Publié le 10 octobre 2025 à 09h50. Une étude allemande révèle un lien surprenant entre la consommation de sodas, même modérée, et un risque accru de dépression, en particulier chez les femmes, via une modification du microbiote intestinal.
- La consommation de boissons gazeuses est associée à un risque de dépression majoritairement féminin, environ 16 % plus élevé par unité consommée.
- Des modifications du microbiote intestinal, notamment une augmentation de la bactérie Eggerthella, pourraient expliquer ce lien.
- L’étude souligne la nécessité de sensibiliser aux effets des sodas sur la santé mentale et d’envisager des politiques de restriction.
Des chercheurs de l’université allemande ont mis en évidence une corrélation inattendue entre les habitudes de consommation de boissons gazeuses et la santé mentale. Leur étude, publiée dans JAMA Psychiatrie, suggère que même une consommation modérée de sodas peut altérer la composition du microbiote intestinal, augmentant ainsi le risque de dépression.
Les boissons gazeuses, très populaires dans le monde entier, sont riches en sucres simples (glucose et fructose) qui provoquent une augmentation rapide de la glycémie. Une partie de ce sucre n’est pas absorbée par l’intestin, favorisant la prolifération de certaines bactéries intestinales. Ces bactéries peuvent induire une inflammation et compromettre l’intégrité de la barrière intestinale, affaiblissant le système immunitaire.
Des études antérieures avaient déjà établi un lien entre une consommation élevée de sodas et un risque accru de problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers. La recherche montre également que le microbiote intestinal joue un rôle clé dans le développement de la dépression majeure. Des expériences sur des rongeurs ont démontré qu’une transplantation du microbiote fécal de personnes dépressives pouvait induire des symptômes similaires chez les animaux.
L’étude allemande a porté sur un groupe de 405 patients diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur (TDM) et 527 personnes en bonne santé, issues de la cohorte affective Marburg-Münster. Les analyses ont révélé que la consommation de boissons gazeuses était associée à un risque accru de dépression, estimé à environ 8 % par unité consommée. Ce risque était significativement plus élevé chez les femmes, atteignant environ 16 %.
Les chercheurs ont identifié deux bactéries intestinales, Eggerthella et Hungella, comme étant particulièrement impliquées dans ce processus. Une augmentation de la consommation de sucre pourrait favoriser la prolifération d’Eggerthella, une bactérie associée à la dépression majeure. Cette bactérie produit de l’acétate, un métabolite lié à des symptômes dépressifs, et réduit les niveaux de butyrate, un acide gras à chaîne courte bénéfique pour la santé intestinale et mentale.
Il est important de noter que l’étude a été menée sur un groupe de patients souffrant de dépression cliniquement diagnostiquée, ce qui renforce la validité des résultats. Les auteurs soulignent que, bien que les effets observés soient statistiquement modestes, ils pourraient être significatifs compte tenu de la prévalence élevée de la consommation de sodas. Ils insistent sur le fait que même une consommation modérée, d’une à deux boissons gazeuses par jour, peut avoir des conséquences négatives sur la santé mentale.
Les résultats de cette étude plaident en faveur d’une sensibilisation accrue aux dangers des boissons gazeuses pour la santé mentale et de la mise en place de politiques visant à limiter leur commercialisation et leur disponibilité. Des mesures telles que la taxation des boissons sucrées, comme au Royaume-Uni, ont déjà montré une réduction de la consommation et des taux d’obésité. Cependant, il est également important de surveiller l’évolution de la consommation de boissons édulcorées artificiellement, qui n’ont pas été étudiées en détail dans cette recherche.
Les chercheurs soulignent que la relation entre la consommation de sodas et la dépression pourrait être bidirectionnelle, les personnes souffrant de dépression étant peut-être plus susceptibles de consommer davantage de boissons gazeuses. Des études supplémentaires, notamment des essais randomisés, sont nécessaires pour confirmer la causalité et déterminer si la réduction de la consommation de sodas peut effectivement réduire le risque de dépression.
« L’éducation, les stratégies de prévention et les politiques visant à réduire la consommation de boissons gazeuses sont nécessaires de toute urgence pour atténuer les symptômes dépressifs. »
Auteurs de l’étude
