Publié le 17 novembre 2025 22:45:00. La Cour suprême des États-Unis a refusé d’examiner des contestations concernant la validité de brevets expirés, confirmant ainsi la compétence de l’agence américaine des brevets à examiner ces cas, même après l’expiration des droits exclusifs. Cette décision maintient une interprétation large de la doctrine des droits publics et pourrait avoir des implications sur les litiges en matière de propriété intellectuelle.
- La Cour suprême a rejeté deux requêtes visant à obtenir un examen de décisions de la Cour d’appel du circuit fédéral.
- Cette décision confirme la compétence de la Commission de première instance et d’appel des brevets (PTAB) à examiner la validité de brevets expirés.
- Gesture Technology, le plaignant, soutenait que les contestations sur des brevets expirés relèvent de litiges privés sans intérêt public.
La Cour suprême des États-Unis a clos la porte à deux recours déposés par Gesture Technology, une entreprise spécialisée dans les caméras à détection de mouvement. L’entreprise contestait les décisions de la Cour d’appel du circuit fédéral, qui avaient confirmé l’invalidation de plusieurs de ses revendications de brevet, certaines ayant été invalidées après leur date d’expiration. En refusant d’entendre l’affaire, la Cour suprême laisse en place une jurisprudence qui étend la doctrine des droits publics, issue de l’affaire Oil States Energy Services c. Greene’s Energy Group (2018), aux brevets expirés. Cette doctrine stipule que certaines questions relatives aux droits de propriété intellectuelle sont si étroitement liées au système réglementaire fédéral qu’elles peuvent être tranchées par une agence administrative sans nécessiter un procès devant jury.
Gesture Technology avait déposé une requête principale contestant la décision du circuit fédéral en janvier dernier, dans l’affaire Gesture I. Cette décision avait confirmé la compétence de la Commission de première instance et d’appel des brevets (PTAB) à statuer sur les procédures de révision inter partes (IPR) contestant des brevets expirés. Gesture s’était opposé à la possibilité pour le PTAB d’engager une procédure IPR demandée par Apple en juin 2021, plus d’un an après l’expiration des revendications du brevet contesté en mai 2020. La cour d’appel avait rejeté l’argument de Gesture selon lequel les brevets expirés ne relevaient plus de la doctrine des droits publics, estimant que l’examen de la validité des brevets par l’agence impliquait l’exercice d’un droit public accordé par l’Office américain des brevets et des marques.
Selon la requête de Gesture, cette « arrogation extraordinaire du pouvoir administratif sur les brevets » contredit des siècles de pratique en matière de brevets, qui garantissent un processus judiciaire complet pour les revendications de brevet. L’entreprise soulignait que même après leur expiration, les revendications de brevet représentent un actif précieux, permettant au titulaire d’engager des poursuites judiciaires, telles que des demandes de dommages-intérêts pour contrefaçon, pendant la durée de vie du brevet. Gesture affirmait que la fin du monopole exclusif du titulaire du brevet « met fin à la nécessité d’une procédure administrative pour protéger l’intérêt public ».
La Cour suprême a déjà reconnu, dans certaines affaires, l’existence d’une catégorie de litiges impliquant des droits publics accordés par le gouvernement fédéral, si étroitement intégrés à son système réglementaire qu’une décision de l’agence sans procès devant jury est appropriée. Cependant, les affaires de brevet ont traditionnellement été tranchées par les tribunaux, les demandes d’injonction étant examinées par les tribunaux d’équité, une pratique qui remonte aux décisions des cours de chancellerie anglaises, comme le soulignait la Cour suprême dans l’affaire Root c. Lake Shore & Michigan Southern Railway Co. (1882).
Gesture soutenait que l’expiration du droit d’exclusion conféré par un brevet devrait mettre fin à la franchise publique. Dans les affaires confirmant la validité des procédures IPR, notamment Cuozzo Speed Technologies c. Lee (2016) et Thryv contre les technologies Click-to-Call (2020), la Cour avait reconnu que l’objectif des IPR est de maintenir la portée légitime des droits exclusifs d’un brevet. Dans l’affaire Oil States Energy Services c. Greene’s Energy Group (2018), le réexamen de la validité des brevets dans le cadre des IPR avait été jugé constitutionnel car la question concernait des droits publics « entre le gouvernement et d’autres ».
Gesture soulignait que la décision Oil States s’était fondée sur la nature monopolistique des droits de brevet, et que la Cour suprême n’avait pas abordé les autres droits dont dispose un titulaire de brevet contre un présumé contrefacteur, notamment le droit de réclamer des dommages-intérêts. Contrairement aux brevets en vigueur, les contestations de validité des brevets expirés sont des « litiges essentiellement privés », qui ne génèrent pas de résultats dans lesquels le public a un intérêt, selon Gesture. Dans ces situations, une procédure IPR « absorbe et supplante simplement le droit du titulaire du brevet de demander des dommages-intérêts pour contrefaçon devant les tribunaux » sans justification, car des poursuites pour des brevets expirés ne diminueraient pas la concurrence.
Gesture a également déposé une requête similaire soulevant les mêmes questions de constitutionnalité pour contester une décision antérieure du circuit fédéral rendue en mars. Cette décision avait confirmé une décision mitigée du PTAB invalidant certaines revendications contestées, le circuit fédéral rejetant l’argument de Gesture selon lequel Apple aurait dû être empêché de demander des IPR sur des revendications de brevet déjà contestées par Unified Patents, sans déterminer si Unified était une véritable partie intéressée en tant qu’abonné d’Apple. Gesture avait demandé à la Cour suprême de suspendre cette deuxième requête en attendant sa décision sur Gesture I.
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