du pouvoir aux patients en leur donnant accès à l’information, à la recherche et à l’inclusion dans les équipes de soins professionnelles, en fournissant un retour d’information rapide et la possibilité d’améliorer les partenariats mutuels entre équipes. Et elle a le potentiel de créer et de soutenir un large éventail d’initiatives de santé publique et de déclencher des changements politiques.
