Publié le 22 novembre 2025 13:16:00. Des chercheurs de l’Institut d’immunologie de La Jolla ont identifié une molécule clé qui régule le développement des cellules T mémoire résidentes (TRM), des acteurs essentiels de l’immunité locale, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le cancer et les maladies infectieuses.
- Une molécule, le récepteur GPR25, joue un rôle crucial dans la transformation des lymphocytes T en cellules TRM.
- L’étude révèle que GPR25 est activé par une molécule de signalisation appelée TGF-β, favorisant la différenciation cellulaire.
- La modulation de l’activité de GPR25 pourrait permettre d’améliorer la réponse immunitaire contre les cancers ou de contrôler les réactions auto-immunes.
Les cellules T mémoire résidentes (TRM) sont des gardiennes silencieuses de notre organisme, postées dans les tissus pour une défense immédiate contre les agressions. Contrairement à la plupart des lymphocytes T qui patrouillent dans le sang, ces cellules spécialisées se concentrent sur la protection d’organes spécifiques, combattant virus, cancers du sein, du foie, mélanomes et autres menaces. Des recherches récentes ont démontré que leur présence en nombre suffisant est corrélée à une meilleure survie chez les patients atteints de cancer du poumon.
Pandurangan Vijayanand, professeur émérite à l’Institut d’immunologie de La Jolla (LJI), et son équipe ont mis en lumière le mécanisme cellulaire qui conduit à la formation des cellules TRM. Leurs travaux, publiés dans la revue Science Immunology, suggèrent une approche prometteuse pour augmenter le nombre de ces cellules immunitaires et renforcer ainsi la capacité de l’organisme à lutter contre les maladies.
« Nous avons découvert une nouvelle molécule susceptible de jouer un rôle important dans le développement et le fonctionnement des cellules TRM. »
Pandurangan Vijayanand, professeur émérite William K. Bowes à l’Institut d’immunologie de La Jolla
Les lymphocytes T se déclinent en plusieurs types, chacun ayant un rôle précis dans la défense immunitaire. Certains détruisent les cellules infectées, d’autres alertent les cellules voisines du danger. Les cellules T mémoire, dont les TRM, sont capables de reconnaître les envahisseurs et de surveiller l’organisme pour prévenir la récidive d’infections passées.
Longtemps restées discrètes, les cellules TRM, qui résident de manière permanente dans un organe particulier, n’ont été identifiées comme une population distincte de lymphocytes T mémoire qu’en 2009. Grâce aux progrès des techniques d’analyse des cellules immunitaires, les chercheurs du LJI décryptent désormais leur fonctionnement et explorent les possibilités de les exploiter pour améliorer la santé humaine. « Il s’agit d’une population cellulaire extrêmement puissante », souligne Han Feng, chercheur postdoctoral au laboratoire de Vijayanand et co-auteur principal de l’étude.
Comment un lymphocyte T se transforme-t-il en cellule TRM ? La réponse réside dans la signalisation cellulaire. Comme toutes les cellules immunitaires, les TRM sont dotées d’une membrane cellulaire ornée de molécules réceptrices qui leur permettent de capter les signaux de leur environnement. Ces signaux moléculaires indiquent aux cellules immunitaires quand il est temps de se transformer et de se spécialiser pour accomplir une tâche spécifique dans l’organisme, un processus appelé différenciation cellulaire.
Une étude antérieure avait révélé que les cellules TRM exprimaient en grande quantité un récepteur membranaire appelé GPR25. Ce niveau d’expression élevé était inhabituel et a incité les chercheurs à approfondir leurs investigations. Dans leur nouvelle étude, les scientifiques du LJI ont démontré pour la première fois que le GPR25 est induit par une molécule de signalisation appelée TGF-β. Le GPR25 maintient ensuite la signalisation en aval du TGF-β, favorisant la différenciation d’un lymphocyte T mémoire classique en cellule TRM.
Pour mieux comprendre ce processus, Han Feng a mené des expériences sur des souris génétiquement modifiées, en se concentrant sur les tissus pulmonaire et hépatique, où les cellules TRM jouent un rôle crucial dans la lutte contre les infections et les tumeurs. Ses travaux ont confirmé l’importance du GPR25 : les souris déficientes en GPR25 ne parviennent pas à maintenir une population fonctionnelle de cellules TRM et ne répondent pas correctement à la signalisation du TGF-β. D’autres expériences suggèrent que la modulation de l’activité de GPR25 pourrait constituer un moyen d’améliorer ou de supprimer l’activité des cellules TRM.
Ces découvertes ouvrent la voie à de futurs traitements ciblant le GPR25 pour renforcer la réponse immunitaire contre les maladies infectieuses et les cancers. Le développement de ces médicaments pourrait être relativement simple, car les molécules du récepteur couplé aux protéines G (GPCR), comme le GPR25, sont particulièrement « médicamentables », grâce à leur structure et à leur accessibilité à la surface des cellules. De nombreux médicaments existants, utilisés pour traiter des maladies cardiaques ou le diabète, ciblent déjà des molécules GPCR. Environ 30 % des médicaments approuvés par la Food and Drug Administration des États-Unis agissent sur cette « superfamille » de récepteurs.
Han Feng estime qu’il pourrait également être possible de moduler l’activité du GPR25 pour supprimer les fonctions des cellules TRM et traiter les maladies auto-immunes, où ces cellules contribuent à des processus inflammatoires délétères. Référence de l’étude.
« Nous pensons que GPR25 est une molécule prometteuse qui mérite d’être étudiée plus en profondeur », conclut Han Feng.
