Publié le 2025-12-31 04:20:00. Le sommeil, bien que vital, reste un mystère pour la science. Un neuroscientifique de Stanford décrypte les dernières avancées et alerte sur les conséquences d’une société de plus en plus privée de repos.
- Le sommeil est essentiel à la réparation neuronale, à l’optimisation du métabolisme et au renforcement du système immunitaire.
- Le stress, qu’il soit externe ou interne, est un facteur majeur perturbant le sommeil.
- La privation de sommeil est un problème de santé publique croissant, avec des conséquences potentielles sur la santé cardiovasculaire et neurologique.
Nous passons près d’un tiers de notre vie à dormir, pourtant les mécanismes précis qui régissent cette fonction fondamentale demeurent largement inconnus. Luis de Lecea, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université de Stanford (États-Unis), consacre depuis plus de deux décennies ses recherches à percer les secrets du sommeil. Malgré la découverte d’hormones clés impliquées dans l’éveil et de neurones préparant le cerveau au repos, il reconnaît que de nombreuses questions restent sans réponse.
Le neuroscientifique, âgé de 59 ans, était récemment à Barcelone pour participer à une conférence scientifique organisée par la Chaire UB-AdSalutem du sommeil et de ses troubles. Il a pris le temps de s’entretenir avec notre rédaction, quelques heures avant sa présentation sur la neurobiologie du sommeil. Il s’exprime avec lenteur, évitant toute précipitation, conscient que le cerveau recèle encore de nombreux mystères.
« Pour réparer les neurones à tous les niveaux, optimiser leur métabolisme et rééquilibrer les circuits neuronaux. Pour optimiser les processus physiologiques cardiovasculaires ou neurologiques, réduire l’inflammation, régénérer les tissus… Et c’est très important pour le système immunitaire : si nous ne dormons pas, nous tombons malades plus fréquemment. Mais le sommeil est aussi absolument essentiel en termes de santé mentale car il prévient la dégénérescence associée à la maladie d’Alzheimer et autres. Et c’est important pour la mémoire : nous avons besoin de sommeil pour consolider la mémoire. Mais l’équation du sommeil comporte de nombreuses variables et nous ne savons toujours pas tout. »
Luis de Lecea, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université de Stanford
Selon le professeur de Lecea, notre société souffre d’un réel manque de sommeil, un problème de santé publique souvent sous-estimé. Des études récentes montrent que nous dormons de moins en moins et de moins en moins bien.
Les conséquences de cette privation de sommeil pourraient être graves, notamment sur le plan cardiovasculaire et immunitaire. Des recherches récentes mettent en évidence l’émergence de nouveaux troubles du sommeil liés aux changements de rythme de vie.
Le cerveau intègre de multiples informations pour décider du moment de s’endormir ou de se réveiller : la luminosité, le rythme circadien, le métabolisme général, l’état de santé, le niveau de stress… Ces données sont analysées par une zone primitive du cerveau qui transmet ensuite ses conclusions aux centres supérieurs. Les neurones responsables de l’endormissement sont, quant à eux, distincts de ceux qui nous réveillent.
Parmi les nombreux facteurs influençant la transition veille-sommeil, le stress semble jouer un rôle prépondérant. Il s’agit d’un mécanisme de survie qui active des processus inflammatoires et alerte le cerveau, même en l’absence de conscience de la maladie. C’est pourquoi, certains jours, nous ressentons un besoin impérieux de rester au lit, notre corps nous signalant un besoin de repos pour renforcer le système immunitaire.
L’exposition à la lumière artificielle, notamment celle des écrans, perturbe également notre sommeil en activant les systèmes d’alarme du cerveau. Les écrans stimulent également la production de dopamine, un neurotransmetteur qu’il est nécessaire d’inhiber pour favoriser l’endormissement.
Enfin, le professeur de Lecea souligne l’importance de respecter un rythme de sommeil régulier. Tenter de rattraper le sommeil perdu pendant le week-end peut perturber l’équilibre du corps et engendrer un stress supplémentaire.
« Nous ne savons pas à quoi sert le rêve. Nous pensons que l’une des fonctions pourrait être d’équilibrer l’ambiance. »
Luis de Lecea, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université de Stanford
Quant au rôle des phases de sommeil, notamment la phase paradoxale, leur fonction précise reste encore floue. Bien qu’elle soit associée à la consolidation de la mémoire, elle ne semble pas indispensable, certains animaux, comme les dauphins, s’en passant. Les recherches sur le rêve continuent d’explorer ses fonctions potentielles, notamment en matière de régulation émotionnelle.
Le professeur de Lecea conclut en soulignant l’urgence de mieux comprendre les mécanismes du sommeil, face aux bouleversements environnementaux et aux changements rapides de notre mode de vie. De nombreuses questions restent en suspens, et il est essentiel de poursuivre les recherches pour préserver notre santé et notre bien-être.

