Publié le 19 octobre 2025 à 21h00. L’ascension fulgurante de Facebook, rebaptisé Meta, est jalonnée de succès, de scandales liés à la protection des données et de tentatives de diversification, notamment avec le métavers et l’intelligence artificielle. Cette trajectoire soulève des questions sur la direction prise par l’entreprise et les défis auxquels sont confrontés ses futurs dirigeants.
- L’histoire de Meta débute avec Facemash, un site web créé par des étudiants, puis évolue vers Facebook, dominant rapidement le paysage des réseaux sociaux.
- L’entreprise a accumulé des données massives sur ses utilisateurs, ce qui a conduit à des controverses concernant la confidentialité et l’utilisation abusive de ces informations, notamment lors de l’élection présidentielle américaine de 2016.
- Meta a investi massivement dans le métavers et l’intelligence artificielle, mais ces initiatives n’ont pas encore porté leurs fruits, tandis que l’entreprise est confrontée à une concurrence accrue et à des défis de réputation.
Tout commence il y a vingt ans, avec Facemash, une initiative étudiante qui consistait à évaluer l’attractivité des étudiants sur le campus, une sorte d’ancêtre de Tinder. Un an plus tard, le site est entièrement reconstruit et étendu à d’autres universités sous le nom de « TheFacebook », marquant le début d’une histoire extraordinaire qui allait profondément influencer le monde des réseaux sociaux.
C’était l’ère de l’Internet 2.0, avec la promesse d’un web participatif et démocratique, basé sur la collaboration et l’interaction. MySpace dominait alors les débuts des réseaux sociaux. En Allemagne, des plateformes comme StudiVZ (2005) et Xing (2003) ont également émergé.
La scène des start-up était en plein essor, portée par le succès de Facebook et la recherche de financements. À l’époque, comme aujourd’hui avec l’IA, les idées de médias sociaux étaient légion et les investisseurs étaient prêts à soutenir les jeunes fondateurs. Ibrahim Evsan, par exemple, promouvait l’idée d’un avenir où nous serions tous connectés via les réseaux sociaux, et a participé à la création de Sevenload, une plateforme similaire à YouTube, et de Fliplife, une sorte de seconde vie virtuelle allemande.
En 2006, avec l’introduction du fil d’actualité, et en 2007 avec le graphique social, Facebook a mis à disposition des développeurs des données utilisateur auparavant inaccessibles, transformant durablement le paysage des médias sociaux. L’entreprise était alors perçue comme un symbole d’innovation et était relativement épargnée par les fuites de données. Cette situation allait rapidement changer.
Facebook a détrôné Google en tant que principale collectrice de données. En 2010, il a été révélé que la plateforme partageait les données de ses utilisateurs avec des entreprises tierces. En 2013, une faille de sécurité a exposé les coordonnées de plus de six millions de personnes, soulevant des questions sur la responsabilité de l’entreprise. Facebook a commencé à être critiqué. Fin 2016, l’élection de Donald Trump à la présidence américaine a révélé l’influence potentielle des données collectées par des sociétés comme Cambridge Analytica, qui avaient manipulé l’accès au graphique social.
Le scandale Cambridge Analytica, le plus important de l’histoire d’Internet en matière de données, a terni l’image de l’entreprise, devenue la plus grande plateforme de médias sociaux au monde. L’accès au graphique social a été restreint pour les développeurs, ce qui a fragilisé tout un écosystème.
Facebook a acquis Instagram et WhatsApp pour des milliards de dollars afin de limiter la concurrence. La start-up de réalité virtuelle Oculus a également été rachetée dans le cadre d’un projet plus ambitieux. Cependant, le paysage des médias sociaux a continué d’évoluer, avec l’émergence de plateformes de vidéos courtes comme Vine, qui a influencé le développement de Facebook, et de Snapchat, particulièrement populaire auprès des jeunes.
Facebook est devenu un géant bleu, mais a perdu en agilité et a dû se contenter d’acquérir ou de copier des produits existants. Ses tentatives de se diversifier dans le jeu vidéo ou la vidéo n’ont pas abouti. Des accusations de mensonge concernant le nombre de vues sur les vidéos ont également entamé sa crédibilité.
Les scandales liés aux données et les échecs successifs n’ont pas empêché Facebook de générer des revenus croissants, grâce à une activité publicitaire florissante menée par Sheryl Sandberg. Le groupe est ainsi devenu l’une des dix entreprises les plus valorisées au monde, illustrant une relation paradoxale entre sa mauvaise image et ses performances financières.
La croissance du nombre d’utilisateurs de Facebook a ralenti à partir de 2020, atteignant un plateau d’environ trois milliards d’utilisateurs mensuels. L’entreprise a été perçue comme étant destinée à un public plus âgé, et des rumeurs ont circulé sur son déclin.
La pandémie de Covid-19 a ouvert de nouvelles perspectives pour Zuckerberg, qui s’est inspiré du roman dystopique Snow Crash de Neil Stephenson pour concevoir le métavers. Après avoir acquis la société de réalité virtuelle Oculus en 2014, il a continué à développer ses appareils, avec l’Oculus Quest 1 offrant une expérience sans fil de qualité.
Avec le changement de nom de l’entreprise en Meta Platforms, Inc. en octobre 2021, Zuckerberg a cherché à résoudre plusieurs problèmes à la fois : améliorer l’image de l’entreprise, créer une plateforme économique et se libérer de la dépendance vis-à-vis des plateformes Apple et Google. Il a estimé que le respect des règles de protection des données de Google coûterait à l’entreprise dix milliards de dollars.
Cependant, l’influence négative des plateformes de médias sociaux de Zuckerberg sur le paysage médiatique a conduit à la diffusion de fausses informations et de déclarations déséquilibrées, ce qui a nui à l’image du métavers. Le concept a été initialement perçu comme un jeu vidéo des années 90, avant d’être discrédité un an plus tard.
Facebook, devenu Meta, a été victime de son propre développement. Le mème de Zuckerberg avec son avatar peu détaillé devant la Tour Eiffel dans le métavers symbolise les trois dernières années. Le battage médiatique autour du métavers a profité à certaines agences XR, mais n’a pas abouti à des résultats concrets.
L’échec du métavers a marqué le début d’un nouveau battage médiatique autour de l’IA générative, une technologie inventée par Google, mais rendue open source et développée par OpenAI sous le nom de ChatGPT. Contrairement au métavers, qui nécessite des lunettes coûteuses et encombrantes, l’IA générative est accessible via un simple moteur de recherche.
La situation actuelle est marquée par la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre 2024 et l’adhésion des “Tech-Bros” au trumpisme. Les réseaux de Meta sont envahis par des contenus générés par l’IA, et l’avenir des réseaux sociaux est incertain. L’entreprise investit massivement dans l’IA, avec la construction d’un supercluster d’ordinateurs de la taille de Manhattan.
En conclusion, après avoir analysé la situation, la première recommandation à adresser à Mark Zuckerberg serait de reconsidérer sa stratégie et de se concentrer sur des initiatives plus prometteuses. Quant au montant du chèque de paie, il est certain que le patron de Meta peut se le permettre.
