Publié le 26 novembre 2025 15h48. La Cour suprême chilienne a ordonné le blocage de sites de paris sportifs illégaux, mais ces derniers réapparaissent rapidement en modifiant légèrement leur nom, mettant en lumière les limites de cette approche et la nécessité d’une réglementation plus globale.
- La Cour suprême a validé un recours visant à bloquer l’accès à 12 sites de paris sportifs illégaux, souvent présents dans la publicité sportive.
- Malgré le blocage initial par les opérateurs télécoms, les plateformes ont contourné la mesure en changeant d’adresse web.
- Des experts soulignent l’importance d’une politique publique complète, incluant une législation claire et des mesures de blocage des paiements, pour lutter efficacement contre ce phénomène.
Fin septembre, la Cour suprême chilienne a donné son feu vert au blocage de 12 sites de paris sportifs illégaux, fréquemment mis en avant dans les publicités télévisées de matchs de football, les bannières publicitaires en ligne et les promotions menées par des influenceurs sur les réseaux sociaux. Cette décision, saluée par certains, a rapidement révélé ses limites.
Bien que les principaux opérateurs de télécommunications – Claro, Entel, GTD Manquehue, Telefónica Chile, WOM et VTR – aient bloqué les adresses web initiales, les plateformes de paris ont rapidement trouvé des moyens de contourner la mesure. Des sites comme www.betano.com ont ainsi réapparu sous la forme de www.lat.betano.com, www.coolbet.com est devenu www.coolbetchile.com, et www.rojabet.cl a été rebaptisé www.rojabet.com, illustrant une capacité d’adaptation rapide.
Cette situation soulève des interrogations quant à l’efficacité de la décision de justice et à l’absence de mesures plus larges pour endiguer la prolifération de ces plateformes illégales, qui continuent d’être activement promues sur le web. Cecilia Valdés, présidente exécutive de l’Association chilienne des casinos et des jeux (ACCJ), a exprimé cette préoccupation :
« Nous respectons l’arrêt de la Cour suprême car il confirme quelque chose contre lequel nous mettions en garde depuis des années : aujourd’hui, le jeu en ligne manque de cadre juridique et cela crée des espaces d’illégalité. Cependant, nous savons aussi que les peines, à elles seules, ne résolvent pas un phénomène massif, numérique et dynamique. La voie la plus efficace est de promouvoir une réglementation moderne qui établit des règles, des obligations et un contrôle clairs pour tous. »
Cecilia Valdés, présidente exécutive de l’Association chilienne des casinos et des jeux
Elle ajoute : « Le blocus technique est un outil spécifique, mais il ne remplace pas une politique publique globale. Il faut une loi qui criminalise les jeux illégaux, qui donne aux autorités le pouvoir de poursuivre efficacement et qui donne une certitude quant à qui peut opérer et dans quelles conditions. »
Des exemples à l’étranger
L’arrêt de la Cour suprême établit un précédent juridique important, mais le Chili accuse un retard en matière de réglementation des paris illégaux en ligne. D’autres pays d’Amérique latine ont déjà mis en place des mesures plus efficaces.
L’Argentine, confrontée à une augmentation du jeu chez les mineurs et du jeu illégal dans les écoles, a par exemple signé des accords avec des géants du numérique tels que META et Mercado Libre pour bloquer les contenus promotionnels de jeux illégaux. Ces accords ont permis de supprimer non seulement les pages web concernées, mais également plus de 700 profils et publicités sur les réseaux sociaux.
De plus, la Chambre des députés argentine a récemment approuvé un projet de loi visant à limiter la publicité pour les jeux de hasard lors des matchs de football et d’événements sportifs, réduisant ainsi les sommes versées aux clubs de football pour le sponsoring de ces plateformes, une pratique courante au Chili.
En Colombie et en Uruguay, les organismes de contrôle reçoivent une liste exhaustive des noms des plateformes de paris illégales et sont tenus de vérifier quotidiennement si les sites bloqués ont réapparu, afin de les supprimer à nouveau. Cette approche est similaire à celle utilisée pour lutter contre la pédopornographie, où la propagation est rapidement identifiée et bloquée. Ils doivent également informer la banque centrale colombienne – équivalent de la Commission du marché financier (CMF) chilienne – afin de bloquer les moyens de paiement, rendant ainsi plus difficile la réapparition de ces plateformes.



